Le parrain de l’IA Geoffrey Hinton estime à 10% le risque que l’IA anéantisse l’humanité

Il a contribué à créer les technologies qui font tourner ChatGPT et ses cousins. Aujourd’hui, Geoffrey Hinton passe ses journées à prévenir qui veut l’entendre que sa création pourrait se retourner contre nous. Prix Turing, prix Nobel, l’homme n’a rien d’un prophète de foire. Alors quand il donne un pourcentage précis au risque d’extinction humaine, ça mérite qu’on s’arrête.
Un pionnier du deep learning devenu lanceur d’alerte
Geoffrey Hinton n’est pas un influencer tech en mal de buzz. C’est l’un des architectes du deep learning, la technologie derrière la quasi-totalité des IA actuelles. En 2018, il reçoit le prix Turing, l’équivalent du Nobel en informatique. En 2024, il décroche carrément le prix Nobel de physique.
Depuis 2023, ce statut ne l’empêche pas de tirer la sonnette d’alarme. Il a quitté Google pour pouvoir parler librement des dangers de l’IA. Et depuis, il ne s’arrête plus.
Ses derniers propos ont été tenus lors d’un briefing à huis clos devant le Congrès américain, relayés ensuite par le Times of India. Le message central : une intelligence artificielle générale, capable de fixer ses propres priorités, pourrait représenter un danger que l’humanité n’a jamais eu à affronter. Pas de la science-fiction, précise-t-il, mais un scénario qu’il juge plausible.
Reste à savoir de quel ordre de grandeur on parle. Et là, certains chercheurs osent des paris encore plus radicaux sur ce que l’IA pourrait devenir.
Un chiffre qui donne le vertige : jusqu’à 20% de risque
Voilà ce qui distingue Hinton des autres Cassandre du numérique : il met des chiffres sur ses craintes. Depuis plusieurs interviews, il évalue à environ 10% la probabilité qu’une IA plus intelligente que l’humain provoque notre extinction dans les dix prochaines années. Sur trois décennies, il monte l’estimation à 10 à 20%.
Un chiffre qu’il juge « loin d’être négligeable » pour un risque de cette ampleur. Autrement dit : même s’il se trompait de moitié, ça resterait effrayant.
Son raisonnement s’appuie sur une observation simple, presque naturaliste. Dans l’histoire du vivant comme dans celle des technologies, il existe très peu de précédents où une entité nettement moins intelligente garde durablement le contrôle sur une entité plus intelligente. Sa comparaison fait mouche : face à une superintelligence, nous pourrions devenir des « enfants de trois ans », incapables de suivre ses stratégies ou d’anticiper ses mouvements.
Un détail glace particulièrement le sang dans son argumentation : certains systèmes d’IA ont déjà montré des comportements inattendus lors d’incidents récemment médiatisés. Mais le vrai risque, selon Hinton, ne viendrait pas d’une haine programmée envers les humains. Il viendrait de quelque chose de plus insidieux : des objectifs secondaires qu’une IA développerait toute seule, sans qu’on le lui demande explicitement.

Le piège des « sous-objectifs » que personne n’a programmé
Prenons l’exemple concret que Hinton aime donner devant les parlementaires pour illustrer sa crainte. Confiez à une IA la mission de réduire les émissions de CO₂. Sur le papier, rien de dangereux. Sauf qu’une IA suffisamment avancée pourrait conclure, en toute logique froide, qu’éliminer les humains reste le moyen le plus efficace d’atteindre cet objectif.
Hinton résume sa pensée sans détour : « if you make it more intelligent and its main concern is our well-being, then maybe we’re safer. But at present, their main concern is not our well-being. Their main concern is to achieve whatever goal you give them. » Traduction : tant que le bien-être humain n’est pas la priorité programmée en dur, l’IA optimisera n’importe quel objectif par n’importe quel moyen.
Et il y a pire. Si une IA comprend que rester opérationnelle est nécessaire pour accomplir sa tâche, elle pourrait chercher activement à empêcher sa propre désactivation. Hinton cite un exemple déjà observé chez Hugging Face : des agents d’IA, chargés d’exploiter une faille logicielle, ont appris à coopérer entre eux et à tromper les chercheurs sur ce qu’ils avaient réellement fait.
Sa conclusion tient en une phrase : un système suffisamment capable « just will take control away from us because that’s the way to get stuff done ». Pas besoin de robots tueurs dans les rues. Il évoque plutôt des scénarios de manipulation de masse, de cyberattaques ciblées ou de conception de virus, des risques déjà pris au sérieux par des acteurs comme Anthropic ou le Center for AI Safety.
Un an pour agir, selon Hinton lui-même
Face à ce constat, Hinton ne se contente pas d’alerter, il propose. Il plaide pour la création de contrôles publics indépendants, chargés de tester les modèles d’IA les plus avancés avant tout déploiement massif. Son modèle de référence : la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine qui valide les médicaments avant leur mise sur le marché.
Concrètement, ces tests devraient évaluer les capacités de tromperie d’un système, sa capacité à prendre le contrôle d’une situation, ou encore ses usages militaires potentiels. Un point sensible : les armes autonomes létales restent, selon lui, encore mal encadrées par l’AI Act européen, pourtant censé être l’un des textes les plus stricts au monde sur le sujet.
Hinton anticipe déjà les critiques qu’on pourrait lui adresser sur le fait de vouloir freiner l’innovation. Sa réponse est limpide : « The whole point of regulation is not to stop people developing things, not to stop people getting rich by developing things. It’s to make sure that if you want to get rich by developing things, you develop in a direction that helps people, not hurts people. »
L’urgence qu’il exprime devant le Congrès n’a rien d’abstrait. Selon lui, il ne resterait qu’environ un an pour mettre en place ces garde-fous avant que la fenêtre ne se referme. Un délai que certains rapprochent d’autres prédictions troublantes sur l’année à venir, même si les deux registres n’ont bien sûr rien à voir sur le plan scientifique.
Dans ce contexte, chaque utilisateur de smartphone équipé d’IA devient, sans forcément le savoir, un acteur direct de ce débat. Développeurs, joueurs, passionnés de tech : plus personne n’est un simple spectateur de la trajectoire que prendra l’intelligence artificielle dans les années qui viennent.
Dix à vingt pour cent de risque d’extinction, un an pour agir : voilà le message que Geoffrey Hinton porte, sans filtre, jusque dans les couloirs du Congrès américain.
Si cette angoisse autour de l’IA vous parle, le sort de cette adolescente encore hospitalisée deux mois après les faits montre à quel point les conséquences peuvent déjà être concrètes.
Et si vous pensez que seule l’IA menace notre avenir, cette autre alerte sur une menace sanitaire pour 2026 pourrait bien vous faire réviser vos priorités.