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Après 10 ans à boire du Red Bull, il attaque la marque en justice : elle accepte de verser 13 millions de dollars, et des millions de consommateurs réclament leur part

Publié par Hannah Maline le 01 Nov 2026 à 11:01

Pendant plus de dix ans, il a bu du Red Bull. Et il n’a jamais eu d’ailes. Aux États-Unis, un consommateur a fini par attaquer la marque en justice pour publicité mensongère. L’affaire a fait le tour du monde, et elle s’est terminée par un chèque de 13 millions de dollars. Mais derrière le slogan, la vraie raison du procès était bien plus sérieuse.

Red Bull procès ailes

Un slogan connu dans le monde entier

« Red Bull donne des ailes. » Le slogan est l’un des plus célèbres de la publicité. Depuis des années, la marque autrichienne l’associe à des images de sportifs de l’extrême, de pilotes et de parachutistes.

Le message est clair : la boisson énergisante vous donnerait un coup de fouet hors du commun, pour le corps comme pour l’esprit. Un argument qui a contribué à faire de Red Bull l’un des leaders mondiaux du secteur.

Ces géants de la boisson ont parfois des secrets étonnants. Saviez-vous par exemple que Red Bull ne fabrique pas une seule de ses canettes ?

Dix ans de canettes, et toujours pas d’ailes

En 2013, un habitant de New York, Benjamin Careathers, décide d’attaquer la marque en justice. Il boit du Red Bull depuis une dizaine d’années.

Selon le site britannique The Register, il affirme qu’au bout de tout ce temps, il n’a ni poussé d’ailes, ni constaté d’amélioration de ses performances sportives ou intellectuelles. Pour lui, la marque a donc trompé ses clients pour leur faire payer plus cher sa boisson.

Ses avocats dénoncent ce qu’ils qualifient de « pratique généralisée de publicité frauduleuse, trompeuse et mensongère ». En Californie, deux autres consommateurs, David Wolf et Miguel Almarez, déposent des plaintes similaires.

Le vrai fond de l’affaire

Présentée ainsi, l’histoire a de quoi faire sourire. Mais en réalité, le procès ne portait pas vraiment sur les ailes.

Selon l’association américaine Truth in Advertising, qui suit le dossier, les plaignants reprochaient surtout à Red Bull de présenter sa boisson comme supérieure aux autres produits contenant de la caféine. La marque affirmait aussi que des études scientifiques appuyaient ces promesses, sans disposer, selon eux, de preuves crédibles.

En clair, ils estimaient que Red Bull n’apportait pas plus d’énergie qu’une simple tasse de café. Selon NBC News, la plainte soutenait que la boisson n’était pas plus efficace qu’un café, malgré des publicités promettant de meilleures performances et une meilleure concentration.

Le fait est que, selon la marque elle-même, une canette de 250 ml contient 80 mg de caféine. Soit à peu près autant qu’une tasse de café préparée à la maison.

Red Bull choisit de payer

Les différentes plaintes sont regroupées devant un tribunal fédéral de New York. Et en juillet 2014, coup de théâtre : Red Bull accepte de mettre fin au litige en versant 13 millions de dollars.

La marque ne reconnaît pour autant aucune faute. Un porte-parole explique avoir accepté cet accord « pour éviter le coût et la distraction d’un procès ». Red Bull maintient que sa communication et son étiquetage ont « toujours été honnêtes et exacts ».

Ce n’est pas la première fois qu’une publicité finit devant les tribunaux. Nous vous avions raconté l’histoire de cet étudiant qui voulait échanger ses points Pepsi contre un avion de chasse, après avoir vu une publicité de la marque.

Une « class action » à l’américaine

Si l’affaire a pris une telle ampleur, c’est grâce à un mécanisme juridique très répandu aux États-Unis : la « class action ». Elle permet à quelques plaignants d’agir au nom de tous les consommateurs placés dans la même situation.

En cas d’accord, l’indemnisation profite donc à l’ensemble du groupe, même à ceux qui n’ont jamais porté plainte. En France, une procédure comparable, l’action de groupe, existe depuis la loi Hamon de 2014. Mais elle reste réservée à certaines structures, comme les associations de consommateurs agréées, et elle est beaucoup moins fréquente qu’outre-Atlantique.

10 dollars pour tous les acheteurs

L’accord prévoit une indemnisation pour tous les clients américains ayant acheté au moins une canette de Red Bull entre le 1er janvier 2002 et le 3 octobre 2014. Chacun peut choisir entre 10 dollars en espèces ou 15 dollars de produits Red Bull.

Détail qui va tout changer : aucune preuve d’achat n’est demandée. Il suffit de remplir un formulaire en ligne.

Un site pris d’assaut

Quand la nouvelle se répand, en octobre 2014, c’est la ruée. Le site internet ouvert pour recevoir les demandes, energydrinksettlement.com, est submergé. Selon The Register, il s’effondre un temps sous l’afflux de visiteurs.

Les consommateurs ont jusqu’au 2 mars 2015 pour déposer leur demande. Et ils sont très nombreux à le faire.

Le chèque fond comme neige au soleil

En mai 2015, la juge fédérale Katherine Polk Failla donne son feu vert définitif à l’accord. Mais entre-temps, les chiffres ont explosé.

Selon le site Top Class Actions, environ deux millions de personnes ont réclamé leur part, bien plus que prévu. Résultat : chacun ne touche qu’un peu plus de 40 % de la somme promise. Au lieu de 10 dollars, les chèques envoyés s’élèvent à 4,23 dollars.

Environ 60 % des demandeurs ont choisi l’argent. Les 40 % restants ont opté pour un pack de quatre canettes de Red Bull.

Les avocats, eux aussi rabotés

Les avocats des plaignants ont également vu leurs honoraires revus à la baisse. Ils devaient initialement toucher 4,75 millions de dollars. La juge a retiré 1,4 million de dollars à cette somme, ramenant leurs honoraires à environ 3,4 millions.

« C’est énormément d’argent compte tenu de ce qui s’est passé dans cette affaire », a-t-elle commenté, selon Top Class Actions. Onze personnes avaient contesté l’accord, mais la juge a rejeté leurs objections.

Une affaire devenue légendaire

Plus de dix ans plus tard, l’histoire continue de circuler sur les réseaux sociaux, souvent résumée à une formule : l’homme qui a fait payer Red Bull parce qu’il n’avait pas d’ailes. Une version qui oublie le vrai sujet du procès : la caféine et les promesses scientifiques de la marque.

Elle rejoint ces histoires d’argent qui dépassent l’entendement, comme celle de cet homme qui a découvert une erreur PayPal de 92 millions de milliards de dollars sur son compte, ou celle de cette commune australienne qui a infligé une amende à la NASA après la chute de Skylab.

Et si vous vous êtes déjà demandé pourquoi certains produits du quotidien coûtent si cher, nous avons aussi expliqué pourquoi une capsule de café vaut 35 centimes alors que le café dedans coûte moins d’un centime.

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