Cocaïne dans les ballasts : le passé trouble du voilier de Tanguy Caradec sur la Route du Rhum

Sur la Route du Rhum, on parle de héros, de tempêtes et de voiliers de légende. Rarement de drogue. Pourtant, l’un des bateaux au départ cette année aurait vécu une tout autre vie avant de rejoindre la ligne de départ. Son nouveau propriétaire en rit, mais son récit sent le polar. Et il n’est pas seul : une affaire bien réelle, elle, a fini en incendie en pleine mer.
115 skippers, 6 500 km et un bateau à la réputation douteuse
Le départ a été donné à Cancale, en Bretagne, dimanche 1er novembre 2026. Cap sur Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, après une traversée de 6 500 km. Ils sont 115 concurrents, chacun seul à bord de son voilier.
Cette flotte est tout sauf uniforme. Des machines de course dernier cri côtoient de vieux bateaux restaurés, et derrière chaque coque se cache une histoire. Certaines sont bouleversantes, d’autres héroïques, quelques-unes franchement insolites.
Parmi elles, celle de Tanguy Caradec. Ce skipper parisiano-breton court en classe vintage mono et découvre l’Atlantique en solitaire pour la première fois. Le rendez-vous est chargé d’émotion : quarante ans plus tôt, son père, Loïc Caradec, disparaissait pendant la Route du Rhum 1986.
Traverser l’océan sur les traces de ce drame familial suffirait déjà à faire un beau récit. Mais le bateau choisi par Tanguy Caradec réserve une surprise que personne n’attendait sur ce type de course. Elle tient à ses anciens propriétaires, et à ce que l’un d’eux aurait caché dans sa coque. Pour la comprendre, il faut d’abord remonter aux origines du voilier.
Un Open 50 de 2003, un palmarès en or et un courtier qui parle
Pour mener son projet, Tanguy Caradec a acheté un Open 50, mis à l’eau en 2003. Un voilier de course à la carrière déjà bien remplie, né d’une ambition précise. « Un skipper américain l’avait fait construire en vue de participer au Vendée Globe », rappelle le navigateur.
Le projet n’a pas tourné comme prévu, mais le bateau a fait ses preuves ailleurs. Il a remporté la Route du Rhum 2006 dans sa catégorie. Il a aussi terminé deuxième d’une Jacques Vabre, autre grande classique de la transat.
Sur le papier, c’est un dossier irréprochable. Un vainqueur, un podium, une réputation de bateau solide qui sait traverser l’Atlantique. De quoi rassurer un skipper qui s’élance seul sur 6 500 km.
Reste que les bateaux d’occasion ont toujours des histoires que les fiches techniques ne racontent pas. C’est comme ces détails qui intriguent sur la route : tout le monde les voit, peu en connaissent l’origine. Ici, c’est le courtier de Tanguy Caradec qui a ouvert le dossier caché.
Selon le skipper, le broker lui a expliqué que le bateau avait été racheté par un Polonais. Ce dernier se serait fait prendre quelque temps plus tard avec de la cocaïne cachée dans les ballasts. Le voilier vainqueur de transat aurait donc servi de cachette. Et la suite de l’histoire intrigue tout autant.
Ballasts, soute et feu en pleine mer : quand la drogue prend le large

Avant de crier au scandale, un point s’impose : comme sur les yachts les plus puissants, un voilier de course est avant tout une coque à équilibrer. Les ballasts, ces compartiments remplis d’eau ou de lest, servent à stabiliser le bateau. Des espaces fermés, difficiles d’accès, donc propices aux cachettes.
Tanguy Caradec, lui, garde la tête froide. « Je n’ai pas vérifié l’info mais l’histoire semble authentique », sourit-il. Autrement dit, l’anecdote repose pour l’instant sur la parole d’un courtier, rapportée par le skipper. À prendre avec prudence, donc.
Ce genre de récit n’a rien d’une pure fantaisie. Il en rappelle un autre, bien documenté celui-là, survenu en 2018 au large de l’île de Saint-Martin, aux Antilles. Un ancien bateau du Vendée Globe, l’ex-Budapest, y transportait 1,5 tonne de cocaïne à destination de l’Amérique du Nord.
La drogue était cachée dans la soute. Sur le point d’être interpellés par les douanes, les deux passagers, d’origine canadienne, ont mis le feu au voilier. Puis ils ont sauté à l’eau, avant d’être récupérés par les douaniers.
Le spectacle a de quoi marquer : un voilier de course en flammes, deux hommes à la mer, des agents qui mettent près de deux heures à éteindre l’incendie. Preuve que les anciens bateaux de course attirent parfois des usages bien éloignés de la régate. Reste à savoir ce que tout cela change pour celui qui navigue aujourd’hui sur l’Open 50.
Ce que cette histoire dit de la flotte et de la course qui s’annonce
Pour Tanguy Caradec, l’anecdote n’est qu’un détail pittoresque. Elle n’a pas freiné son projet : il a pris le départ à Cancale, avec le vieux voilier de 2003 et son passé mouvementé. Dans la classe vintage, un bateau avec une histoire fait presque partie du charme.
Ce qui compte pour lui se joue ailleurs. Il s’élance quarante ans après la disparition de son père, Loïc Caradec, lors de l’édition 1986. La traversée prend une dimension intime que la rumeur de cocaïne ne vient pas effacer.
Du côté des faits, rien n’indique à ce stade que le bateau pose le moindre problème. L’histoire du Polonais n’a pas été vérifiée par le skipper lui-même. Il faut donc la prendre pour ce qu’elle est : une anecdote de courtier, sourire en coin, plutôt qu’une enquête judiciaire.
Elle montre pourtant combien la mer reste un terrain d’histoires hors normes, loin des seuls exploits sportifs. Les crises à bord marquent d’ailleurs les mémoires : la vidéo du capitaine du MV Hondius en a livré un exemple glaçant. Un navire n’est jamais seulement un bateau.
Les 115 skippers ont désormais des semaines d’Atlantique devant eux, avec leurs galères et leurs victoires. Chacun porte sa propre histoire, et c’est ce qui fait la force de cette course. Certains enjeux dépassent même la compétition : les alertes sanitaires en mer rappellent que l’océan ne pardonne rien.
À surveiller maintenant : la progression de Tanguy Caradec sur la route de la Guadeloupe. Et, qui sait, une éventuelle confirmation de l’histoire racontée par son courtier.
Ce voilier a gagné en 2006, terminé deuxième d’une Jacques Vabre et, peut-être, transporté de la cocaïne dans ses ballasts. Une carrière à deux visages, que son skipper assume avec le sourire. Les mystères ne s’arrêtent pas à la mer : la théorie glaçante d’un avocat dans l’affaire Jubillar ouvre un tout autre dossier. Et si vous aimez les phrases qui circulent en coulisses, celle qui est tombée dans les couloirs du CHU mérite un détour.