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Le Biro, le Stylo Bic : son inventeur a fui les nazis avec un brevet dans sa poche, et l’histoire cache un détail dingue

Publié par le 18 Avr 2026 à 10:02

Tu en as utilisé des centaines dans ta vie, peut-être des milliers. Le stylo à bille est tellement banal qu’on ne le remarque même plus. Et pourtant, derrière ce tube de plastique se cache une histoire de fuite, de trahison et d’une fortune que l’inventeur n’a jamais vraiment touchée. Accroche-toi.

L’homme qui avait horreur de remplir son stylo

Tout commence à Budapest dans les années 1930. László Bíró est journaliste, et il a un problème que tout le monde reconnaîtrait aujourd’hui : son stylo-plume fuit sur ses vêtements, se bouche en permanence, et met une éternité à sécher sur le papier.

Journaliste hongrois frustré par son stylo-plume qui fuit

Sa solution ? Observer comment fonctionne l’encre des rotatives dans son journal. Cette encre-là sèche en quelques secondes à peine. L’idée germe : et si on remplaçait la plume par une petite bille qui roule sur le papier, actionnée par capillarité ?

Avec son frère György, chimiste de formation, il met au point l’encre qui va avec. Pas celle des stylos-plumes, trop liquide — une encre épaisse, visqueuse, qui ne sèche qu’au contact de l’air. En 1938, le brevet est déposé en Hongrie. Mais l’Europe, à ce moment-là, est sur le point de s’embraser. Et László Bíró — comme beaucoup d’intellectuels juifs hongrois — va devoir tout laisser derrière lui.

Un brevet glissé dans une valise, une nouvelle vie en Argentine

En 1940, les frères Bíró fuient. Ils traversent la France, l’Espagne, et embarquent pour Buenos Aires. Dans leurs bagages : quasiment rien. Sauf le brevet redéposé en Argentine en 1943, sous le nom de « Birome ».

László Bíró arrivant en Argentine avec son brevet

La RAF britannique s’intéresse immédiatement au gadget. Pourquoi ? Parce que les stylos-plumes refusent de fonctionner en altitude — la pression de la cabine fait fuir l’encre. Le stylo à bille de Bíró, lui, écrit à 10 000 mètres d’altitude sans broncher. Les pilotes de la Seconde Guerre mondiale deviennent les premiers utilisateurs massifs de l’invention. L’armée britannique en commande des milliers.

C’est là que les choses commencent à déraper pour Bíró. D’autres fabricants voient le filon, et certains ne se gênent pas pour contourner le brevet ou en déposer de nouveaux légèrement modifiés. Le marché s’emballe avant que Bíró ait eu le temps de l’industrialiser à grande échelle. Il vendra finalement ses droits pour l’Angleterre pour une somme dérisoire — quelques milliers de livres. Pas franchement le jackpot pour l’homme qui avait inventé l’outil d’écriture le plus utilisé du XXe siècle.

La vraie fortune, elle, va aller ailleurs. Et le nom de cet ailleurs, tu le connais très bien.

Bic : comment un baron français a fait un milliard avec l’invention d’un réfugié

En 1945, un aristocrate français du nom de Marcel Bich rachète une petite usine à Clichy. Il est fasciné par le stylo à bille — mais il est aussi réaliste : le produit existe déjà, il est encore trop cher et trop peu fiable pour le grand public.

Bich négocie une licence avec Bíró, embauche des ingénieurs, et passe deux ans à perfectionner la fabrication. Son objectif n’est pas d’inventer un meilleur stylo. C’est de fabriquer le même stylo à un coût ridiculement bas, en série, à la chaîne. En 1950, il lance le « Bic Cristal » — le tube hexagonal transparent qu’on connaît tous. Prix de vente : 50 centimes de franc.

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Chaîne de fabrication des stylos Bic Cristal en 1950

Le succès est immédiat et brutal. Des dizaines de millions de stylos vendus en quelques années. Bich — qui avait raccourci son nom en « Bic » pour la marque parce que « Bich » sonnait mal à l’oreille des anglophones — devient l’un des hommes les plus riches de France. Aujourd’hui, la marque Bic vend encore 57 stylos chaque seconde dans le monde. Chaque seconde.

László Bíró, lui, mourra en 1985 à Buenos Aires, respecté mais loin de la richesse colossale que son invention avait générée. Un peu comme l’inventeur du Post-it, génie technique rattrapé par les règles brutales du business.

Le détail que personne ne remarque jamais sur son stylo

Tu as forcément déjà remarqué le petit trou sur le capuchon des stylos Bic. Ou peut-être pas, justement. Ce n’est pas un défaut de fabrication. Ce n’est pas pour l’aération de l’encre non plus.

Gros plan sur le trou de sécurité du capuchon Bic

C’est une mesure de sécurité obligatoire imposée par les normes internationales — et notamment par la norme ISO 11540 — pour éviter les accidents d’étouffement. Les enfants (et les adultes distraits) ont tendance à mâchouiller ou avaler les capuchons. Si le capuchon est totalement fermé et qu’il se retrouve dans la gorge, c’est une obstruction fatale. Le petit trou permet à l’air de continuer à passer et de réduire drastiquement le risque d’asphyxie.

Bic a adopté cette modification dans les années 1990 après plusieurs accidents documentés. La norme est depuis appliquée par quasiment tous les fabricants mondiaux. Ce minuscule trou a probablement sauvé des centaines de vies. Et tu ne l’avais probablement jamais regardé comme ça.

D’ailleurs, si les secrets de fabrication t’intéressent, sache que le premier ingrédient du Nutella n’est pas non plus celui que tout le monde imagine — même histoire de réalité cachée derrière un produit ultra-banal.

Ce que cette histoire dit de nos inventeurs oubliés

L’Argentine a reconnu l’apport de László Bíró à sa manière : le 29 septembre, date de son anniversaire, est le Jour de l’Inventeur argentin. Pas en Hongrie, son pays natal. Pas en France, où Bic a bâti son empire. En Argentine, le pays qui l’avait accueilli en exil.

C’est un peu le même schéma qu’avec le Velcro ou le Scotch : les inventeurs trouvent l’idée, les industriels ramassent la mise. La différence, c’est que Bíró, lui, avait fui des bombes pour arriver là.

La prochaine fois que tu griffonnes quelque chose avec un Bic, tu sais maintenant que ce geste minuscule connecte un journaliste hongrois en fuite, des pilotes de la RAF à 10 000 mètres d’altitude, et un baron français qui a raccourci son nom pour ne pas faire rire les Anglais. Raconte ça à quelqu’un ce soir — garanti qu’il va lever les yeux de son téléphone.

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