Côtes-d’Armor : un maire de 79 ans incarcéré après la mort d’une habitante retrouvée les jambes ligotées
Dans les Côtes-d’Armor, un village breton est secoué par une affaire judiciaire hors norme. Le maire de Plouasne, âgé de 79 ans, a été placé en détention provisoire après la mort d’une résidente de 66 ans, retrouvée au sol devant chez elle, les jambes entravées par une corde et une sangle. Un conseiller municipal et deux autres personnes sont également mis en cause. L’instruction est en cours.
Un lundi d’avril qui a fait basculer un village entier
C’est le lundi 7 avril 2026 que la vie de Plouasne, petite commune bretonne des Côtes-d’Armor, a pris un tournant brutal. Ce jour-là, Catherine Josselin, 66 ans, perd la vie devant son propre domicile. Pas un accident domestique, pas un malaise cardiaque. Les circonstances sont tout autres et ont immédiatement déclenché l’ouverture d’une enquête judiciaire.
Selon les éléments communiqués par le procureur de Saint-Malo, Fabrice Tremel, et relayés par Ici Armorique, le maire de la commune et l’un de ses conseillers municipaux avaient entrepris de faire hospitaliser Catherine Josselin de force. Une initiative dont personne, à ce stade, ne connaît encore tous les ressorts. Ce que l’on sait, c’est que la sexagénaire a été contrainte de rester au sol pendant environ un quart d’heure, les jambes entravées à l’aide d’une corde et d’une sangle.
Catherine Josselin n’a pas survécu à cet épisode. Les circonstances exactes de son décès — le mécanisme médical qui a conduit à sa mort — font toujours l’objet des investigations. Mais cette scène, survenue en plein jour devant le domicile de la victime, a provoqué une onde de choc dans cette commune d’à peine 2 000 habitants. Et c’est la suite judiciaire qui va transformer cette affaire locale en un dossier sans précédent.
Un maire mis en examen et incarcéré : du jamais vu dans la commune
Il faudra attendre une semaine pour que la machine judiciaire s’emballe. Le mardi 14 avril, quatre personnes sont interpellées et placées en garde à vue. Parmi elles, Michel Daugan, 79 ans, premier magistrat de Plouasne. Le conseiller municipal impliqué dans l’intervention est également du lot, tout comme deux autres individus dont le rôle précis reste à éclaircir.
Le lendemain, mercredi 15 avril, le procureur de Saint-Malo annonce la mise en examen des quatre suspects. Les chefs d’accusation sont lourds : « arrestation et détention arbitraire suivie de mort » et « violences commises en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Des qualifications pénales qui, dans le code pénal français, peuvent entraîner des peines allant jusqu’à la réclusion criminelle. Le terme « détention arbitraire » est habituellement réservé aux séquestrations. L’entendre appliqué à un élu local en exercice donne la mesure de la gravité des faits reprochés.

Michel Daugan a passé sa première nuit en maison d’arrêt. À 79 ans, l’homme qui dirigeait la commune se retrouve derrière les barreaux. C’est une situation rarissime : un maire incarcéré dans le cadre d’une affaire de mort violente, cela reste exceptionnel dans les annales judiciaires françaises. La question de son maintien en détention sera réévaluée dans les semaines à venir, mais pour l’heure, le juge des libertés et de la détention a estimé que sa mise sous écrou était nécessaire.
Pourtant, tous les mis en cause n’ont pas subi le même sort. Et les nuances du traitement judiciaire révèlent la complexité de cette affaire.
Les trois autres suspects : sous contrôle judiciaire, mais interdits de village
Le conseiller municipal, mis en examen pour les mêmes chefs d’accusation que le maire, n’a pas été incarcéré. Il a toutefois été placé sous contrôle judiciaire avec des restrictions sévères : interdiction de se rendre sur le territoire de Plouasne et interdiction d’entrer en contact avec les autres mis en cause, les témoins ou la famille de Catherine Josselin. Pour un élu local, être banni de sa propre commune constitue en soi une mesure exceptionnelle.
Les deux autres individus interpellés le mardi ont connu un sort légèrement différent. Leur garde à vue a été levée dès le mardi soir, mais ils sont néanmoins placés sous contrôle judiciaire avec les mêmes interdictions de déplacement et de contact. D’après les éléments de l’enquête, ils sont soupçonnés d’avoir fourni la corde et la sangle utilisées pour immobiliser la victime. La question est de savoir s’ils connaissaient l’usage qui en serait fait — et dans quelle mesure leur implication était préméditée.
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Dans les faits divers impliquant des élus inquiétés par la justice, c’est souvent la nature du lien entre l’élu et la victime qui éclaire le mobile. Ici, la relation entre Michel Daugan et Catherine Josselin, au-delà de celle entre un maire et une administrée, reste l’un des points centraux de l’instruction. Pourquoi avoir voulu la faire hospitaliser de force ? Qui en a pris l’initiative ? Et surtout, sur quelle base légale — ou plutôt, en l’absence manifeste de base légale ?
« Hospitalisation forcée » : ce que le maire n’avait pas le droit de faire
C’est peut-être l’aspect le plus troublant de cette affaire. En France, un maire dispose de pouvoirs de police administrative. Il peut, dans certaines conditions très encadrées, demander une hospitalisation d’office — désormais appelée « admission en soins psychiatriques sur décision du représentant de l’État ». Mais cette procédure passe obligatoirement par le préfet, sur la base d’un certificat médical attestant de troubles mentaux mettant en danger la personne ou autrui.

Autrement dit, un maire ne peut pas décider seul d’immobiliser physiquement un administré, encore moins en utilisant des cordes et des sangles, encore moins avec l’aide de plusieurs personnes. Ce qui s’est passé devant le domicile de Catherine Josselin ressemble bien davantage à une intervention de force improvisée qu’à une procédure administrative, aussi urgente soit-elle. Le statut de maire confère des responsabilités, pas un pouvoir coercitif sur les personnes.
C’est précisément cette confusion entre pouvoir local et usage de la force qui pourrait peser lourd dans le dossier. La qualification de « détention arbitraire » retenue par le parquet de Saint-Malo indique que les magistrats considèrent, à ce stade, que Catherine Josselin a été privée de liberté en dehors de tout cadre légal. Le fait que cette privation de liberté ait été « suivie de mort » alourdit considérablement les charges.
Plouasne sous le choc : quand un village perd son maire et une voisine
Plouasne compte environ 2 000 habitants. Le genre de commune où tout le monde se connaît, où le maire croise ses administrés au marché et où les affaires municipales se règlent parfois de manière informelle. Michel Daugan, à 79 ans, incarnait une figure de l’autorité locale. Catherine Josselin, elle, vivait dans ce même tissu social, dans cette même proximité.
L’affaire soulève des questions que les habitants n’imaginaient sans doute pas devoir se poser. Depuis quand la situation entre le maire et cette résidente était-elle tendue ? D’autres personnes étaient-elles au courant de ce projet d’« hospitalisation forcée » ? Des signaux d’alerte avaient-ils été ignorés ? À ce stade, l’instruction judiciaire, conduite sous l’autorité du parquet de Saint-Malo, est la seule à pouvoir apporter des réponses.
D’autres affaires impliquant des maires ont défrayé la chronique ces dernières années, comme celle de ce maire filmé menaçant un rival ou encore le drame survenu lors d’élections municipales. Mais la mise en examen d’un élu de 79 ans pour des faits ayant entraîné la mort d’une administrée atteint un degré de gravité rarement observé dans la vie politique locale française.
L’enquête devra également déterminer si Catherine Josselin présentait effectivement des troubles justifiant une quelconque intervention, et si des démarches légales avaient été tentées — et refusées — avant que la situation ne dégénère de façon aussi dramatique. Pour l’heure, Michel Daugan reste incarcéré. La suite de l’instruction dira si la qualification pénale retenue tient ou évolue. Mais une chose est certaine : à Plouasne, plus rien ne sera comme avant.
