Il menace son rival de le « coincer derrière les poubelles » le jour du scrutin : la vidéo hallucinante du maire réélu
Une vidéo tournée à son insu, des propos d’une violence rare, et une enquête judiciaire ouverte. Le maire réélu d’Arcachon vit une semaine cauchemardesque après la diffusion d’un enregistrement qui a stupéfié la classe politique française tout entière.
Une scène filmée devant un bureau de vote

Tout se passe le dimanche 16 mars 2026, jour du premier tour des élections municipales à Arcachon, en Gironde. Yves Foulon, maire sortant Les Républicains, croise son principal opposant, le conseiller municipal écologiste sortant Vital Baude, devant un bureau de vote.
Ce que le maire ne sait pas : Vital Baude porte un micro-cravate. Un réalisateur indépendant, venu tourner un documentaire sur la campagne du candidat écologiste, est également présent. Les propos qui vont suivre sont donc enregistrés dans leur intégralité.
Et ce que ces enregistrements révèlent dépasse l’entendement.
Des menaces d’une violence rare, mot pour mot
La vidéo, publiée mardi soir par le média en ligne Vakita, fait l’effet d’une bombe. On y entend le maire d’une ville de plus de 11 000 habitants s’adresser à son rival en ces termes : « Si je pouvais vous coincer derrière les poubelles, ça me ferait plaisir de vous mettre une branlée. »
Les insultes s’enchaînent sans interruption : « Fils de pute », « enculé ». Puis viennent les menaces directes contre sa vie personnelle : « Je vais tout faire pour vous baiser et je vais trouver quelque chose », « Ça va être terrible pour vous et votre famille. »
Des propos qui, prononcés par n’importe quel citoyen, pourraient conduire à une garde à vue. Prononcés par un maire le jour de sa réélection, ils ont provoqué une onde de choc nationale. Ce type de dérapage verbal n’est pas sans rappeler d’autres séquences choquantes qui ont récemment enflammé les réseaux sociaux en France.
Il est réélu avec 66 % des voix le même jour

L’ironie cruelle de cette affaire : le soir même, Yves Foulon est réélu triomphalement avec 66,51 % des voix. Vital Baude, sa cible ce jour-là, arrive second avec seulement 20,45 %. Laurent Lamara (RN) obtient 13,04 %.
La victoire est écrasante. Mais la vidéo, elle, n’est pas encore publique à ce moment-là. Elle le deviendra deux jours plus tard, changeant radicalement le récit de cette soirée électorale.
Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un incident grave dans un bureau de vote fait irruption dans l’actualité politique française. Mais la violence des propos enregistrés ici est d’une autre nature.
Le contexte : une villa démolie et une vieille rancœur
Pour comprendre l’explosion de Yves Foulon ce dimanche-là, il faut remonter à une affaire immobilière qui empoisonne les relations entre les deux hommes.
Le maire a racheté une villa patrimoniale d’Arcachon, l’a fait démolir, et a fait construire à la place la maison où il réside aujourd’hui. Une photo de cette nouvelle construction a été publiée dans un document de campagne de Vital Baude, ce que l’édile a vécu comme une atteinte intolérable à sa vie privée, estimant que cela avait « durement affecté » sa famille.
À lire aussi
Ce ressentiment, accumulé pendant des semaines de campagne, semble avoir explosé ce dimanche matin au détour d’une rencontre fortuite devant un isoloir.
La thèse du « coup monté » avancée par le maire

Dès la publication de la vidéo, Yves Foulon sort de son silence par voie de communiqué. Et sa ligne de défense surprend autant que les propos eux-mêmes.
« Il s’agit d’un coup monté car personne ne peut croire qu’un candidat puisse se promener dans la rue et dans les bureaux de vote équipé d’un micro dissimulé et d’une caméra cachée », écrit-il. Il affirme également avoir « été pris à partie par M. Baude, dans un échange tendu qui ne figure pas dans cette vidéo ».
Vital Baude, contacté par l’AFP, a pourtant assuré avoir croisé le maire « par hasard ». Le micro-cravate, lui, n’était pas dissimulé à des fins d’espionnage : il était utilisé pour le tournage du documentaire en cours sur sa campagne. La rencontre n’était donc pas planifiée, mais la captation, elle, était bien réelle.
Des « excuses publiques » mais un déni persistant
Mercredi 18 mars, face à la tempête médiatique, Yves Foulon prend la parole pour reconnaître partiellement les faits. Il déclare « regretter profondément » son comportement et présente des « excuses publiques et totales à tous ceux qu’il a pu heurter et blesser ».
Il reconnaît que « la pression et le stress l’ont emporté sur la raison et l’intelligence », que son comportement a été « inapproprié ». Mais il maintient simultanément la thèse du piège tendu, créant une contradiction difficile à résoudre : comment s’excuser sincèrement tout en affirmant avoir été manipulé ?
Cette posture en deux temps — mea culpa et accusation — n’a pas convaincu grand monde dans les rangs politiques.
À lire aussi
La réaction en chaîne dans la classe politique

L’affaire a immédiatement débordé du cadre girondin pour devenir un sujet national. Les prises de position se sont succédé à un rythme soutenu.
Bruno Retailleau, président de LR et ministre de l’Intérieur, a jugé les propos « inacceptables » dès mercredi matin sur RMC-BFMTV, indiquant avoir demandé à Yves Foulon de s’excuser. Une condamnation du bout des lèvres qui n’a pas suffi à éteindre l’incendie au sein du camp républicain.
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a été plus directe, qualifiant les propos d’« ignominieux » et réclamant purement et simplement la démission du maire. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, est allé encore plus loin, appelant Bruno Retailleau à « exclure ce maire aux comportements de voyou ».
Des tensions politiques d’une intensité comparable à celle des débats qui enflamment régulièrement l’Assemblée nationale ces derniers mois.
Une enquête judiciaire ouverte à Bordeaux
Au-delà du débat politique, c’est désormais la justice qui a pris le relais. Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête pour menace, injure non publique et violences, après réception d’une plainte déposée par Vital Baude lui-même.
Les faits reprochés sont précisément circonscrits : les menaces physiques (« vous mettre une branlée derrière les poubelles »), les menaces contre la vie personnelle (« ça va être terrible pour vous et votre famille »), et les injures. Autant d’éléments que la vidéo documente avec une précision implacable.
Ce type d’affaire mêlant menaces verbales, enregistrements et élus locaux rappelle d’autres situations d’élus victimes ou auteurs de menaces qui ont défrayé la chronique ces dernières années. Mais ici, l’auteur présumé est lui-même un élu en exercice.
Ce que cette affaire révèle sur la violence en politique locale

Au-delà du cas Foulon, cette séquence soulève une question plus profonde : quelle est la réalité des coulisses des campagnes municipales en France ?
Les grandes villes et les grandes figures nationales concentrent la lumière médiatique. Mais dans les centaines de communes moyennes qui organisent leurs élections tous les six ans, les tensions personnelles, les rancoeurs accumulées, les conflits d’intérêts locaux peuvent produire des situations explosives que personne ne filme, habituellement.
Cette fois, un micro était allumé. Et une caméra tournait.
La question qui se pose maintenant pour Yves Foulon est simple : peut-il exercer son mandat de maire normalement, avec une enquête judiciaire en cours et une crédibilité nationale en lambeaux ? La réponse appartient peut-être moins aux tribunaux qu’à ses propres colistiers et aux habitants d’Arcachon.
Yves Foulon peut-il rester maire d’Arcachon ?
Juridiquement, rien ne l’empêche pour l’instant de continuer à exercer ses fonctions. Une mise en examen, voire une condamnation, serait nécessaire pour envisager une quelconque inéligibilité. La procédure judiciaire pourrait prendre des mois, voire des années.
Politiquement, c’est une autre histoire. LR se retrouve dans une position délicate : condamner sans sanctionner, c’est envoyer un signal ambigu à quelques jours du second tour. Ne rien faire, c’est s’exposer à une hémorragie d’image supplémentaire pour un parti déjà fragilisé à l’échelon national.
Les partis politiques français n’en sont pas à leur premier dérapage médiatique embarrassant ces dernières années, mais celui-ci présente une caractéristique rare : il est intégralement capturé sur bande. Impossible de nier, impossible de minimiser les mots.
Une vidéo qui, en quelques heures, a transformé une victoire électorale à 66 % en une crise politique dont l’issue reste, à cette heure, totalement incertaine.