Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

130 pièces d’or envolées sans effraction, 79 retrouvées à Moscou : huit prévenus jugés à Reims

Publié par Cassandre le 06 Oct 2026 à 20:09
Pièces d'or romaines sur velours sombre dans une réserve de musée

Un inventaire de routine, des réserves silencieuses, et un vide là où dormaient des pièces d’or romaines. Près de trois ans plus tard, huit prévenus comparaissent à Reims à partir du mardi 6 octobre, dans une affaire dont la piste mène jusqu’à Moscou. Une chaise restera vide : celle de l’homme présenté comme le commanditaire présumé des vols.

130 pièces d’or manquent à l’appel, et aucune porte n’a été forcée

Tout commence en décembre 2023, par un geste banal : une vérification dans les réserves du musée Saint-Remi, à Reims. Selon CNEWS, un agent constate alors qu’il manque 130 pièces d’or. La Ville porte plainte et une enquête est ouverte.

Un détail intrigue d’emblée les enquêteurs : aucune trace d’effraction n’est constatée. La question se pose donc très vite. Comment des pièces ont-elles pu quitter les réserves sans que rien ne soit forcé ?

Un ancien gardien vacataire du musée est notamment soupçonné d’avoir participé au vol. Comme tous les autres, il reste présumé innocent tant que le tribunal n’a pas tranché.

Les monnaies ne sont d’ailleurs qu’un pan du dossier. Des vols ont aussi été commis au musée du Fort de la Pompelle, haut lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale situé aux portes de Reims. Des casques et différents objets militaires y avaient disparu.

Au total, huit personnes sont mises en examen en 2024. Ce type de dossier en rappelle d’autres, comme celui des deux Renoir volés à Cagnes-sur-Mer, où un détail de cinq minutes a sauvé deux autres toiles.

À Reims, pourtant, les pièces d’or semblent s’être évaporées pendant plus d’un an. Et c’est très loin de la Champagne qu’elles ont fini par refaire surface.

Quinze mois de silence, puis des pièces d’or romaines surgissent à 2 000 kilomètres

Pendant plus d’un an, les pièces demeurent introuvables. Les 130 monnaies semblent s’être volatilisées, et le dossier pourrait s’enliser comme tant d’affaires de trafic d’antiquités.

Les histoires de vols d’art ont souvent des dénouements étonnants. À Toulouse, un homme qui disait vouloir faire plaisir à sa copine avait emporté une œuvre de 40 000 € en pleine rue, avant de finir au tribunal.

À Reims, le tournant arrive le 25 mars 2025. Les autorités russes annoncent avoir saisi 79 pièces d’or après une tentative de vente sur le marché moscovite des antiquités.

Des perquisitions sont menées dans une boutique d’antiquités de Moscou ainsi que chez plusieurs collectionneurs. Grâce aux éléments transmis dans le cadre d’Interpol, les objets sont identifiés comme provenant du musée Saint-Remi.

Leur valeur est alors estimée à environ 600 000 euros. Les monnaies datent du Ier au Ve siècle de notre ère, et l’une d’elles est un aureus frappé en 119 après Jésus-Christ, à l’effigie de l’empereur Hadrien.

Près de dix-neuf siècles d’histoire avaient ainsi quitté les réserves rémoises. Elles réapparaissaient à plus de 2 000 kilomètres de la Champagne, sur un marché d’antiquités. Mais le compte y était-il vraiment ?

Chaise vide au premier plan d'une salle d'audience

Une cinquantaine de pièces introuvables et un commanditaire présumé qui ne viendra pas

On protège les objets précieux derrière des vitres spéciales, comme le montre le verre particulier des vitrines de bijoutier. À Reims, l’enquête cherche surtout à comprendre comment les pièces sont sorties sans effraction.

Car le compte n’y était toujours pas. Sur les 130 pièces déclarées volées, seules 79 avaient alors été retrouvées. Une cinquantaine demeuraient introuvables en mars 2025.

Reste le personnage central du dossier : Pierre Malinowski. Installé en Russie et visé par un mandat d’arrêt, il est présenté comme le commanditaire présumé des vols, ce qu’il conteste.

Il a décidé de ne pas se constituer prisonnier en France. Il devrait donc être jugé en son absence, et sa chaise restera vide pendant les quatre jours d’audience.

Son rôle devrait pourtant être au cœur des débats. Son absence laisse en suspens plusieurs questions sur le chemin parcouru par les pièces entre Reims et Moscou.

Le tribunal devra donc remettre bout à bout les pièces d’un puzzle. Il part des réserves des musées rémois et mène jusqu’à un marché d’antiquités de la capitale russe.

Ce que le procès doit éclaircir d’ici vendredi

L’audience, prévue jusqu’à vendredi, doit notamment préciser le rôle attribué à chacun des huit prévenus. Comment les objets ont-ils pu quitter les collections sans effraction ? Par quelles mains sont-ils passés ? Et comment une partie d’entre eux a-t-elle gagné la Russie ?

Ces réponses éclaireront aussi le sort des casques et objets militaires disparus au Fort de la Pompelle. Le sort de la cinquantaine de monnaies encore introuvables sera lui aussi à surveiller.

Cette affaire rappelle que le patrimoine ne vit pas seulement dans les réserves. Chaque année, les Journées du patrimoine ouvrent des lieux fermés au public toute l’année, pour que ces trésors soient vus de tous.

La valeur, elle, donne le vertige : environ 600 000 euros pour 79 monnaies. À côté, l’histoire d’une fillette de 5 ans qui a dessiné sur une toile à 200 000 € montre que l’art peut faire parler de lui pour de tout autres raisons.

Près de trois ans après les premières disparitions, l’affaire revient là où elle avait commencé. Non plus dans le silence des réserves d’un musée, mais devant la justice, et elle reste à suivre.

Des pièces d’or romaines parties pour Moscou, une chaise vide et un procès qui doit tout remettre en ordre : à Reims, le puzzle commence enfin à se reconstituer. Et si vous aimez les histoires où tout semble impossible, l’homme qui a traversé le vide entre les Tours jumelles sans filet va vous donner le vertige. Quant aux voleurs malchanceux, ce chat qui a fait fuir trois cambrioleurs en pleine nuit a une sacrée longueur d’avance.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *