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La Cocotte-Minute de SEB s’est appelée autrement pendant 25 ans : le nom venait d’un rival

Publié par Hannah Maline le 23 Oct 2026 à 10:01

Chez tes grands-parents, elle sifflait sur la gazinière tous les dimanches. Tu l’appelles Cocotte-Minute depuis toujours, sans te poser de question. Sauf que pendant 25 ans, la marque qui la fabriquait n’avait pas le droit d’écrire ce nom sur son couvercle.

Attends, comment ça ? Voilà l’histoire.

Un objet qui a pris le nom d’un autre

Premier détail qui dérange : la Cocotte-Minute n’est pas un nom commun. C’est une marque déposée, comme Kleenex ou Frigidaire. Elle appartient aujourd’hui à SEB, le géant français du petit électroménager.

SEB, ça veut dire Société d’Emboutissage de Bourgogne. Le groupe s’est appelé comme ça à partir de 1944, d’après la technique qu’il maîtrisait : emboutir du métal à la presse. Rien à voir avec la cuisine, au départ.

Ouvrier tenant une cocotte en aluminium dans une usine

Alors comment un fabricant de pièces embouties a-t-il fini par régner sur les cuisines françaises ? La réponse tient en un chiffre : 1953.

1953 : la Super Cocotte débarque… sans le nom que tu connais

En 1953, SEB lance son autocuiseur à Selongey, en Côte-d’Or. Il est en aluminium embouti, donc plus léger et moins cher que les modèles de l’époque. Les concurrents, eux, misaient surtout sur la fonte d’aluminium.

Le produit s’appelle alors Super Cocotte, pas Cocotte-Minute. C’est le nom qu’il garde pendant 25 ans, de quoi marquer toute une génération de cuisinières.

Le succès est massif. Depuis 1953, plus de 77 millions de cocottes sont sorties de l’usine de Selongey, qui en fabrique encore environ 800 000 par an.

Mais si le produit s’appelait Super Cocotte, d’où sort le nom « Cocotte-Minute » ? C’est là que le rival entre en scène.

Le concurrent malheureux qui avait trouvé le nom avant

Cinq ans avant SEB, en 1948, un industriel nommé Roland Devedjian invente ses propres autocuiseurs. Ils sont en fonte d’aluminium, avec une fermeture à baïonnette. Et il les commercialise sous le nom de Cocotte-Minute.

Son nom de famille te dit peut-être quelque chose : c’est le père de Patrick Devedjian, l’homme politique mort en 2020. Né à Sivas, en Turquie, en 1901, Roland a donc inventé le mot avant tout le monde.

Industriel inquiet devant un autocuiseur en fonte d'aluminium

Sauf que sa société fait faillite. Elle finit par passer dans le giron de SEB, qui fabriquait des autocuiseurs moins chers. Et le nom, lui, va rester dans l’histoire.

1978 : le rebaptême discret que personne n’a remarqué

Il faut attendre 1978 pour que SEB rebaptise son produit phare. Selon plusieurs sources, le groupe change alors le nom de la Super Cocotte en Cocotte-Minute, après avoir racheté la marque d’un de ses concurrents malheureux.

Autrement dit, un nom inventé par un rival ruiné est devenu l’étiquette de l’objet le plus iconique de SEB. Et il est tellement entré dans le langage que personne ne pense à une marque en le prononçant.

Le réflexe est le même que quand tu demandes un Sopalin ou un Post-it. Tu cites une marque sans le savoir, comme pour le Cornetto né par accident ou le Biro de ton cartable.

Et le plus beau reste l’effet de ce détail sur la mémoire collective.

Le détail qui rend l’histoire encore plus bizarre

Dans la tête des Français, la Cocotte-Minute a toujours existé. Pourtant, ceux qui ont cuisiné avec une cocotte SEB avant 1978 faisaient mijoter leur potée dans une Super Cocotte. Le nom que tu crois éternel n’a même pas 50 ans chez SEB.

Autre twist : en 1956, SEB édite son premier carnet de recettes en couleur pour accompagner chaque cocotte. Le fabricant avait compris très tôt qu’il ne vendait pas qu’une marmite, mais une façon de cuisiner plus vite.

Aujourd’hui, la marque est tellement installée que beaucoup disent « cocotte-minute » pour n’importe quel autocuiseur, même d’une autre marque. Techniquement, c’est comme dire Frigidaire pour un frigo qui n’en est pas un.

Ce genre d’histoire de marque, on en a plein d’autres. Par exemple celle du Monopoly conçu pour ruiner ses joueurs, ou du Slinky et de son inventeur disparu.

Ce que ça dit des noms que tu crois connaître

Retiens ça pour ta prochaine soirée : la Cocotte-Minute est née d’un rival ruiné, a été fabriquée pendant 25 ans sous un autre nom, et appartient à une entreprise dont le sigle parle d’emboutissage.

Tu peux aussi glisser que le nom Bibendum vient d’une tout autre aventure : celle du bonhomme Michelin tout blanc. Et pour finir sur la cuisine, il y a cette question que personne n’ose poser sur le vrai premier ingrédient du Nutella.

Raconte ça à un pote devant sa prochaine soupe : il va regarder sa cocotte autrement. Et si tu veux continuer à briller, jette un œil à ce qui s’est passé avec les 30 cm de Subway, ou à ce que Barbie cache dans son état civil.

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