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Le logo Apple a une morsure pour une raison précise — et elle n’a rien à voir avec Newton

Publié par Cassandre le 10 Mai 2026 à 10:01

On a tous le logo Apple quelque part. Sur notre téléphone, notre ordinateur, notre veste. On le reconnaît en une fraction de seconde. Mais si quelqu’un te demande pourquoi la pomme a une morsure… tu vas hésiter. Et la réponse que tu connais probablement est fausse.

Le logo Apple a une morsure pour une raison précise — et elle n'a rien à voir avec Newton

La théorie que tout le monde répète — et qui est inventée

Editorial press photograph illustrating: Le logo Apple a une morsure pour une raison précise — et el

Demande autour de toi, tu vas entendre deux histoires. La première : la morsure ferait référence à Alan Turing, le mathématicien britannique considéré comme le père de l’informatique, qui s’est suicidé en 1954 en mordant dans une pomme empoisonnée au cyanure. Romantique, poétique, parfait pour une marque tech.

La seconde : la pomme rendrait hommage à Newton, qui vit tomber une pomme et inventa la loi de la gravitation. Apple aurait même utilisé un logo représentant Newton sous un pommier au tout début, avant de basculer vers la pomme croquée.

Les deux histoires sont belles. Et les deux sont fausses — ou du moins, pas la vraie raison.

Le vrai coupable : un problème de taille

Le logo a été designé en 1977 par Rob Janoff, un graphiste californien de 26 ans qui venait d’être recruté par l’agence Regis McKenna. Sa mission : créer une identité visuelle pour la toute jeune entreprise d’un certain Steve Jobs.

Editorial press photograph illustrating: Le logo Apple a une morsure pour une raison précise — et el

Janoff dessine une pomme arc-en-ciel (on est en 1977, le tie-dye est partout), et il y ajoute une morsure sur le côté droit. Pourquoi ? Il l’a expliqué lui-même des dizaines d’années plus tard dans des interviews : pour qu’on ne confonde pas la pomme avec une tomate ou une cerise.

C’est aussi simple que ça. La morsure donne l’échelle. Sans elle, une pomme miniature ressemble à n’importe quel fruit rond. Avec la morsure, ton cerveau identifie instantanément le fruit. C’est du design fonctionnel à l’état pur, pas de la poésie.

Il y a aussi un jeu de mots anglais que Janoff a confirmé avoir adoré : « bite » (morsure) sonne exactement comme « byte » (octet, l’unité de base de l’informatique). Une coïncidence qu’il n’a pas inventée, mais qu’il a trouvée parfaite une fois qu’elle lui a été signalée.

Ce que Steve Jobs a dit à Rob Janoff quand il a vu le logo

Jobs n’a donné aucun brief précis à Janoff. Juste un mot d’ordre flou : faire quelque chose de « simple et différent ». Janoff a eu deux semaines pour bosser, a présenté deux versions — avec et sans arc-en-ciel — et Jobs a choisi la version colorée sans hésiter.

Ce qu’il n’a pas dit, selon Janoff lui-même, c’est pourquoi il voulait la morsure. Jobs a approuvé le design sans jamais demander d’explication. Aucune discussion sur Newton, aucune allusion à Turing. Le logo était bon, point.

La pomme arc-en-ciel a été utilisée jusqu’en 1998. C’est Steve Jobs lui-même, à son retour chez Apple, qui l’a remplacée par la version monochrome qu’on connaît aujourd’hui. Plus sobre, plus premium. Mais la morsure, elle, n’a jamais bougé.

Le twist que personne ne connaît vraiment

L’ironie de cette histoire, c’est que la théorie sur Alan Turing est devenue tellement répandue qu’elle a fini par prendre une vie propre. Des journaux sérieux l’ont relayée. Des documentaires l’ont citée. Des profs l’ont enseignée.

Editorial press photograph illustrating: Le logo Apple a une morsure pour une raison précise — et el

Rob Janoff lui-même a déclaré dans une interview à Creativebit en 2009 : « J’adorerais dire que c’était une référence à Alan Turing, mais ce serait un mensonge. » Il a ajouté qu’il n’avait même pas pensé à Turing au moment de dessiner le logo.

C’est le paradoxe fascinant des grands logos : plus ils deviennent iconiques, plus les gens leur inventent des origines à la hauteur de leur statut. La réalité — un graphiste qui voulait juste qu’on distingue une pomme d’une cerise — est souvent moins glamour que la légende, mais bien plus instructive sur la façon dont le design fonctionne vraiment.

Un peu comme la semelle rouge de Louboutin, dont l’origine est beaucoup plus accidentelle que son image luxueuse ne le laisse croire. Ou comme les rivets de Levi Strauss, nés d’une contrainte technique qu’on a transformée en signature de marque.

Maintenant tu sais. Et la prochaine fois que quelqu’un te raconte la légende d’Alan Turing devant ton MacBook, tu peux lui sourire et lui dire que c’était juste un problème de cerise.

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