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En 1978, ce physicien a pris un faisceau de protons en pleine tête : il n’a perdu ni la vue ni la raison

Publié par Elsa Fanjul le 29 Sep 2026 à 10:45
Physicien soviétique choqué devant un accélérateur de particules

En 1978, dans une ville scientifique soviétique tenue secrète, un homme se penche pour inspecter un appareil défaillant. Ce geste banal, il l’a répété des dizaines de fois. Sauf que cette fois, un faisceau de protons parmi les plus puissants du monde va traverser son crâne de part en part.

Une simple vérification technique sur l’un des accélérateurs les plus puissants du monde

À la fin des années 1970, l’Institut de physique des hautes énergies de Protvino, à une centaine de kilomètres de Moscou, abrite le synchrotron U-70. Un anneau accélérateur circulaire qui représente alors ce que la physique soviétique fait de plus puissant, un peu à la manière dont l’URSS repoussait les limites ailleurs dans son programme scientifique.

Anatoli Bougorski, 36 ans, y travaille ce jour-là comme physicien. Il vérifie un équipement qui semble défaillant, une tâche de routine qu’il a probablement effectuée d’innombrables fois sans le moindre incident.

Sauf que les mécanismes de sécurité censés couper le faisceau vont céder au pire moment possible. Et personne, dans la salle, n’aura le temps de réagir.

Un éclair plus brillant que mille soleils, sans la moindre douleur

Penché au-dessus du dispositif pour mieux observer le problème, Bougorski se retrouve sans le savoir exactement sur la trajectoire d’un faisceau de protons de 76 GeV. Une énergie environ 200 000 fois supérieure à celle d’une simple radiographie dentaire.

En une fraction de seconde, ce faisceau invisible traverse l’arrière de son crâne. Aucun précédent connu n’existait alors dans l’histoire de la physique des particules pour un événement aussi précis et aussi énergétique sur une zone aussi réduite du corps humain, un peu comme certains forages soviétiques ont eux aussi exploré des extrêmes que personne n’avait anticipés.

Ce que le physicien ressent à cet instant reste l’un des détails les plus troublants de cette histoire. Il décrit un éclair plus brillant que mille soleils, mais aucune douleur.

Le faisceau entre par l’arrière de son crâne, traverse les lobes occipital et temporal ainsi que l’oreille moyenne gauche, puis ressort près de sa narine gauche.

La dose reçue localement est estimée entre 200 000 et 300 000 rads, soit 2 000 à 3 000 grays, plusieurs centaines de fois la dose considérée comme mortelle pour un corps entier.

Convaincu qu’il va mourir dans les heures suivantes, Bougorski fait pourtant une chose stupéfiante : il termine sa journée de travail avant de se rendre à l’hôpital.

Tunnel intérieur d'un accélérateur de particules soviétique

Ce que les médecins moscovites ont vu venir, et ce qui ne s’est finalement pas produit

Comme les instruments qui continuent parfois de fonctionner bien après qu’on les a crus perdus, à l’image du réflecteur laser posé sur la Lune par l’URSS en 1971, le corps de Bougorski a résisté là où tout laissait présager le pire.

Dans les jours suivants, la moitié gauche de son visage enfle considérablement. La peau se décolle exactement le long du trajet suivi par le faisceau, et les cheveux tombent au même endroit précis. Les médecins moscovites qui l’examinent s’attendent à une issue fatale rapide.

Contre toute attente, Bougorski survit. Ce qu’il a perdu, ce n’est ni la vue ni la raison : c’est l’audition totale de l’oreille gauche, une paralysie partielle du visage et des crises d’épilepsie qui l’accompagneront toute sa vie.

Il reprend le travail environ dix-huit mois plus tard, soutient sa thèse de doctorat, puis poursuit sa carrière au sein de l’institut, comme si son cerveau avait trouvé le moyen de composer avec des dégâts jugés pourtant incompatibles avec une vie normale.

Pourquoi son cerveau a survécu là où d’autres corps irradiés se sont éteints

Contrairement aux victimes d’irradiations massives à Tchernobyl ou à Hiroshima, l’exposition de Bougorski était extrêmement localisée. Elle s’est concentrée sur un couloir très étroit traversant son crâne, épargnant ses organes vitaux et la majeure partie de son système nerveux, un contraste qui rappelle à quel point l’échelle et la concentration d’un phénomène peuvent tout changer, comme le montre l’assèchement d’un lac grand comme la Belgique décidé par l’URSS en 1960.

En raison du secret propre au régime soviétique, cette affaire n’a été rendue publique que plus d’une décennie après les faits, bien après la chute de l’URSS. Un détail circule encore aujourd’hui à tort : le synchrotron U-70 n’a jamais été abandonné après l’accident.

Il fonctionne toujours et reste, à ce jour, l’accélérateur de particules le plus puissant de Russie, à l’image d’autres programmes secrets qui ont fini par livrer leurs zones d’ombre, comme ce programme paranormal financé pendant 22 ans par l’armée américaine.

Les lésions cérébrales de Bougorski, elles, ont continué de se détériorer lentement au fil des années, sans jamais l’empêcher de mener une carrière scientifique complète jusqu’au bout.

L’histoire d’Anatoli Bougorski dit quelque chose d’assez vertigineux sur la résistance du cerveau humain face à l’inimaginable. Reste une question sans réponse définitive : jusqu’où un organe aussi fragile peut-il encaisser l’extrême sans céder ?

Et si ce genre de mystère vous fascine, ce détail dans la dent des narvals qui a intrigué les scientifiques pendant des siècles mérite aussi le détour. Sans oublier ce phénomène tout aussi troublant : pourquoi certains chiens deviennent bleus dans la zone de Tchernobyl.

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