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Une Pompéienne range 38 pièces de bronze et un collier d’enfance dans son armoire : en 79, le Vésuve l’ensevelit, et elle n’a jamais pu les reprendre

Publié par Mathieu le 30 Oct 2026 à 18:04
À Pompéi, l'armoire d'une habitante refait surface : 38 pièces, un collier d'enfance et deux souris oubliées

Pompéi, on croyait tout savoir. Les fresques, les moulages, les rues pavées. Pourtant, une simple armoire vient de remonter à la surface avec son contenu presque intact.

Pince à épiler, brûle-parfum, collier d’amulettes… Tout dit la vie d’une femme figée en 79 apr. J.-C. Reste un détail troublant : un petit trésor de pièces, que personne n’a jamais récupéré.

Une armoire sortie de l’ombre dans une maison du centre de Pompéi

Tout commence dans la maison IX 11, 7, peut-être celle d’un certain Cornelius Maximus. Elle se trouve dans la zone centrale de la ville ensevelie par le Vésuve, face à l’une des principales artères de l’antique cité.

La façade avait déjà été dégagée en 1912. Mais l’arrière de la demeure, lui, n’a été étudié que maintenant, dans le cadre du vaste projet de restauration et d’accessibilité de l’insula voisine des Chastes Amants.

L’attribution à Cornelius Maximus reste prudente : elle repose sur des inscriptions aujourd’hui disparues. Le directeur du Parc archéologique, Gabriel Zuchtriegel, le dit sans détour : on ne peut pas reconstituer avec certitude l’identité de ceux qui vivaient là.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que la pièce de l’armoire était décorée de peintures murales raffinées de IVe style, attribuées à l’atelier de la Via di Castricio. Un signe d’un certain niveau de vie, en cohérence avec l’emplacement de la maison. Avec, en prime, une autre ville ensevelie qui refait surface sous un désert, pour les amateurs de cités perdues.

Alors, que contenait ce meuble ? Et pourquoi les archéologues parlent-ils d’une vie entière lisible d’un coup d’œil ?

Maquillage, parfum, commerce : le quotidien d’une Pompéienne déballé

En dégageant l’intérieur, les équipes ont retrouvé des ustensiles de maquillage, dont une pince à épiler et un pilon. Il y avait aussi un balsamaire en verre et un brûle-parfum, de quoi emplir la maison de douces fragrances.

Une lampe en bronze complétait le tout. Des poids en plomb, vraisemblablement utilisés pour une activité de commerce, étaient rangés dans une petite cassette en bois, dont il ne reste que de faibles traces.

Les fouilles ont aussi livré des vases et des casseroles en bronze, en verre et en céramique. Des objets du quotidien, mais peut-être chargés de souvenirs, comme ce gobelet raffiné décoré d’écailles de pomme de pin.

Zuchtriegel résume l’enjeu : Pompéi n’est pas seulement un lieu de grandes œuvres d’art, c’est aussi l’endroit où les objets les plus courants restituent la dimension humaine du passé. La valeur de la découverte tient à la lecture conjointe des habitudes, du travail et des souvenirs.

On comprend mieux pourquoi, au même titre que ce rouleau brûlé par le Vésuve que l’IA a fini par lire, chaque trace compte.

Mais le plus touchant se cachait tout au fond : un collier fait de dizaines de minuscules objets, que certains prenaient pour un objet magique.

Ce collier de 24 breloques qu’une adulte gardait comme un souvenir d’enfance

Les chercheurs ont retrouvé un collier composé d’au moins 24 petits objets miniatures. Faïence, os, pâte de verre, cristal de roche : tous sont percés pour être suspendus.

Ils représentent des divinités, dont on reconnaît Bes et Mercure, mais aussi des pieds, des mains, des pommes de pin et des grappes. De quoi nourrir l’idée d’un objet lié aux sorts et aux philtres.

Selon les spécialistes, il s’agit en réalité des crepundia, littéralement des « sonnailles ». Ces colliers d’amulettes étaient offerts aux enfants pour les protéger, mais aussi pour les entendre lorsqu’ils bougeaient.

Certains adultes les conservaient, souvent dans de petites boîtes ou, ici, dans des sachets en tissu rangés dans une armoire. Des souvenirs d’une enfance dont il ne restait parfois pas grand-chose.

L’explication tient à la société romaine : forte mobilité géographique, des esclaves aux riches commerçants. Beaucoup vivaient loin de leurs parents et des lieux de leur enfance.

La propriétaire de l’armoire gardait donc peut-être, dans un sachet, le dernier lien avec un ailleurs. Et ce n’est pas tout : l’armoire cachait aussi de l’argent.

Collier d'amulettes et pièces de bronze sur de la cendre

38 pièces de bronze jamais récupérées : le vrai mystère de l’armoire

Autre secret du meuble : un petit trésor de 38 pièces, toutes en bronze. Elles étaient déposées dans une « cistella », un petit contenant en matériau végétal tressé, dont les restes ont été analysés pendant la fouille.

Leur présence laisse supposer que la propriétaire, ou les propriétaires, n’ont pas eu le temps de récupérer leurs objets de valeur, économique comme affective. Un détail qui change tout dans la lecture de la scène.

S’ils étaient en ville lors de la catastrophe, ils ont dû tenter de fuir. Certains ont pu s’échapper, mais ne sont jamais revenus creuser à la recherche de leurs biens, contrairement à d’autres dont les fouilles récentes ont révélé les traces.

Il est aussi possible qu’ils n’aient pas survécu. Ils feraient alors partie de ceux qui, rappelle l’historien Tacite, « moururent sans héritier », et dont les biens auraient dû servir à refonder Pompéi, ce qui n’a jamais eu lieu.

Le Parc le reconnaît : ce sont autant de questions qui restent sans réponse. L’armoire raconte une vie, pas la fin de celle qui la possédait.

Travaux en cours et souris dans l’amphore : ce que la maison révèle encore

La suite de l’enquête ne manque pas de détails. Au moment de l’éruption, divers travaux étaient en cours dans la maison, ce qui devait peser sur les conditions de vie de ses occupants.

Les archéologues ont aussi découvert au moins deux squelettes de souris, dans une amphore posée sur une mezzanine. D’après les analyses du laboratoire du Parc, ils appartenaient vraisemblablement à Apodemus sylvaticus, la « souris sauvage ».

Ce rongeur vit normalement en milieu naturel et dans les jardins, d’où il envahit souvent greniers et espaces de stockage. Les deux individus n’étaient pas complètement matures, d’après leurs squelettes, soit 117 fragments minuscules.

Cela s’ajoute à d’autres attestations de rongeurs sur les sites vésuviens, comme à la villa suburbaine de Civita Giuliana ou dans les égouts d’Ercolano. Le tableau est celui d’une société urbaine qui devait composer avec des hôtes indésirables. Si les petits détails de la vie quotidienne vous fascinent, ce compteur électrique d’il y a 60 ans parle d’une autre époque.

Reste à voir ce que les prochaines fouilles de l’insula des Chastes Amants livreront. Les pièces situées à l’arrière de la maison n’ont été étudiées que maintenant, et la connaissance du lieu reste partielle. Pour un autre voyage au cœur des vestiges, direction ce village troglodyte à deux heures de Paris.

À Pompéi, une armoire a suffi : une pince à épiler, un collier d’enfance et 38 pièces pour redonner un visage à quelqu’un dont on ignore le nom. Si la vie des objets vous passionne, 28 800 canards en plastique ont voyagé pendant des années à travers les océans, et la suite est surprenante. Et pour une autre origine que personne ne questionne, voyez pourquoi les Français font la bise et pas leurs voisins.

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