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Pourquoi se moquer des influenceurs coincés à Dubaï nous fait tant de bien

Publié par La rédaction le 09 Mar 2026 à 18:00

Les réseaux sociaux se déchaînent. Alors que des influenceurs installés à Dubaï expriment leurs inquiétudes face aux tensions au Moyen-Orient, les internautes français s’en donnent à cœur joie. Parodies, moqueries et commentaires sarcastiques pleuvent sur les stories de Nabilla, Benjamin Samat ou Maeva Ghennam.

Cette vague de railleries révèle un phénomène psychologique fascinant : notre tendance naturelle à éprouver une certaine satisfaction devant les déboires d’autrui. Une émotion que les psychologues appellent la « schadenfreude » et qui pourrait bien être inscrite dans nos gènes depuis l’Antiquité.

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Quand les stories de Dubaï virent au cauchemar

Pourquoi se moquer des influenceurs coincés à Dubaï nous fait tant de bien

L’escalade des tensions au Moyen-Orient a transformé le quotidien doré des influenceurs français expatriés à Dubaï. Fini les posts Instagram sur les plages de sable fin et les voitures de luxe. Place aux messages d’inquiétude et aux demandes d’aide auprès des autorités françaises.

Nabilla Vergara, suivie par des millions d’abonnés, a exprimé ses craintes pour sa famille. Benjamin Samat s’est montré préoccupé par l’évolution de la situation. Maeva Ghennam a même évoqué un possible retour en France.

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Ces témoignages, loin de susciter la compassion attendue, ont déclenché une véritable déferlante de moqueries. « Ah ah, ils font moins les malins maintenant ! », « Ils voulaient échapper aux impôts français, qu’ils se débrouillent ! », peut-on lire massivement dans les commentaires.

L’art ancestral de se réjouir du malheur des autres

Cette réaction collective n’a rien de surprenant pour les spécialistes du comportement humain. La schadenfreude, ce terme allemand qui désigne le plaisir pris au malheur d’autrui, constitue une émotion universelle documentée depuis l’Antiquité.

Les philosophes grecs avaient déjà identifié ce phénomène. Aristote lui-même évoquait cette tendance humaine à éprouver une forme de satisfaction devant les revers de fortune de nos contemporains, particulièrement lorsqu’ils semblent « mériter » leur sort.

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Cette émotion remplit plusieurs fonctions psychologiques importantes. Elle nous permet de rétablir un sentiment de justice sociale, de renforcer notre estime de soi par comparaison, et de créer du lien social autour d’une expérience partagée.

Le syndrome de l’arroseur arrosé version 2.0

Illustration - influenceurs Dubaï
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Dans le cas des influenceurs de Dubaï, plusieurs facteurs amplifient ce phénomène. D’abord, leur expatriation fiscale est perçue comme un abandon de la solidarité nationale. Ensuite, leur mode de vie affiché sur les réseaux sociaux crée une forme de frustration chez ceux qui les suivent.

« Ils ont voulu jouer les malins en fuyant les impôts français, maintenant ils réclament l’aide de l’État », résume un internaute. Cette perception d’injustice nourrit le sentiment que leur situation actuelle constitue une forme de rétribution naturelle.

Les psychologues expliquent que cette réaction s’intensifie lorsque la personne visée semble avoir bénéficié d’avantages « injustes » ou s’être comportée de manière jugée égoïste. Tibo InShape n’a d’ailleurs pas manqué de tacler ses confrères expatriés.

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Quand la géopolitique rencontre les réseaux sociaux

L’ironie de la situation n’échappe à personne. Ces influenceurs qui vantaient les mérites de Dubaï comme paradis fiscal et lifestyle se retrouvent confrontés aux réalités géopolitiques de la région. Les plus riches cherchent désormais à fuir une zone qu’ils considéraient encore récemment comme leur eldorado.

Cette situation illustre parfaitement le décalage entre l’image idéalisée véhiculée sur Instagram et la réalité complexe du monde. Les followers, habitués aux posts glamour, découvrent soudain leurs idoles dans une position de vulnérabilité.

Le contraste est saisissant : hier encore, ces mêmes influenceurs multipliaient les stories depuis leurs villas climatisées, vantant leur « life style » loin des contraintes françaises. Aujourd’hui, ils s’inquiètent pour leur sécurité et celle de leurs proches.

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La psychologie du défouloir collectif

Illustration - influenceurs Dubaï

Les experts en comportement digital observent que les réseaux sociaux amplifient considérablement les phénomènes de schadenfreude. L’anonymat relatif et la distance physique libèrent les inhibitions habituelles. Vincent Moscato n’a d’ailleurs pas hésité à critiquer ouvertement la situation.

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Cette déferlante de moqueries remplit une fonction cathartique pour de nombreux internautes. Elle leur permet d’exprimer des frustrations accumulées face aux inégalités sociales, à l’évasion fiscale, ou simplement à un mode de vie qu’ils jugent superficiel.

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Les memes et parodies qui fleurissent sur TikTok et Twitter témoignent de cette créativité collective née du malheur d’autrui. Chaque story inquiète d’un influenceur devient prétexte à une nouvelle vanne, un nouveau détournement humoristique.

Entre empathie et justice sociale

Cette vague de moqueries soulève néanmoins des questions sur notre rapport à l’empathie. Car derrière les écrans et les personas Instagram, il y a des êtres humains confrontés à des situations potentiellement dangereuses. Le débat sur le coût du rapatriement divise d’ailleurs l’opinion publique.

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Certains psychologues alertent sur les dérives possibles de cette schadenfreude digitale. Quand le plaisir pris au malheur d’autrui devient systématique, il peut révéler des problèmes plus profonds de frustration sociale ou de manque d’empathie.

D’autres y voient au contraire un mécanisme de régulation sociale naturel. Face à des comportements perçus comme antisociaux (l’évasion fiscale, l’étalage de richesse), la communauté exprime son désaccord par le ridicule et la moquerie.

Quand l’Histoire se répète sur Instagram

En définitive, cette affaire des influenceurs coincés à Dubaï illustre parfaitement un trait immuable de la nature humaine. Depuis l’Antiquité, nous éprouvons une satisfaction particulière à voir les puissants chuter, les privilégiés confrontés aux réalités du monde commun.

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Les réseaux sociaux n’ont fait qu’amplifier et accélérer ce phénomène ancestral. Là où nos ancêtres se contentaient de commérages de village, nous disposons aujourd’hui d’une caisse de résonance planétaire pour exprimer notre schadenfreude collective.

Cette « joie mauvaise » révèle notre besoin profond de justice sociale, même imparfaite. Elle témoigne aussi de notre difficulté à accepter les inégalités criantes de notre époque. Derrière chaque moquerie se cache peut-être un appel à plus d’équité, à plus de solidarité collective.

Reste que cette situation rappelle une vérité implacable : dans un monde interconnecté, personne n’échappe indéfiniment aux conséquences de ses choix. Même pas les influenceurs les plus suivis de la planète.

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