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Trois bébés en même temps, à trois stades différents : la femelle kangourou peut être enceinte presque toute sa vie

Publié par Hannah Maline le 02 Nov 2026 à 16:43

Un petit qui gambade à ses côtés, un autre bien au chaud dans sa poche, et un troisième, minuscule, qui attend son tour à l’intérieur de son ventre. Chez la femelle kangourou, ce scénario n’a rien d’exceptionnel. Grâce à une étonnante capacité à mettre sa grossesse « en pause », elle peut passer la majeure partie de sa vie enceinte. Et chez l’un de ses cousins, les scientifiques ont découvert encore plus fort.

kangourou-enceinte

Une naissance au bout d’un mois

Chez le kangourou roux, la plus grande espèce de kangourou, la gestation est particulièrement courte. Selon le parc zoologique de Cleveland, aux États-Unis, elle dure environ 33 jours. Le site spécialisé A-Z Animals évoque, selon les espèces, une durée de 28 à 33 jours.

Le kangourou roux est pourtant un géant. Selon le parc zoologique de Cleveland, les adultes peuvent courir à près de 65 km/h sur de courtes distances et franchir plus de 8 mètres d’un seul bond.

Mais le petit qui vient au monde est encore très loin d’être formé. Il a à peu près la taille d’un haricot, n’a pas de poils et ne voit pas. On l’appelle un joey.

À peine né, il entreprend pourtant un voyage incroyable. Seul, sans aide, il rampe depuis le ventre de sa mère jusqu’à sa poche, en s’agrippant à sa fourrure. Une fois à l’intérieur, il s’accroche à une tétine.

Huit mois dans la poche

Le joey va alors passer de longs mois à l’abri. Selon le parc zoologique de Cleveland, il reste fixé à la tétine pendant environ 70 jours. Il passe la tête hors de la poche pour la première fois vers 150 jours.

Une quarantaine de jours plus tard, il commence à sortir pour de courtes promenades. Il quitte définitivement la poche vers 235 à 240 jours, soit environ huit mois. Mais il continue à téter sa mère jusqu’à l’âge d’un an environ.

Nous vous avions d’ailleurs montré des images impressionnantes de ces bébés kangourous qui naissent à peine développés avant de grandir dans la poche.

Une anatomie hors du commun

Pour comprendre la suite, il faut savoir que l’appareil reproducteur des femelles kangourous est très particulier. Selon A-Z Animals, elles possèdent deux utérus et trois vagins. Le vagin central sert de canal de naissance.

Cette double installation leur permet de faire quelque chose que très peu de mammifères savent faire : porter un nouvel embryon alors qu’elles s’occupent déjà d’un petit.

La grossesse mise sur pause

C’est là qu’intervient un phénomène étonnant : la diapause embryonnaire. Peu après une naissance, la femelle peut à nouveau être fécondée. Un nouvel embryon se forme alors dans son utérus.

Mais au lieu de se développer normalement, cet embryon se met en sommeil. Sa croissance s’arrête, tant que le joey dans la poche continue à téter. Selon A-Z Animals, cette pause peut durer jusqu’à 11 mois.

Lorsque le joey quitte la poche et tète moins, l’embryon reprend son développement. Il naît à son tour, quelques semaines plus tard, et grimpe dans la poche libérée.

Ce qui se passe pendant la pause

Comment l’embryon sait-il qu’il doit attendre ? Tout passe par les hormones. Selon A-Z Animals, c’est la tétée du petit dans la poche qui maintient la pause, par l’intermédiaire d’une hormone liée à la lactation, la prolactine.

Tant que le joey tète régulièrement, le taux de prolactine reste élevé, et l’embryon reste en sommeil. Lorsque la tétée diminue, le taux d’hormone baisse, et le signal est donné : l’embryon peut reprendre sa croissance.

Ce mécanisme permet à la mère d’avoir toujours un petit « en réserve », prêt à prendre le relais dès que la poche se libère. Une sorte de file d’attente naturelle, parfaitement réglée.

Trois petits à trois âges différents

Résultat : une femelle kangourou peut s’occuper en même temps de trois petits à des stades complètement différents. Selon l’université de Melbourne, les kangourous et les wallabies portent couramment un embryon dans l’utérus, un tout jeune petit dans la poche, et un petit plus âgé qui la suit à l’extérieur tout en tétant encore.

Et il y a encore plus surprenant. Selon A-Z Animals, la femelle est capable de produire deux types de lait différents en même temps. Chaque petit reçoit ainsi un lait adapté à son âge, à partir d’une tétine différente.

Une stratégie pour survivre à la sécheresse

Cette capacité n’est pas qu’une curiosité. Elle permet aux kangourous de s’adapter à un environnement souvent rude. En Australie, les périodes de sécheresse peuvent rendre la nourriture rare, et produire du lait demande énormément d’énergie à la mère.

Selon Australian Geographic, les femelles kangourous roux peuvent mettre leur grossesse en pause pendant les sécheresses, jusqu’à ce que les conditions s’améliorent. De quoi augmenter les chances de survie de leurs petits.

Chez le wallaby, des femelles enceintes toute leur vie

Mais c’est un cousin du kangourou qui détient le record. En 2020, des chercheurs de l’université de Melbourne et de l’Institut Leibniz de recherche sur les zoos et la faune sauvage, à Berlin, ont publié une découverte étonnante dans la revue scientifique PNAS.

Grâce à des échographies haute résolution réalisées sur dix femelles, ils ont montré que le wallaby bicolore, aussi appelé wallaby des marais, s’accouple et forme un nouvel embryon un à deux jours avant même la fin de sa grossesse en cours. Le nouvel embryon se développe dans le second utérus, resté libre.

Résultat, selon le chercheur Brandon Menzies, « les femelles sont enceintes en permanence, toute leur vie ». D’après l’université de Melbourne, ce serait le seul mammifère dans ce cas.

Un lien étonnant avec le lièvre

Les chercheurs soulignent un autre point intéressant. Parmi les mammifères, le seul autre animal connu pour redevenir fertile alors qu’il est déjà gestant est le lièvre d’Europe.

Nous vous avions d’ailleurs expliqué pourquoi la femelle lièvre, la hase, peut être enceinte deux fois en même temps. Mais chez elle, les embryons partagent les mêmes cornes utérines que les fœtus plus avancés, contrairement au wallaby.

Le règne animal plein de surprises

Les marsupiaux battent d’ailleurs plusieurs records. Selon l’université de Melbourne, ils ont, parmi les mammifères, les spermatozoïdes les plus grands, les grossesses les plus courtes et les diapauses embryonnaires les plus longues. À titre de comparaison, la grossesse d’un éléphant peut durer jusqu’à 22 mois.

La reproduction animale réserve bien d’autres surprises, comme l’histoire de Charlotte, la raie tombée enceinte sans aucun mâle dans son bassin, ou celle de cette femelle python de 62 ans qui a pondu des œufs sans mâle. Et les kangourous ne sont pas toujours aussi attendrissants : en Australie, un kangourou très musclé a même terrorisé tout un village.

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