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En 1928, Henry Ford obtient 10 000 km² d’Amazonie pour produire son propre caoutchouc : 17 ans plus tard, pas une goutte n’a servi à ses voitures

Publié par Hannah Maline le 04 Nov 2026 à 15:49

Des pavillons à l’américaine, des bouches à incendie rouges, un terrain de golf, une piscine. Le tout en pleine forêt amazonienne, à des heures de bateau de la première ville. À la fin des années 1920, l’homme le plus célèbre de l’industrie automobile décide de bâtir sa propre ville au Brésil. Ce qui devait être le chef-d’œuvre d’Henry Ford va devenir l’un de ses plus grands fiascos.

Fordlandia Henry Ford

Le rêve d’un caoutchouc 100 % Ford

À la fin des années 1920, Henry Ford est au sommet. Son entreprise produit des voitures à la chaîne, et il veut maîtriser lui-même ses matières premières. Il lui manque pourtant une matière essentielle : le caoutchouc, indispensable pour les pneus.

Or ce marché est alors dominé par les plantations des colonies britanniques en Asie du Sud-Est. Ironie de l’histoire, l’hévéa, l’arbre à caoutchouc, vient justement d’Amazonie. Selon le site Culture Trip, un Britannique, Henry Wickham, avait fait sortir clandestinement des dizaines de milliers de graines du Brésil vers Londres. C’est ce qui avait permis aux colonies britanniques de casser le monopole brésilien.

Henry Ford a donc une idée : retourner à la source et créer la plus grande plantation d’hévéas du monde, en Amazonie.

Un territoire grand comme quatre fois le Luxembourg

En 1927, Ford obtient du gouvernement brésilien une immense concession. Selon Wikipédia, elle couvre environ 10 000 kilomètres carrés de forêt, au bord du fleuve Tapajós, à environ 300 kilomètres au sud de la ville de Santarém. Soit près de quatre fois la superficie du Luxembourg.

En échange, selon Mental Floss, Ford s’engage à reverser au Brésil 9 % des bénéfices de la plantation. Selon Wikipédia, il obtient aussi une exonération de taxes sur ses exportations.

En 1928, une barge chargée de matériel quitte le Michigan pour le Brésil. La ville qui va sortir de terre porte un nom qui ne laisse aucun doute sur son propriétaire : Fordlandia.

Les projets démesurés qui tournent au fiasco fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire de cet hôtel nord-coréen de 105 étages qui n’a jamais accueilli un seul client.

Une petite Amérique en pleine jungle

Henry Ford ne veut pas seulement une plantation. Il veut une ville modèle, à son image. Selon Wikipédia, elle est conçue pour accueillir 10 000 habitants.

On y construit des maisons à l’américaine, un hôpital, une école, une piscine, un terrain de golf, des courts de tennis et un cinéma. Selon la radio publique américaine NPR, on y installe même des bouches à incendie rouges, comme dans n’importe quelle banlieue des États-Unis. La ville finira par compter environ 400 maisons en bois.

Pour le site Daily Beast, la ville ressemble étrangement à Dearborn, la ville du Michigan où se trouve le siège de Ford.

Des règles venues du Michigan

Mais Henry Ford ne se contente pas d’exporter l’architecture. Il impose aussi son mode de vie. Selon Wikipédia, l’alcool, le tabac et la prostitution sont interdits, y compris à l’intérieur des maisons des ouvriers. Les responsables vont jusqu’à vérifier sur place.

Les horaires sont calqués sur ceux des usines américaines. Selon Mental Floss, les ouvriers doivent travailler de 6 heures à 15 heures, en pleine chaleur. Les habitants de la région, eux, avaient l’habitude de commencer avant l’aube et de reprendre au crépuscule.

La nourriture pose aussi problème. Ford impose des repas à l’américaine, servis à la cantine. Les ouvriers, habitués à leur cuisine, ne les supportent pas. Pour contourner l’interdiction de l’alcool, certains vont acheter de la cachaça juste à la sortie de la ville, ou auprès de vendeurs qui arrivent par le fleuve.

La révolte des casseroles

En 1930, la tension explose. Selon Wikipédia, les ouvriers se révoltent dans la cantine. L’événement restera dans l’histoire sous le nom de « Quebra-Panelas », la révolte des casseroles.

Selon Mental Floss, les managers américains s’enfuient sur des bateaux, pendant que les ouvriers détruisent le réfectoire. Ils coupent aussi les lignes de télégraphe. Il faut l’intervention de l’armée brésilienne pour rétablir l’ordre.

Des arbres plantés trop près

Mais le pire est ailleurs. La plantation elle-même est un désastre. Selon l’historien Greg Grandin, auteur d’un livre de référence sur Fordlandia, cité par Mental Floss, Ford n’a jamais consulté le moindre spécialiste du caoutchouc.

Le terrain est vallonné, rocailleux et peu fertile. Surtout, les hévéas sont plantés en rangs serrés, comme dans une usine. En Amazonie, ces arbres poussent naturellement isolés les uns des autres. Une fois rapprochés, ils deviennent une proie facile.

Selon Wikipédia, une maladie des feuilles, des fourmis, des punaises, des araignées rouges et des chenilles ravagent les plantations. Les engins lourds laissent aussi des ornières remplies d’eau stagnante, où prolifèrent les moustiques porteurs du paludisme, selon Mental Floss.

Une deuxième ville, un deuxième échec

Ford ne renonce pas. En 1934, selon Wikipédia, il abandonne Fordlandia et déplace le projet à Belterra, à une quarantaine de kilomètres de Santarém, sur un terrain plus favorable.

Mais l’histoire va le rattraper. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le caoutchouc synthétique se développe. Et dès 1945, la plantation n’a plus de raison d’être.

Ces échecs retentissants ont parfois des causes étonnantes. Nous vous avions raconté comment le plus puissant navire de guerre du monde a coulé en 1628 après seulement 1 300 mètres, ou comment la NASA a perdu une sonde à 327 millions de dollars.

Revendu avec plus de 20 millions de pertes

En 1945, Henry Ford II, le petit-fils du fondateur, revend les deux villes au gouvernement brésilien. Selon Wikipédia, l’opération se solde par une perte de plus de 20 millions de dollars de l’époque, soit environ 358 millions de dollars d’aujourd’hui.

Le plus incroyable est ailleurs. Selon Wikipédia, Henry Ford n’a jamais mis les pieds ni à Fordlandia ni à Belterra. Et d’après une formule reprise par NPR, pas une seule goutte de latex de Fordlandia n’a jamais fini dans une voiture Ford.

Ce qu’il reste de Fordlandia

Après le départ des Américains, la ville se vide. Selon Wikipédia, seules environ 90 personnes restent sur place. L’hôpital est pillé à la fin des années 2000.

Pourtant, Fordlandia n’a pas complètement disparu. Elle compte aujourd’hui environ 3 000 habitants, selon Wikipédia et Culture Trip, surtout des éleveurs et des commerçants. Selon Culture Trip, on ne peut toujours y accéder qu’en bateau depuis Santarém, un trajet qui peut durer jusqu’à 15 heures. Les rues bordées d’arbres de la « Vila Americana » rappellent encore le rêve du milliardaire.

Ces projets fous qui finissent à l’abandon

L’histoire de Fordlandia rejoint celle d’autres projets démesurés, comme cette tour de Jeddah, en chantier depuis des années pour détrôner la Burj Khalifa, ou ce port nucléaire que les États-Unis voulaient creuser en Alaska.

Et partout dans le monde, des lieux vidés de leurs habitants attendent une seconde vie, comme ces villages abandonnés à découvrir. Mais aucun n’a été imaginé, comme Fordlandia, par un milliardaire qui n’y a jamais mis les pieds.

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