Joggeuse tuée à Brooklyn : écarté des Marines pour inaptitude psychologique, le suspect était aide scolaire

Une joggeuse poignardée sur un sentier de Brooklyn. Un homme de 27 ans arrêté, qui travaillait dans une école auprès d’enfants. Selon le New York Post, des sources du département de l’Éducation new-yorkais dénoncent un système de recrutement où « c’est plutôt raté que réussi ». Reste une question : comment un tel parcours a-t-il pu franchir le contrôle, et quelle faille précise l’a permis ?
Un sentier de Brooklyn, une joggeuse tuée et un suspect qui travaillait avec des enfants
Le 30 octobre, Katie Suarez courait sur un sentier piéton de Brooklyn lorsqu’elle a été mortellement poignardée. Samedi, selon des sources policières citées par le New York Post, un homme de 27 ans, Sayed Mohassib, a été arrêté et inculpé de meurtre au second degré.
Le détail qui fait basculer l’affaire dans une autre dimension : le suspect travaillait dans une école publique. Il serait « paraprofessionnel » à la PS 200 The Benson School, dans le quartier de Bath Beach, un poste rémunéré 182 dollars par jour. Le quotidien précise qu’on ignore depuis combien de temps il occupait cette fonction.
Ces paraprofessionnels, que l’on peut comparer à des aides éducatifs, ne sont pas des figurants. Ils travaillent souvent avec les élèves les plus vulnérables et accompagnent fréquemment des enfants en situation de handicap, qui exigent des aménagements particuliers. La confiance des familles repose donc sur un filtre d’embauche solide.
L’homme aurait affirmé, toujours selon le même journal, s’être réveillé couvert de sang, sans aucun souvenir du crime. Cette version reste la sienne : il est présumé innocent tant qu’aucun jugement n’a été rendu, et c’est à l’enquête d’établir les faits.
La question du contrôle des adultes au contact des enfants dépasse largement New York. À Paris aussi, elle est sous tension, avec 78 animateurs suspendus depuis janvier. Mais à Brooklyn, ce sont les coulisses du recrutement qui font réagir, et les mots des insiders sont cash.
Marines, police, puis une école : un parcours qui aurait dû alerter
Le parcours de Sayed Mohassib, tel que le reconstitue le New York Post, intrigue. Il aurait été libéré des Marines en 2022 pour inaptitude psychologique. Avant cela, il aurait passé seulement six semaines dans la police de New York, qu’il aurait quittée pour s’engager chez les Marines.
Il aurait ensuite tenté de réintégrer le NYPD, sans succès. Et pourtant, un poste d’aide scolaire. Le journal reconnaît que le calendrier exact de son embauche reste flou.
Des sources internes au département de l’Éducation, le DOE, ne cachent pas leur colère. « Généralement, ils cherchent juste quelqu’un qui a un pouls, ça peut être hit or miss, mais c’est plutôt miss », glisse l’une d’elles, quelques heures après l’arrestation. Une phrase qui claque, dite sous couvert d’anonymat.
Une seconde source, familière des embauches, évoque des vérifications qui « s’accumulent » faute de moyens : « une combinaison d’argent et de problème opérationnel ». Elle n’a donné aucun exemple précis, ce qui invite à la prudence. Elle prédit pourtant que, tant que rien ne change, d’autres incidents du même genre surviendront.
Chaque affaire de ce type ravive la même interrogation sur ce qu’on aurait pu voir venir, comme dans le dossier où trois suspects ont été interpellés après le meurtre d’une joggeuse en France. À New York, un ancien haut responsable pense avoir identifié le grain de sable.
Eric Nadelstern, ancien chancelier adjoint du DOE, affirme que chaque employé passe par une vérification d’antécédents du FBI. Selon lui, un renvoi des Marines aurait dû être signalé. Alors pourquoi ne l’a-t-il pas été ? Sa réponse tient en une faille très précise.

La faille : quand une attestation médicale peut neutraliser l’alerte
Un drame, et soudain tout le monde cherche les garde-fous qui n’ont pas tenu, comme après la mort de cette joggeuse de 20 ans à Saint-Lô. Ici, la réponse se trouve dans le fonctionnement même du filtre.
Voici le mécanisme décrit par Eric Nadelstern : un psychologue aurait pu certifier que Sayed Mohassib suivait un traitement pour sa maladie mentale. Dans ce cas, même un renvoi des Marines pour inaptitude psychologique n’empêcherait pas l’embauche. Le signal d’alarme existe, mais une attestation peut l’éteindre.
Attention toutefois : le New York Post ne dit pas que ce scénario s’est produit pour le suspect. Il s’agit d’une possibilité exposée par un ancien responsable, pas d’un fait établi. L’enquête dira ce qu’il en est.
Autre rouage du système : un paraprofessionnel suppléant doit être proposé par un directeur d’école, très probablement celui de l’établissement où il travaille déjà, selon plusieurs sources du DOE. L’embauche repose donc beaucoup sur une recommandation de terrain, avec des vérifications qui, d’après la seconde source, arrivent trop tard.
John Ricottone, président du conseil d’éducation communautaire 20, ne reproche rien à la directrice de la PS 200, Danielle Nola. Il demande en revanche que le DOE ajoute un contrôle de la santé mentale des candidats à la vérification des antécédents. Le cœur du dossier est là : un filtre qui repère un renvoi, mais qu’une attestation peut contourner, dans un système débordé.
Ce que le DOE promet, et ce que ses propres sources réclament
Côté officiel, le département de l’Éducation a indiqué que Sayed Mohassib avait été suspendu et que du soutien et des ressources étaient proposés à la communauté scolaire. « La sécurité de nos élèves est notre priorité absolue », a déclaré un porte-parole. Aucune annonce de réforme n’est mentionnée à ce stade.
Plusieurs points restent à surveiller : la date réelle de l’embauche du suspect, la manière dont il a été nommé et la suite judiciaire. La demande de John Ricottone, un contrôle de santé mentale en plus de la vérification FBI, sera-t-elle entendue ? Tout repose pour l’instant sur des sources anonymes, dans un article qui n’a pas d’autre version vérifiée.
N’oublions pas non plus le cadre : l’homme est inculpé, pas condamné, et sa version, un réveil couvert de sang sans souvenir, devra être confrontée aux éléments de l’enquête. Le débat sur le recrutement, lui, existe indépendamment du verdict.
La vigilance autour des adultes au contact des plus jeunes occupe aussi la France, comme l’a montré le cas de cet animateur de maternelle écroué à Toulouse après les témoignages de trois enfants. Et Brooklyn reste un lieu où la violence fait régulièrement l’actualité, comme l’a rappelé le bébé de 7 mois tué par balle dans sa poussette.
Un filtre qui voit tout, sauf ce qu’une attestation lui cache : voilà ce que ces insiders reprochent au recrutement du DOE. Reste à savoir si leur alerte changera quelque chose. Et si les dossiers qui bousculent nos certitudes vous captivent, l’objet que Cédric Jubillar emporte au tribunal a de quoi surprendre. Quant à savoir comment un accessoire à cheveux de 6 € a sauvé une jeune femme face à plusieurs grizzlis, l’histoire vaut le détour.