Manifs lycéennes : un policier mis en examen pour violences aggravées après un tir de LBD ayant éborgné un jeune
Un lycéen ne verra plus jamais de l’œil droit. Après une manifestation lycéenne à Tours, la justice vient de franchir une étape rare : un policier a été mis en examen pour violences aggravées. L’enquête de l’IGPN a mis au jour un détail troublant sur le déroulé des tirs, et une décision de la magistrate qui pose une vraie question sur l’usage de ces armes.
Une mobilisation lycéenne, des incendies et un adolescent grièvement blessé au visage
Tout commence en marge du blocage d’un établissement scolaire de Tours, en Indre-et-Loire. Des lycéens se mobilisent, comme dans de nombreuses villes depuis le début du mouvement. Puis la situation dégénère : de violents incidents éclatent et plusieurs incendies se déclarent.
Les forces de l’ordre interviennent aux côtés des pompiers pour y mettre fin. Selon la préfecture, les policiers auraient alors été pris à partie, notamment par des jets de projectiles. C’est dans ce contexte tendu que l’adolescent, mineur, est très grièvement blessé au visage.
À l’hôpital, le verdict tombe, cruel : il a définitivement perdu l’usage de son œil droit. Sa famille dépose alors plainte pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ».
Cette affaire s’inscrit dans un climat de crispation bien plus large. Les blocus qui ont fermé jusqu’à 500 lycées en une seule journée donnent la mesure de l’ampleur du mouvement. Mais une question demeure : qu’est-ce qui a touché ce lycéen, exactement ?
Ce que les médecins légistes et l’IGPN ont établi sur le tir
Les examens médico-légaux apportent une première réponse. Les blessures du lycéen seraient compatibles avec l’impact d’une balle tirée par un lanceur de balles de défense, le fameux LBD. Pas un pavé, pas un projectile lancé depuis la foule : une munition de maintien de l’ordre.
L’enquête est confiée à l’Inspection générale de la police nationale, la police des polices. Ses enquêteurs reconstituent la séquence minute par minute. Et c’est là que le dossier prend un tour inattendu.
Ce type de blessure n’est pas un cas isolé. À Bobigny, un adolescent de 13 ans a lui aussi perdu un œil lors des fêtes du sacre du PSG, avec l’IGPN saisie là aussi. Preuve que la question des armes de force intermédiaire revient régulièrement.
Revenons à Tours. Selon la procureure Catherine Sorita-Minard, les investigations montrent que deux policiers ont chacun effectué un tir de LBD, à une minute d’intervalle. Le premier tir coïncide avec le moment où l’adolescent a été touché.
Autrement dit, c’est le premier tireur qui concentre les soupçons. Le second tir, une minute plus tard, n’aurait pas de lien avec la blessure. Mais ce n’est pas le seul élément que la magistrate met en avant.
Mis en examen, témoin assisté : le sort réservé aux deux tireurs
Le procédé judiciaire est ensuite allé vite. Quatre policiers ont été placés en garde à vue mardi. Deux d’entre eux, les auteurs des tirs, ont été présentés aux juges d’instruction.
Le verdict est différent pour chacun. Le premier tireur est mis en examen pour violences aggravées. Le second a obtenu le statut de témoin assisté, une position intermédiaire qui ne vaut pas mise en examen mais lui donne des droits renforcés.
Ce n’est pas une condamnation, loin de là. Le policier mis en examen bénéficie de la présomption d’innocence, et l’information judiciaire doit encore déterminer précisément les circonstances du tir. C’est aux juges de dire si une faute pénale peut être retenue.
Quant aux mesures immédiates, elles sont concrètes. Le fonctionnaire est placé sous contrôle judiciaire, avec une interdiction de porter ou de posséder un LBD. Une façon de le tenir éloigné de l’arme en attendant la suite de la procédure.

« Absolue nécessité » et « stricte proportionnalité » : les deux règles au cœur du dossier
Reste le point que la procureure souligne avec insistance. Sur la même séquence de violences que celle racontée dans le cas de ce lycéen de Lens à la main arrachée, la question est toujours la même : l’usage de la force était-il justifié ?
À Tours, la magistrate évoque des interrogations persistantes sur le respect de deux principes qui encadrent l’usage des LBD : l’absolue nécessité et la stricte proportionnalité. Pour tirer, un policier doit être face à une situation qui l’exige vraiment, et la riposte doit rester à la mesure de la menace.
C’est tout l’enjeu de l’instruction. Les policiers avaient été visés par des jets de projectiles, selon la préfecture. Les juges devront vérifier si, au moment précis du premier tir, ces deux conditions étaient réunies.
Rien ne dit, à ce stade, que ce n’était pas le cas. Rien ne dit non plus le contraire : la mise en examen signifie seulement qu’il existe des indices graves ou concordants, pas qu’une faute est démontrée. La défense du fonctionnaire pourra faire valoir sa version tout au long de la procédure.
Pour le lycéen, en revanche, le dommage est déjà irréversible. Et il ne s’agit pas, selon le gouvernement, d’un cas unique.
36 enquêtes ouvertes : pourquoi l’affaire est loin d’être close
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé que 36 enquêtes de l’IGPN avaient été ouvertes pour des violences présumées depuis le début du mouvement lycéen. Parmi elles, quatre concernent des blessures mutilantes.
Ce chiffre place le dossier de Tours dans une série. D’autres soirées de tension ont marqué ces dernières semaines, comme celle où vitrines brisées et BMW en flammes ont secoué le quartier du métro Duroc à Paris.
Du côté de la police aussi, les violences font l’objet d’un décompte. Les blocus ont fait 78 personnels blessés, d’après les chiffres relayés pour les lycées fermés. Les affrontements, par exemple, après une collision moto-police à Saint-Pierre-des-Corps, laissent des blessés de part et d’autre.
L’information judiciaire se poursuit. Elle devra établir qui a tiré, dans quelles conditions, et si les règles d’usage ont été respectées. Les juges d’instruction disposent de temps : ce type de dossier se compte souvent en mois, voire en années.
Ce qu’il faut surveiller ensuite : d’éventuels nouveaux actes d’enquête, la position du second policier, et l’issue des trois autres dossiers de blessures mutilantes évoqués par le ministre.
Un œil perdu, un policier mis en examen, deux tirs à une minute d’intervalle : la justice vient de commencer à démêler une minute qui a changé une vie. Et vous, vous savez pourquoi les oignons vous font pleurer alors que vous ne leur avez rien fait ?
La réponse tient en une réaction chimique pas si simple. Pour finir sur une autre tension, ce nouveau radar qui flashe dans les deux sens promet une amende de 135 € que personne n’évite.