« Je l’ai étranglée donc elle n’a pas crié » : Jubillar détaille sa nuit, mais un horaire reste flou
Cinq ans de déni, puis des aveux. Aujourd’hui, Cédric Jubillar parle, et ses mots glacent. Face à une magistrate toulousaine, il a décrit la nuit du 15 au 16 décembre 2020, geste par geste. Mais sur un point précis, celui qui oppose sa version à d’autres témoignages, il hésite soudain. Lequel ? On y vient.

Une magistrate, un interrogatoire et cinq ans de silence brisé
Le 18 septembre, Cédric Jubillar a été entendu à Toulouse par une magistrate. L’objectif : lui faire préciser, en détail, la nuit du 15 au 16 décembre 2020, celle où Delphine, infirmière de 33 ans, a disparu.
Le contexte est lourd. Le peintre-plaquiste a été condamné en octobre 2025 à 30 ans de réclusion criminelle, après cinq ans à clamer son innocence. Puis, le 6 juillet 2026, il a avoué avoir étranglé son épouse.
Ces aveux ont déjà été scrutés ligne par ligne. Certains détails sur le véhicule de Delphine, notamment, continuent de poser question. Cet interrogatoire de septembre devait donc combler des zones d’ombre.
Selon Le Parisien, qui cite le procès-verbal, l’homme s’est montré plus disert sur le déroulé que sur la chronologie. Et c’est là que le récit se fissure.
Car dans ses premiers aveux, il avait donné une heure. Une heure que d’autres voix contredisent. Reste à savoir laquelle, et pourquoi elle compte autant.
Une heure du matin ou vingt-trois heures : le détail qui ne colle pas
Dans ses aveux de juillet, Cédric Jubillar avait situé les faits vers 1 heure du matin, dans la cuisine du domicile familial. Une version qui heurte plusieurs témoignages.
Son fils, alors âgé de 6 ans, et deux voisines évoquent en effet une dispute vers 23 heures. Deux heures d’écart, ce n’est pas un détail pour des enquêteurs qui cherchent à reconstituer le fil exact de la soirée.
D’autres incohérences avaient d’ailleurs été relevées, comme l’expertise des lunettes brisées qui contredit sa version des faits. L’horaire s’ajoute à cette liste.
Face à la magistrate, le mis en cause n’a pas campé sur sa position. Il a même reculé. Voici ce qu’il a répondu, selon le quotidien : « Je suppose pour l’horaire de mon réveil mais je ne me rappelle pas précisément. »
Autrement dit, l’heure de 1 heure du matin repose sur une supposition. Il ne la maintient plus avec certitude. Et il conteste par ailleurs toute scène de violence à l’extérieur du domicile ainsi que les cris entendus par le voisinage.
Sa justification tient en une phrase, brutale : « Je l’ai étranglée donc elle n’a pas crié. » Mais ce n’est pas la partie la plus dérangeante de ses déclarations.

« Mes deux pouces au niveau de sa glotte » : la scène telle qu’il la raconte
Le récit des gestes eux-mêmes a déjà été rapporté dans ses précédents aveux. Là, il ajoute des précisions, toujours selon les extraits publiés.
Interrogé sur l’origine de la dispute, il rapporte les mots que Delphine aurait prononcés : « T’es qu’une merde […] je fais bien de me barrer, personne ne voudra de toi. »
Puis vient le passage à l’acte. Il l’aurait plaquée contre le frigidaire. « J’avais mes deux pouces positionnés au niveau de sa glotte, j’enroule mes mains autour de son cou. J’ai serré avec mes deux mains, sans objet », dit-il.
Il ajoute : « J’étais dans un état second, je n’ai pas senti ma force. » Une formule qui, pour les parties civiles, pourrait sonner comme une tentative de minimiser. Mais ces propos relèvent de sa seule version, et restent à confronter au dossier.
Voilà donc la réponse : un récit précis sur les gestes, vague sur l’heure. Il détaille le comment, mais s’efface sur le quand.
Cette asymétrie est précisément ce que les enquêteurs entendent tester. Et le test grandeur nature est prévu dans quelques jours.
Reconstitution le 2 octobre : ce qui attend Jubillar à Cagnac-les-Mines
Une reconstitution judiciaire doit se tenir ce vendredi 2 octobre, à Cagnac-les-Mines. Elle commencera au domicile, puis se poursuivra dans le champ situé à une dizaine de kilomètres, où il affirme avoir dissimulé le corps.
Sur place, chaque affirmation pourra être confrontée aux lieux. Plusieurs points fragiles ont déjà été listés, et trois détails de ses aveux pourraient ne pas résister à l’épreuve du terrain.
Du côté de l’opinion, les réactions fusent. Parmi les commentaires de lecteurs, certains soupçonnent une stratégie : avouer après la condamnation pour tenter d’écarter la préméditation et obtenir une peine moindre. Ce n’est qu’une opinion de lecteurs, pas un fait établi.
Reste la question de l’accueil que réservera la justice à ces aveux tardifs. Sur la préméditation, par exemple, une recherche sur Google Maps dix jours avant le drame avait relancé le débat.
Quant aux enfants du couple, ils attendent eux aussi des réponses. Leur question, déchirante, « Qu’est-ce qui reste de maman ? », rappelle ce que ces déclarations signifient hors du prétoire.
La suite dépendra de ce que la reconstitution confirmera ou démentira. Une chose est sûre : le 2 octobre, l’horaire flou devra affronter la réalité d’une cuisine.
L’histoire de cette nuit n’a donc pas fini de livrer ses contradictions : un récit net sur le geste, un trou sur l’heure. Si les lieux parlent le 2 octobre, ce trou pourrait devenir l’élément central. Et ce que les restes de Delphine pourraient encore trahir n’est peut-être pas le moins troublant. Autre mystère : ce que les enquêteurs cherchent désormais dans le Tarn vous réserve peut-être une surprise.