Mort dans une avalanche à 55 ans, il laisse 10 millions de livres : sa femme et sa fille toujours en guerre

Un aventurier disparu au sommet d’un pic andin, une fortune colossale, deux femmes qui ne se parlent plus. Huit ans après la mort de Paul Samuel dans une avalanche, son héritage de 10 millions de livres déchire encore sa veuve et sa fille devant la justice britannique.
Entre accusations de blocage, mémorial contesté et procédures qui s’enlisent, le dossier vient de repasser devant la High Court de Londres, sans qu’aucune des deux femmes ne cède un pouce de terrain.
Un alpiniste emporté par la montagne qu’il aimait tant
Paul Samuel avait 55 ans quand la montagne l’a repris. En juin 2018, il tentait l’ascension de l’Alpamayo, un sommet des Andes péruviennes culminant à plus de 5 900 mètres, aux côtés d’un grimpeur slovène et de leur guide local. Une avalanche a emporté les trois hommes. Décrit comme un aventurier dans un sens presque désuet du terme, il avait navigué en mer de Chine méridionale, traversé la jungle de Bornéo et gravi l’Everest.
Entrepreneur et auteur, il laissait derrière lui bien plus qu’un carnet de voyage. Son livre, Find Your Own Mountains, réunit 18 lettres écrites pour les 18 ans de sa fille, publiées quelques mois après sa disparition. Un geste tendre qui contraste violemment avec ce que sa mort a déclenché sur le plan financier.
Car derrière l’image de l’explorateur solitaire se cache une fortune évaluée à 10 millions de livres, soit environ 11,7 millions d’euros. Une somme censée revenir, à parts à peu près égales, à sa compagne Ana Lesiak Samuel, 59 ans, et à sa fille issue d’une précédente relation, Kate Samuel, 25 ans. Sur le papier, tout semblait clair. Dans les faits, rien ne l’a jamais été.
Un premier obstacle a fissuré la relation entre les deux femmes bien avant que la question de l’argent ne s’invite : selon les informations rapportées devant la justice britannique, Ana aurait refusé que la mère de Kate assiste aux obsèques de Paul. Un différend intime qui allait devenir le décor permanent de la bataille judiciaire à venir.
Une fortune bloquée depuis huit ans, et une relation qui n’a jamais tenu
Le testament de Paul Samuel prévoyait la création de deux trusts, dont sa compagne et sa fille devaient être bénéficiaires à égalité. L’objectif affiché : permettre une séparation nette entre les deux femmes, compte tenu, selon les mots employés devant la cour, de leur relation difficile. Un vœu qui s’est heurté à la réalité dès les premières distributions.
Une partie du patrimoine a bien été répartie. Kate a perçu un million de livres, tandis qu’Ana s’est vu attribuer la ferme familiale ainsi qu’une autre propriété. Parmi les biens en jeu figure notamment Bank Farm, près de Whitchurch dans le Shropshire, estimée à 780 000 livres à elle seule. Mais cette avancée partielle n’a rien réglé sur le fond.
Les deux femmes, que la cour a décrites comme n’ayant jamais été proches même du vivant de Paul, se retrouvent aujourd’hui opposées à une troisième partie : l’avocate Anna Unett, désignée comme trustee chargée de veiller sur la succession.
Le litige avait déjà atterri devant la High Court en 2023, en raison de désaccords sur la valeur des biens et leur mode de partage. Ana avait alors tenté, sans succès, de faire écarter Mme Unett ainsi que le père de Paul, Peter, aujourd’hui décédé, de leurs fonctions de trustees.
Un juge avait fixé des directives précises sur la répartition à suivre. Cela n’a pourtant pas suffi à apaiser les tensions, bien au contraire : c’est justement cette semaine que l’affaire est revenue devant Judge Master Francesca Kaye, avec une demande radicale posée sur la table par le camp adverse d’Ana.

La demande qui pourrait tout faire basculer
Anna Unett, soutenue par Kate Samuel, réclame purement et simplement le retrait d’Ana comme exécutrice testamentaire et co-trustee du fonds fiduciaire. Selon l’avocate de Kate, Julie Case, Ana chercherait à retarder et à entraver la bonne administration de la succession depuis l’audience d’avril 2023.
Julie Case a été catégorique devant la cour : Kate estime qu’Ana est inapte à exercer le rôle d’exécutrice, dans un climat où la relation entre les deux femmes reste tendue depuis longtemps. Selon elle, Ana semble incapable, volontairement ou non, de traiter les dossiers de manière transparente. L’avocate a ajouté que sans la conduite d’Ana depuis 2023, toutes les distributions auraient déjà été effectuées et l’administration de la succession serait achevée depuis longtemps.
Mais Ana refuse de lâcher prise. Son avocat, Alexander Learmonth KC, a qualifié la demande de retrait de mesure drastique et sans fondement légitime. Il a reconnu qu’Ana avait traversé une période de mauvaise santé mentale en 2024, après son deuil, mais a assuré que celle-ci était pleinement résolue. Il a rappelé qu’elle avait porté la publication du livre de Paul et levé des fonds pour une école au Népal en sa mémoire.
Selon son camp, la véritable responsable des retards serait Anna Unett elle-même, qui aurait privé Ana de l’accès à des documents essentiels de la succession. C’est là, tout le paradoxe de ce dossier : chaque partie accuse l’autre du même mal, celui d’avoir fait traîner l’affaire pendant huit longues années, sans que la justice n’ait encore tranché qui, de la veuve ou du camp adverse, porte réellement la responsabilité du blocage.
Ce que cette audience change, et ce qui reste en suspens
L’avocat représentant Anna Unett, Mark Baxter, a rétorqué que l’administration et la distribution de la succession avaient au contraire été retardées et compliquées par le comportement d’Ana. Il a décrit une attitude générale non coopérative, voire combative, sur l’ensemble des sujets liés à la succession. Selon lui, la seule personne concernée qui souhaite encore voir Ana rester en fonction est Ana elle-même.
De son côté, Alexander Learmonth a insisté sur un point simple : si Anna Unett affirme que l’administration de la succession est presque achevée, alors Ana, en tant qu’exécutrice dûment nommée, devrait simplement être autorisée à la finaliser. Un argument qui résume bien l’impasse : les deux parties s’accordent presque sur l’état d’avancement du dossier, mais s’opposent farouchement sur qui doit avoir le dernier mot.
À l’issue d’une demi-journée d’audience, l’affaire a été ajournée. Aucune décision définitive n’a été rendue sur le maintien ou le retrait d’Ana comme exécutrice, et le dossier doit revenir devant la justice à une date ultérieure, non précisée à ce stade. Huit ans après la mort de Paul Samuel sur les pentes de l’Alpamayo, sa fortune reste donc, une fois de plus, suspendue à une prochaine audience.
Ce nouvel ajournement illustre à quel point les conflits d’héritage peuvent s’enliser lorsque plusieurs parties, chacune persuadée d’agir dans l’intérêt du défunt, refusent de céder. Un mécanisme judiciaire que l’on retrouve dans d’autres dossiers financiers où la question de la confiance pèse parfois plus lourd que celle des chiffres eux-mêmes, et où seule une nouvelle convocation devant un juge permettra, peut-être, de rebattre les cartes.
Un aventurier qui a gravi l’Everest et traversé les océans, et dont la dernière trace laissée au monde reste, huit ans après sa mort, une salle d’audience londonienne où plus personne ne semble vouloir baisser les armes.
Si cette guerre d’héritage vous a happé, cette autre polémique autour d’une fortune personnelle risque de vous captiver tout autant. Et si les histoires de successions qui tournent au vinaigre vous intriguent, ce combat d’une retraitée pour garder son toit montre que la justice familiale réserve parfois des rebondissements tout aussi inattendus.