Elle ouvre la porte de sa chambre d’hôpital et découvre son conjoint mort, attaché à une chaise

Un patient hospitalisé depuis dix jours. Une chambre fermée. Et derrière la porte, un corps sans vie, sanglé à une chaise, que personne n’avait remarqué. Ce drame s’est joué à l’hôpital d’Avignon, dans le Vaucluse. Aujourd’hui, la justice doit déterminer comment un homme a pu mourir dans ces conditions sans qu’aucun soignant ne s’en aperçoive.
Matthieu, hospitalisé en urgence à Avignon fin juin 2022
Le 27 juin 2022, un homme prénommé Matthieu est transporté aux urgences de l’hôpital d’Avignon. Il est en détresse respiratoire après une chute à son domicile. Dès son arrivée, les médecins constatent une agitation importante et des troubles cognitifs.
Son dossier médical mentionne déjà un asthme, des problèmes cardiaques et une hypertension artérielle. Le lendemain, de nouveaux examens révèlent une confusion spatio-temporelle, des difficultés à respirer et des anomalies au cœur. Aucun AVC ni hémorragie ne sont détectés. Seule une fracture au poignet droit apparaît à la radio.
Ce n’est que le 1er juillet qu’un scanner met au jour de multiples pathologies. En parallèle, l’état général de Matthieu se dégrade. En six jours, il perd 5,5 kg, un amaigrissement que son avocate qualifie de preuve d’une « sous-nutrition de la part du centre hospitalier ». L’homme réclame à plusieurs reprises de rentrer chez lui, mais les soignants refusent.
Son comportement est alors décrit comme « virulent » par le personnel. Décision est prise de le placer sous calmants et de l’attacher à son lit. Un protocole de contention qui va devenir le décor d’un drame que personne n’imaginait.
Le 7 juillet, Isabelle ouvre la porte et découvre l’impensable
Isabelle, l’ex-femme de Matthieu — divorcée depuis vingt ans mais toujours présente à ses côtés pour veiller sur lui — se rend à l’hôpital le 7 juillet 2022. Elle pousse la porte de la chambre. Ce qu’elle voit la glace.
Matthieu est mort, attaché sur sa chaise. Personne dans l’équipe soignante ne s’en était aperçu. « Aucun personnel hospitalier ne s’en était rendu compte », affirme l’avocate de la veuve. Le corps était là, inerte, dans une chambre que le personnel était censé surveiller.
Le choc ne s’arrête pas là. À la morgue, les équipes découvrent des traces de strangulation sur le cou du défunt. Ces marques étaient jusqu’alors masquées par une minerve posée par les infirmières pendant l’hospitalisation. Comment ces traces sont-elles apparues ? Qui en est responsable ? Autant de questions restées sans réponse depuis trois ans — et c’est précisément ce qui pousse Isabelle à saisir la justice.
L’affaire bascule d’un dossier médical banal vers une mise en cause frontale de l’établissement. Isabelle dénonce une « prise en charge fautive » et refuse de laisser ce drame s’effacer dans le silence des couloirs d’hôpital.

Le tribunal administratif de Nîmes ordonne une expertise avant fin 2026
Après l’échec des discussions avec la commission du droit des usagers du centre hospitalier, Isabelle a saisi le tribunal administratif de Nîmes, juridiction compétente pour le Vaucluse. Sa demande est simple : la désignation d’un expert indépendant chargé de déterminer les causes exactes du décès de Matthieu.
Le 24 juin dernier, la juridiction a accédé à cette requête. L’expert mandaté devra établir si des fautes médicales, des fautes de soins ou des défaillances dans l’organisation des services ont été commises par l’hôpital d’Avignon. Un rapport complet est attendu au plus tard le 31 décembre 2026.
Contention abusive, surveillance défaillante, traces de strangulation inexpliquées, perte de poids massive en quelques jours : le dossier soulève des questions lourdes sur les conditions de prise en charge dans certains services hospitaliers. Pour l’avocate d’Isabelle, chaque élément du séjour de Matthieu pointe vers une négligence systémique, pas un accident isolé.
Un homme est entré vivant à l’hôpital d’Avignon. Dix jours plus tard, il en est sorti dans un sac mortuaire, le cou marqué de traces que personne ne sait expliquer. Isabelle attend des réponses depuis trois ans. Le rapport d’expertise dira si la médecine a failli — ou si quelque chose de bien plus grave s’est joué derrière cette porte fermée.