Patrick Bruel mis en examen pour viols : 9 victimes, 13 dossiers joints
Depuis lundi, Patrick Bruel était en garde à vue. Mercredi soir, le couperet est tombé. Le chanteur de 67 ans est officiellement mis en examen pour viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel. Le parquet de Nanterre a requis son placement en détention provisoire. Voici tout ce que l’on sait sur une affaire qui vient de franchir un cap judiciaire majeur.

48 heures de garde à vue et une convocation qui a tout changé
Lundi 8 juin au matin, Patrick Bruel s’est présenté de lui-même dans les locaux du premier district de police judiciaire à Paris. Il était convoqué. Les enquêteurs l’attendaient pour l’auditionner sur le contenu de 13 plaintes déposées contre lui.
La garde à vue a duré deux nuits complètes. Durant ces 48 heures, le chanteur a nié l’ensemble des infractions qui lui sont reprochées. Ses avocats n’ont fait aucun commentaire publiquement pendant toute la durée de la procédure.
Sept ans après les premières plaintes, l’affaire a pris une ampleur inédite. Depuis les révélations de Mediapart en mai, une trentaine de femmes affirment dans la presse avoir été victimes du chanteur. Les faits dénoncés — viols, tentatives de viols, agressions sexuelles, exhibition sexuelle — se seraient déroulés entre 1991 et 2019, en France, en Belgique et au Canada.
Mercredi en fin de journée, Patrick Bruel a été présenté à quatre juges d’instruction. Le tribunal de Paris s’était auparavant dessaisi de certaines plaintes, dont celle de l’animatrice Flavie Flament, au profit du parquet de Nanterre qui centralise désormais toutes les procédures.
9 victimes, des faits entre 2000 et 2019 : ce que le parquet de Nanterre a requis
Le communiqué du parquet de Nanterre ne laisse aucune place au doute sur la gravité du dossier. Le procureur a requis l’ouverture d’une information judiciaire et la mise en examen de Patrick Bruel pour des faits concernant 9 victimes. Les accusations couvrent des viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel commis entre 2000 et 2019.
Parmi ces neuf victimes, quatre avaient déposé plainte avec constitution de partie civile, notamment sur des faits qui avaient fait l’objet d’un classement sans suite auparavant. Le parquet a aussi requis le placement en détention provisoire du chanteur.
En parallèle, les procédures concernant 13 autres personnes dénonçant des viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel commis entre septembre 1992 et septembre 2008 ont été jointes au dossier. Ces faits sont « apparus couverts par la prescription à ce stade », précise le parquet. Mais cette jonction n’est pas anodine : elle permettra aux juges de vérifier si la prescription est réellement acquise et d’examiner l’ensemble des faits reprochés à Patrick Bruel.
Pour les avocates des plaignantes, ces réquisitions sont un tournant. Me Iris Biehler, qui représente deux femmes accusant le chanteur d’agression sexuelle et de tentative de viol en 2019, a parlé d’un « signal fort de l’accusation ». Le parquet a selon elle « pris la mesure de la gravité et de la multitude des faits ». Me Myriam Guedj-Benayoun, avocate de deux autres plaignantes, s’est dite « soulagée » et a ajouté : « On va pouvoir travailler avec la justice ».

Détention provisoire ou contrôle judiciaire : la décision qui change tout
Après l’interrogatoire devant les juges d’instruction, Patrick Bruel a été présenté au juge des libertés et de la détention. C’est ce magistrat qui tranche : le chanteur ressort-il libre, sous contrôle judiciaire, ou est-il directement incarcéré ?
Le parquet avait clairement indiqué qu’il existait selon lui un « risque de renouvellement et de pressions sur les victimes ou les témoins ». Un argument de poids dans la balance. L’interrogatoire s’est achevé en soirée, et la décision sur son éventuelle incarcération devait tomber dans les minutes suivantes.
De son côté, Flavie Flament a réagi par communiqué : « Je suis sereine et surtout satisfaite que les plaintes de toutes ces femmes soient enfin considérées par la justice à la hauteur de leur gravité. » Elle a ajouté qu’elle s’exprimerait « en temps et en heure », préférant laisser la parole aux autres victimes concernées.
La journaliste de franceinfo Juliette Campion a par ailleurs décrit l’omerta qui régnait autour du chanteur : la peur d’être « blacklisté » empêchait nombre de témoins de parler. Des témoignages glaçants continuent d’émerger, et l’affaire est loin d’avoir livré tous ses chapitres.
En une semaine, Patrick Bruel est passé du statut de chanteur convoqué à celui d’homme mis en examen pour des faits criminels impliquant 9 victimes identifiées et 13 dossiers supplémentaires sous le microscope des juges. Que le JLD décide la détention ou le contrôle judiciaire, une chose est certaine : l’ère du silence autour de ces accusations est terminée. Et vous, pensiez-vous que cette affaire prendrait une telle ampleur ?