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Marin disparu au large de Toulon : ses parents accusent deux collègues d’avoir attendu 1 h 30 avant de donner l’alerte

Publié par Cassandre le 26 Avr 2026 à 9:43

Un an jour pour jour après la disparition en mer de Léo Soulas, officier marinier de 25 ans tombé de la frégate Forbin au large de Toulon, ses parents passent à l’offensive judiciaire. Ils déposent plainte pour « non-assistance à personne en danger » contre deux marins de l’équipage. Au cœur de leur accusation : un silence de 90 minutes qui aurait anéanti toute chance de sauvetage.

Frégate de la Marine nationale naviguant de nuit en Méditerranée

La nuit du 23 au 24 avril 2025 : ce qui s’est passé sur la frégate Forbin

Léo Soulas avait intégré la Marine nationale en 2017, d’abord comme simple matelot. Au fil des années, il avait gravi les échelons jusqu’au grade de second maître. Au moment des faits, ce membre d’équipage du porte-avions Charles-de-Gaulle était détaché sur la frégate de défense aérienne Forbin, chargée d’escorter le navire amiral lors d’un retour de mission.

Dans la nuit du 23 au 24 avril, le jeune homme tombe à la mer. Les circonstances exactes de cette chute restent encore floues, mais c’est ce qui se passe ensuite qui concentre aujourd’hui la colère de sa famille. Car entre le moment où Léo Soulas disparaît dans les eaux sombres et le moment où l’alerte est donnée au commandement, il s’écoule un laps de temps considérable.

Un officier de la Marine avait déjà fait parler de lui pour une faille de sécurité liée à Strava révélant la position du Charles-de-Gaulle. Cette fois, c’est un tout autre type de défaillance humaine qui est en cause — et les conséquences sont irréversibles.

90 minutes de silence dans une mer « glaciale et déchaînée »

Les parents de Léo Soulas ne mâchent pas leurs mots. « Compte tenu des éléments découverts dans le cadre de l’enquête, nous avons pris la décision de déposer plainte contre deux marins, qui n’ont pas permis à notre fils la moindre chance de survie dans une mer glaciale et déchaînée », déclarent-ils. L’accusation est précise et lourde : les deux mis en cause auraient « délibérément refusé de prévenir le commandement pendant 1 h 30 à compter de la disparition de Léo ».

Projecteur de recherche en mer balayant les vagues de nuit

En mer, chaque minute compte. La température de l’eau en Méditerranée fin avril oscille autour de 15 °C. À cette température, l’hypothermie s’installe en moins d’une heure. Un homme à la mer, même équipé, voit ses capacités motrices diminuer rapidement. Or ici, ce n’est pas une heure mais bien une heure et demie qui s’écoule avant que quiconque ne déclenche la procédure réglementaire.

L’avocate de la famille, Me Lisa Borne, enfonce le clou : « La procédure d’homme à la mer a été initiée trop tardivement, en raison de l’inertie délibérée des deux marins. » Elle ajoute que ces derniers sont aussi mis en cause pour « dissimulation à rendre compte à la hiérarchie avec tout le bon sens et la loyauté nécessaire ». Le mot « délibéré » revient dans chaque déclaration. Ce n’est pas une erreur que la famille dénonce, mais un choix.

Des recherches massives mais vaines

La famille reconnaît un point essentiel : une fois prévenue, la commandante du Forbin a réagi avec une grande réactivité. Les moyens déployés par la Marine nationale en pleine nuit ont été considérables. Mais le temps perdu ne se rattrape pas en mer.

Les recherches se sont poursuivies pendant plus de 24 heures. C’est le ministre des Armées de l’époque, Sébastien Lecornu, qui a officiellement annoncé leur arrêt le vendredi 25 avril, peu avant 10 heures du matin. « L’espoir de secourir le second maître Léo Soulas est désormais nul », avait-il déclaré. Le corps du jeune marin n’a jamais été retrouvé.

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Des drames liés à des alertes tardives continuent de marquer l’actualité française, qu’il s’agisse de services d’urgence civils ou militaires. Mais dans le cas de Léo Soulas, l’enjeu dépasse la simple question du délai : c’est la notion même de loyauté entre frères d’armes qui est mise en cause.

« Léo n’avait plus aucune chance d’être sauvé »

Béret de marin posé en hommage dans un port militaire

Cette phrase, prononcée par Me Lisa Borne, résume à elle seule le drame vécu par la famille. Ce n’est pas un accident sans responsable. Ce n’est pas non plus une fatalité de la mer. Selon la plainte déposée, deux personnes savaient que Léo Soulas avait disparu — et ont choisi de ne rien dire pendant 90 minutes.

Les parents soulignent que leur fils « a eu tant de bonheur à servir la France aux côtés de la Marine nationale ». Une précision qui n’a rien d’anodin : ils ne s’attaquent pas à l’institution, mais à deux individus dont le comportement aurait, selon eux, condamné leur fils. La distinction est nette et assumée.

L’affaire rappelle d’autres situations où l’inaction de ceux censés intervenir a coûté des vies. Mais ici, le contexte militaire ajoute une dimension supplémentaire : la chaîne de commandement, le devoir de signalement immédiat, les protocoles stricts qui encadrent la vie à bord d’un navire de guerre.

Un combat judiciaire qui ne fait que commencer

Pour la famille Soulas, déposer plainte un an après les faits marque le début d’un long parcours. Les enquêtes impliquant la Marine nationale sont complexes, encadrées par des juridictions spécifiques. La qualification de « non-assistance à personne en danger » est un délit passible de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende selon le Code pénal.

« Nous voulons poursuivre notre chemin de croix pour que justice soit rendue à notre fils », déclarent les parents. Le terme « chemin de croix » dit beaucoup : ils savent que la route sera longue. Un deuil sans corps est déjà une épreuve insupportable. Un deuil sans réponses judiciaires en serait une autre.

Les autorités militaires n’ont pas encore communiqué publiquement sur cette plainte. La question qui se pose désormais est simple : pourquoi ces deux marins ont-ils gardé le silence ? Panique, confusion, peur des conséquences ? L’enquête devra trancher. Mais pour les parents de Léo Soulas, une chose est certaine : ces 90 minutes de silence ont transformé un accident en tragédie.

Ce jeune engagé au service de la France méritait mieux que le silence de ceux qui naviguaient à ses côtés. Ses parents comptent bien le prouver devant la justice.

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