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11 novembre 1918, 10h59 : un soldat charge une mitrailleuse allemande une minute avant l’armistice, et devient le dernier mort de la Grande Guerre

Publié par Hannah Maline le 05 Nov 2026 à 17:13

L’armistice est signé à 5h15 du matin, mais les canons ne s’arrêtent qu’à 11 heures. Entre les deux, près de 2 700 hommes meurent pour rien. Le dernier s’appelle Henry Gunther, il a 23 ans, et il court vers les Allemands alors qu’ils lui crient de s’arrêter.

Le 11 novembre 1918, à 10h59, un soldat américain de 23 ans se lève d’un fossé près de Chaumont-devant-Damvillers, dans la Meuse, et court baïonnette au canon vers une mitrailleuse allemande. Les Allemands, qui savent que la guerre s’arrête dans soixante secondes, lui font signe de reculer. Il continue. Une rafale le tue net. Soixante secondes plus tard, le front occidental se tait pour la première fois depuis 1 568 jours. Henry Gunther est officiellement le dernier soldat tué de la Première Guerre mondiale.

Soldat américain de la Première Guerre mondiale en 1918, vu de dos dans une tranchée boueuse de la Meuse, avec une montre de tranchée indiquant 10h59 au premier plan, sur fond de champ de bataille dévasté, barbelés et arbres calcinés dans la brume matinale.

Un armistice signé à l’aube, appliqué six heures plus tard

L’armistice est signé vers 5h15 du matin, dans un wagon-restaurant garé dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. Le maréchal Foch impose une entrée en vigueur à 11 heures, pour laisser le temps de prévenir tous les états-majors. Le message part par radio dès 6 heures : « Les hostilités seront arrêtées sur tout le front à partir du 11 novembre à onze heures ».

Tout le monde sait donc, dès le petit matin, que la guerre est finie. Et pourtant, sur une bonne partie du front, les ordres d’attaque du jour ne sont pas annulés. Certains généraux veulent gagner un village de plus avant le gel des positions. D’autres, côté américain, considèrent que l’armistice n’est pas une capitulation et qu’il faut « frapper jusqu’à la dernière minute ». Le général William Nicholson, qui commande la brigade de Gunther, envoie cette consigne : « aucun relâchement avant 11 heures ».

Près de 2 700 morts dans la dernière matinée

Les historiens estiment qu’entre 5h15 et 11 heures, le 11 novembre 1918, le front occidental a compté environ 11 000 victimes, dont près de 2 700 morts. C’est plus que le débarquement de Normandie en une journée. Une commission du Congrès américain enquêtera en 1919 sur ces attaques de la dernière heure, sans qu’aucun officier ne soit sanctionné.

Parmi ces morts du dernier matin, trois sont restés dans les livres. Le Britannique George Edwin Ellison, tué à 9h30 près de Mons, là même où l’armée britannique avait livré sa première bataille en août 1914. Le Canadien George Lawrence Price, abattu à 10h58 à Ville-sur-Haine, en Belgique, par un tireur isolé alors qu’il sortait d’une maison. Et Henry Gunther, une minute plus tard.

Un sergent dégradé qui voulait « racheter » son honneur

Henry Gunther est né à Baltimore en 1895, dans une famille d’immigrés allemands. Comptable dans une banque, il est appelé en 1917 et nommé sergent d’intendance dans le 313e régiment d’infanterie, surnommé « Baltimore’s Own ». Son destin bascule à cause d’une lettre. Il écrit à un ami resté au pays que les conditions au front sont épouvantables et lui conseille d’éviter la conscription. La censure militaire intercepte le courrier. Gunther est rétrogradé simple soldat.

Ses camarades raconteront plus tard qu’il n’a jamais digéré cette humiliation et qu’il cherchait, depuis des semaines, l’occasion de prouver qu’il n’était pas un lâche. Le 11 novembre, à quelques minutes de la fin, il la trouve. Son sergent, Ernest Powell, lui hurle de rester couché. Les Allemands, de l’autre côté, tirent d’abord en l’air pour le dissuader. Il arrive à quelques mètres de la mitrailleuse quand la dernière rafale part.

Réhabilité après sa mort, et une plaque en Meuse

L’armée américaine lui rend son grade de sergent à titre posthume et lui décerne la Distinguished Service Cross. Le général Pershing le cite comme le dernier Américain tué au combat. Sa dépouille est rapatriée à Baltimore en 1923. En 2008, pour les 90 ans de l’armistice, une stèle est inaugurée à Chaumont-devant-Damvillers, à l’endroit exact où il est tombé. Elle porte simplement son nom, l’heure, et la date.

Côté français, un mort « daté » du 10 novembre

La France a aussi son dernier soldat tué, et son histoire est presque aussi absurde. Augustin Trébuchon, berger de Lozère et estafette dans le 415e régiment d’infanterie, meurt à 10h50 près de Vrigne-Meuse, dans les Ardennes, d’une balle en pleine tête. Il porte un message à ses camarades : « Rassemblement à 11h30 pour le ravitaillement ». La soupe, en somme.

Sur sa croix, comme sur celles de tous les Français morts ce matin-là, l’armée fait inscrire « mort pour la France le 10 novembre 1918 ». Officiellement pour que les familles ne découvrent pas que leur fils était tombé le jour de la victoire. Officieusement, pour ne pas avoir à expliquer pourquoi on attaquait encore six heures après la signature. Il faudra attendre 1998 pour que l’armée reconnaisse la vraie date.

Une date que l’on commémore tous les ans sans connaître l’heure

Le 11 novembre est férié en France depuis 1922, et c’est la seule date de notre calendrier que l’on commémore à la minute près : onze heures, le onzième jour du onzième mois. Ce détail, qui a l’air d’une coquetterie de l’Histoire, a coûté la vie à Henry Gunther et à quelques milliers d’autres. Comme la découverte de la tombe de Toutânkhamon, un 4 novembre, ou le premier Mach 2 du Concorde, ce sont les heures précises qui font les grandes dates. Et parfois les plus cruelles : Henry Ford a perdu dix-sept ans en Amazonie pour un rêve qui n’a jamais servi, Henry Gunther a perdu la vie en soixante secondes pour un grade.

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