Somnolence anormale, bijoux disparus, une résidente morte… : à Menton, une aide-soignante mise en examen

Une résidente d’Ehpad hospitalisée dans un état de somnolence anormal. Une seconde pensionnaire, mêmes symptômes. Le lendemain, des bijoux manquent à l’appel. À Menton, dans les Alpes-Maritimes, l’affaire révélée par le parquet de Nice laisse planer un doute glaçant. Selon Le Figaro, une aide-soignante de 53 ans a été mise en examen et reconnaît une partie des faits. Mais un détail de son passé change la lecture.
Un médicament absent de l’ordonnance : comment l’affaire de Menton a démarré
Tout commence fin septembre, dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes de Menton. Une résidente y est hospitalisée « dans un état de somnolence anormal », selon les éléments révélés par le parquet de Nice.
À l’hôpital, les analyses livrent un premier indice troublant. Elles révèlent la prise d’un médicament. Or celui-ci ne figure pas sur la liste des traitements de la vieille dame.
Autrement dit, une substance que rien ne justifiait se trouvait dans son organisme. Le genre de détail qui transforme un simple malaise en dossier judiciaire.
Le parquet évoque ensuite des « faits similaires » constatés sur une seconde pensionnaire. Deux résidentes, deux états anormaux, un même doute sur l’origine de ce qu’elles ont absorbé.
Ce type de structure accueille des personnes fragiles, parfois incapables de dire ce qui leur arrive. Une somnolence peut passer pour de la fatigue liée à l’âge. Ici, ce sont les analyses médicales qui ont fait sonner l’alarme.
Les drames en maison de retraite font régulièrement l’actualité, comme cette femme de 84 ans retrouvée morte de froid dans un Ehpad, dont l’affaire s’est retrouvée entre les mains de la justice. Mais à Menton, le dossier prend un tour inattendu dès le lendemain.
Des bijoux envolés, une interpellation, puis des aveux partiels
La journée passe. Puis vient le lendemain, et avec lui un second constat : plusieurs bijoux manquent à l’appel. Le lien entre les malaises et les disparitions devient difficile à écarter pour les enquêteurs.
Le parquet de Nice, qui a rendu l’affaire publique ce mercredi, s’en tient à des faits constatés. Aucune conclusion définitive n’est avancée à ce stade.
Une enquête est ouverte. Quelques jours plus tard, une femme est interpellée. Elle a 53 ans et travaille comme aide-soignante vacataire, précisément au sein de l’établissement concerné.
Les établissements pour personnes âgées sont souvent au cœur de faits divers, comme cette résidente de 90 ans morte en dévalant une pente en fauteuil roulant. Ici, la perquisition apporte des éléments précis.
Chez elle, les enquêteurs retrouvent « un certain nombre de bijoux et des produits susceptibles de correspondre à ceux utilisés » contre les résidentes, relève le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli.
Autre élément du dossier : la suspecte a déjà été condamnée en 2019 pour des faits de vol, au préjudice de personnes âgées, « alors qu’elle était aide-soignante ». Il en avait résulté une interdiction temporaire d’exercer. Sept ans ont passé.
Reste la question que tout le monde se pose : qu’a-t-elle répondu aux enquêteurs ? En garde à vue, selon le parquet, la quinquagénaire a reconnu avoir administré « des substances à des résidentes » et « avoir commis des vols ».
Son explication : un « besoin de financer sa consommation de stupéfiants ». Mais ce n’est pas la partie la plus lourde du dossier.

Une résidente décédée en juillet : la piste qui inquiète les enquêteurs
Les Ehpad ont connu d’autres drames, comme l’incendie d’un fauteuil roulant électrique en Isère. Le dossier de Menton relève pourtant d’une autre nature : celle d’une possible implication dans un décès.
Car les enquêteurs ne s’arrêtent pas aux deux pensionnaires hospitalisées. Ils s’intéressent aussi au cas d’une autre résidente, décédée dans un autre établissement à la fin du mois de juillet 2026.
À cette période, la même aide-soignante y exerçait. Un recoupement qui relance l’enquête, sans que la source ne mentionne à ce stade de lien formellement établi.
L’intéressée, elle, conteste « toute volonté d’homicide ». Selon Le Figaro, la question reste ouverte : aurait-elle, involontairement, provoqué un décès dans l’objectif de dérober des bijoux ? La nuance sépare deux qualifications bien distinctes.
Le 10 octobre, la femme de 53 ans a été mise en examen. Un premier chef vise l’« administration de substance nuisible avec préméditation ayant porté atteinte à l’intégrité d’une personne sans entraîner d’incapacité ».
S’y ajoutent l’« administration de substance nuisible ayant entraîné la mort sans intention de la donner à une personne vulnérable » et le « vol aggravé ».
Elle est placée en détention provisoire. Comme toute personne mise en examen, elle reste présumée innocente tant qu’elle n’a pas été jugée.
Autres victimes, passé judiciaire, manque de soignants : ce qui reste à éclaircir
Le dossier est loin d’être clos. Une information judiciaire a été ouverte et pourrait permettre de déterminer d’éventuelles autres victimes. La suspecte, elle, reste en détention provisoire.
Les enquêteurs s’appuient sur la présence de la vacataire dans différents établissements et sur d’autres éléments corroborants. La liste des résidentes concernées pourrait donc encore évoluer.
L’affaire soulève aussi une question de fond. Comment une professionnelle déjà condamnée en 2019 pour des vols visant des personnes âgées a-t-elle pu intervenir de nouveau auprès de résidents ? La source précise que l’interdiction d’exercer n’était que temporaire.
Dans le même temps, le Synerpa, qui représente les principaux acteurs privés des Ehpad, estime selon Le Figaro qu’environ 600 000 professionnels devront être recrutés et formés dans les dix prochaines années.
Ce type d’affaire nourrit forcément l’inquiétude des familles, déjà attentives aux conditions de vie en établissement, comme le montre la note de 800 euros pour des verres d’eau qui a glacé un résident de 99 ans.
Sur le terrain judiciaire, d’autres enquêtes très suivies occupent l’actualité, à l’image de la preuve de vie récente trouvée dans l’affaire Dupont de Ligonnès.
Pour Menton, la suite se joue désormais dans le cabinet du juge d’instruction : expertises, auditions, recoupements.
Des substances sans ordonnance, des bijoux envolés, une résidente décédée : à Menton, tout est désormais entre les mains des enquêteurs. La présomption d’innocence reste de mise, mais les aveux partiels et le passé judiciaire de la suspecte pèsent lourd.
Et pour changer d’air, ce couple qui a joué au Loto dès son premier rendez-vous a vu le hasard lui sourire d’une tout autre manière. Quant aux vieux mystères, ce squelette recroquevillé dans une jarre romaine cache une histoire vieille de 1 600 ans.