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Cet ordinateur géant fait de 460 tubes à vide met 15 minutes à démarrer, mais il calcule vraiment

Publié par Elsa Fanjul le 28 Sep 2026 à 15:52
Mur de tubes à vide lumineux formant un ordinateur

Un mur entier recouvert de lampes qui rougeoient, vingt kilos suspendus, et un temps de chauffe digne d’un vieux poste radio. Voilà à quoi ressemble le dernier projet d’un bricoleur passionné, bien décidé à faire revivre une technologie que tout le monde croyait enterrée depuis les années 60. Sauf que sa machine ne se contente pas de clignoter pour la galerie : elle calcule, vraiment.

Un mur d’ampoules pour remplacer un processeur

Nos ordinateurs actuels tiennent dans une poche, embarquent des milliards de transistors microscopiques et démarrent en quelques secondes. Difficile d’imaginer qu’avant l’arrivée du transistor, c’est une autre technologie qui faisait tourner les premières machines électroniques : le tube à vide.

Ces composants en verre, ancêtres directs de nos ampoules, ont animé les tout premiers calculateurs des années 1940 et 1950. Puis ils ont disparu, balayés par la miniaturisation. Mais un passionné nommé Mike a eu envie d’y revenir, non pas pour copier un modèle historique, mais pour inventer sa propre machine.

Cette passion pour l’informatique dans sa forme la plus brute rappelle d’ailleurs qu’elle traverse les générations, comme le montre cet enseignant de 102 ans qui transmet encore ses cours en Australie. Mike, lui, a choisi de construire plutôt que d’enseigner. Et ce qu’il a assemblé dépasse largement le simple hommage nostalgique.

460 tubes récupérés dans de vieilles usines d’Europe de l’Est

Le déclic est venu d’une visite au célèbre site britannique de Bletchley Park, berceau du décryptage informatique pendant la Seconde Guerre mondiale. Face aux répliques exposées, Mike s’est posé une question toute simple : pourquoi ne pas utiliser cette technologie d’époque pour créer une architecture entièrement nouvelle ?

Il s’attaque alors à son troisième ordinateur à lampes, baptisé The Tube Computer MK3. Pour le construire, il récupère 460 tubes à double triode 6N3P, des composants vintage sortis d’usines d’Europe de l’Est dans les années 1950 et 1960.

À l’intérieur, ces 460 tubes renferment en réalité 920 triodes, assemblées pour former des portes logiques NOR, la brique de base de toute logique numérique.

À force de les combiner, Mike a fabriqué des registres, une horloge, une mémoire vive et une unité de calcul 8 bits, tout en câblage apparent sur un immense panneau. Le résultat tient sur un support de 190 sur 130 centimètres, pour environ vingt kilos accrochés au mur.

On est loin d’une carte graphique capable de tester 220 milliards de mots de passe chaque seconde. Mais cette lenteur assumée cache un fonctionnement bien réel, et c’est là que la machine surprend vraiment.

Main ajustant le câblage d'un module électronique vintage

15 minutes pour démarrer, mais des calculs qui fonctionnent

Avant même de calculer quoi que ce soit, il faut d’abord apprivoiser la machine, un peu comme on redécouvre l’histoire méconnue derrière un objet du quotidien. Ici, l’objet, c’est un panneau entier de tubes chauffants.

Mike doit patienter une quinzaine de minutes avant que l’ensemble atteigne sa stabilité thermique. Ce n’est qu’après ce préchauffage qu’il peut procéder aux derniers ajustements et lancer un programme. Le jeu d’instructions reste volontairement restreint : seize commandes, exécutées les unes après les autres, avec six cycles de recherche avant chaque exécution.

Et surtout, ça marche. Grâce à son registre de retenue, la machine peut enchaîner des calculs sur 16, 32, 64 et même 128 bits grâce à l’instruction ADDC. La vitesse, en revanche, appartient à une autre époque : Mike plaisante lui-même en disant qu’un calcul sur 32 bits lui laisse le temps d’aller se préparer un thé. C’est exactement là que la démonstration prend tout son sens.

Ce que cette machine change vraiment dans notre regard sur l’informatique

Sur le papier, l’idée semble absurde. Pourquoi mobiliser un mur entier, une maintenance permanente et un temps de chauffe interminable, quand un smartphone fait mille fois mieux ? Mais comparer The Tube Computer MK3 à un PC moderne, c’est passer à côté de l’essentiel.

L’entretien reste exigeant : selon la variante, chaque tube 6N3P était certifié pour 500, 1 500 ou 5 000 heures d’usage, et Mike travaille avec des pièces récupérées, stockées depuis des décennies. Un peu comme les vieilles trouvailles technologiques évoquées avec l’invention accidentelle du four à micro-ondes en 1945, ou avec l’histoire méconnue du nom Linksys affiché sur tant de box Wi-Fi.

Mike ne s’arrête d’ailleurs pas là : il travaille déjà à intégrer un simulateur du dirigeable britannique R80 pour aller plus loin dans la démonstration. L’objectif reste le même depuis le départ : rendre visible ce que nos puces modernes dissimulent totalement à nos yeux.

Chaque porte NOR, chaque registre, chaque tube qui s’allume raconte concrètement ce qui se passe quand une machine exécute une instruction. Une leçon d’informatique grandeur nature, littéralement.

Au final, ce mur de lampes vintage en dit plus sur le fonctionnement réel d’un ordinateur que n’importe quelle puce invisible glissée dans nos poches.

Et si cette plongée dans les entrailles de la technologie vous a plu, le mécanisme du Bic 4 couleurs a lui aussi ruiné son inventeur avant de devenir un objet culte.

Autre histoire de bricolage insolite mais bien réel : ce chat transformé en espion par la CIA en 1966, un projet qui n’a pas eu la même fin heureuse.

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