« Nous pouvons tous accomplir bien plus que nous ne l’imaginons » : parti à 29 ans, il rentre à 57 ans à la nage

Il est parti en 1998, à 29 ans, avec pour seul moyen de locomotion ses deux jambes. Vingt-huit ans plus tard, Karl Bushby a 57 ans et des dizaines de milliers de kilomètres dans les mollets. Selon Le Parisien, l’aventurier britannique vient de retrouver son pays natal, mais pas du tout comme on l’imagine : le dernier obstacle ne se franchissait pas à pied.
50 000 km, 29 pays et zéro moteur : le pari qui a avalé trois décennies
Le principe tient en une phrase. Karl Bushby, ancien parachutiste de l’armée britannique, a voulu rentrer chez lui sans jamais monter dans un véhicule motorisé. Ni voiture, ni train, ni avion.
Au départ, en 1998, il avait 29 ans. Au compteur final, d’après le quotidien, il affiche plus de 50 000 km parcourus à travers 29 pays. Soit une vie d’adulte passée la plupart du temps sur la route.
Pour mesurer ce que cela représente, il suffit de comparer avec ceux qui voyagent autrement. Les touristes qui alimentent le classement des pays les plus visités au monde n’y passent que quelques jours, en avion. Lui a traversé chaque frontière à la force de ses jambes.
Les sources ne s’accordent d’ailleurs pas tout à fait sur la durée : tantôt on parle de « trois décennies de périple », tantôt de 28 ans. Dans les deux cas, l’idée est la même. Ce n’est pas une randonnée, c’est un mode de vie.
Reste une question que tout marcheur finit par se poser en regardant une carte. Comment rentre-t-on chez soi quand son pays est une île, et que l’on s’est interdit tout moteur ?
La Manche, ce dernier mur d’eau qui refusait de se laisser marcher
Dans une vidéo relayée par l’AFP, l’aventurier est présenté après 28 ans et 50 000 km de route, en route depuis l’Amérique du Sud. Il fait alors face à ce que le message décrit comme « un dernier obstacle » : la Manche.
Le plan de secours était énoncé noir sur blanc. Si on ne l’autorisait pas à marcher dans le tunnel sous la Manche, il envisageait de tenter la traversée à la nage, de la France vers l’Angleterre. Une idée qui, à ce stade, ressemblait presque à une boutade.
On est loin du tour du monde en confort. Certains bouclent la planète à bord d’un paquebot, comme dans cette croisière record de 371 jours, avec cabine et buffet. Lui a toujours refusé que quelque chose d’autre que son corps le fasse avancer.
Pas question, donc, de grimper à bord d’un ferry pour finir le travail. Le code qu’il s’était fixé valait jusqu’au bout, même quand l’eau barrait la route.
Alors, tunnel interdit, que s’est-il passé ? D’après Le Parisien, l’homme a bel et bien traversé la Manche à la nage, une opération coordonnée avec les garde-côtes français et britanniques. La veille de la diffusion du communiqué, il a émergé de l’eau sur la plage de Shakespeare, à Douvres, dans le sud-est de l’Angleterre.
Il ne s’agissait pas de la fin de l’histoire. Car la scène réservait deux détails que personne n’attendait, dont un invité de marque.

Essoufflé, souriant et filmé par Werner Herzog : la scène de l’arrivée à Douvres
Marcher dans un tunnel suppose des règles de sécurité strictes, comme dans le plus long tunnel du monde, que l’on n’imagine guère emprunté à pied. Pour la Manche, la solution retenue a donc été l’eau, avec un encadrement officiel.
Sur la plage, Karl Bushby est apparu essoufflé mais souriant. Ses proches l’attendaient, après trois décennies de périple. Cela dit beaucoup de ce qu’une telle absence a pu coûter à ceux qui sont restés.
Autre surprise : le cinéaste allemand Werner Herzog et son équipe étaient présents pour immortaliser le moment. Un tournage discret, à l’image du reste de l’opération.
Car la traversée avait été gardée secrète jusqu’à son terme. Selon son entourage, c’était pour des raisons de sécurité : pas de foule, pas de curieux sur l’eau, pas de risque de perturber la coordination avec les garde-côtes.
Le communiqué diffusé par son entourage mardi contient la phrase que beaucoup retiendront : « C’est bon de sentir à nouveau le sol britannique sous mes pieds après toutes ces années. » Puis il enchaîne, plus philosophe : « Ça n’a pas été facile, mais c’était bien là tout l’enjeu : prouver que je pouvais faire plus que ce dont je me croyais capable. »
Et il conclut par un message qui s’adresse à tout le monde : « Nous pouvons tous accomplir bien plus que nous ne l’imaginons. » C’est le cœur de l’histoire : un homme de 29 ans parti tester ses limites, qui rentre à 57 ans en les ayant repoussées une à une.
Mais une question reste en suspens, parce que ce retour n’est pas encore tout à fait un point final.
Les 400 km qui le séparent encore de Hull
Car oui, la boucle n’est pas bouclée. Karl Bushby doit encore parcourir environ 400 km pour rejoindre Hull. À côté des 50 000 km déjà derrière lui, cela ressemble à une simple formalité, mais il le fera toujours sans moteur.
Ensuite, place au récit. Il prévoit de se consacrer au documentaire et aux conférences. Avec près de trois décennies de route et 29 pays traversés, les anecdotes ne devraient pas lui manquer.
Le retour fait d’ailleurs penser à d’autres grands retours très attendus par les proches, comme celui de Zidane en sélectionneur, que sa famille vit déjà avec émotion. Ici, la différence est que l’attente s’est comptée en décennies et non en saisons.
Le temps qui passe est justement l’un des vrais sujets de l’histoire. Entre 29 et 57 ans, une vie entière s’est écoulée. Même les records de longévité, comme celui des 107 677 centenaires au Japon, rappellent à quel point vingt-huit ans représentent une part considérable d’une existence.
Ce que l’on retiendra, c’est moins la distance que la constance. Il n’a pas contourné la difficulté quand la mer s’est dressée devant lui. Il a changé de discipline, du pas à la brasse, sans jamais changer de règle.
Reste à voir ce que dira le film, et comment un homme qui a marché si longtemps racontera ce que cela fait de s’arrêter enfin.
L’histoire de Karl Bushby tient en une ligne : il a mis 28 ans à rentrer chez lui, et il a fini à la nage. Si les exploits d’un autre temps vous font rêver, ce cheval anglais dont le record de taille tient toujours a de quoi surprendre. Et pour garder les yeux au sol, ce médaillon que des milliers de touristes piétinent à Notre-Dame cache une histoire bien plus sombre qu’on ne le croit.