Les 8 départements français où les habitants dépensent le plus en électricité : le n°1 n’est pas dans le Nord
Chaque mois, la facture d’électricité pèse sur le budget des ménages français. Mais selon les départements, l’écart peut atteindre plusieurs centaines d’euros par an. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas toujours les régions les plus froides qui paient le plus.
En croisant les données de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), d’Enedis et les chiffres du Médiateur national de l’énergie, un classement surprenant se dessine. Huit départements sortent du lot, et le premier de la liste n’est absolument pas celui qu’on imagine.
Des factures qui varient du simple au double selon les territoires
En France, un ménage dépense en moyenne 1 640 € par an en électricité selon le Médiateur de l’énergie. Mais ce chiffre cache d’énormes disparités territoriales. Le type de logement, l’isolation et surtout le mode de chauffage font basculer la balance.

Les départements où le chauffage électrique domine affichent logiquement des consommations plus élevées. Or, cette réalité ne concerne pas que les zones froides. Dans le Sud, de nombreux logements anciens sont équipés de convecteurs électriques peu performants, vestiges des années 1980.
L’autre facteur déterminant, c’est la surface des logements. Les départements ruraux où les maisons individuelles sont plus grandes consomment mécaniquement davantage. Mais un élément inattendu entre aussi en jeu : la climatisation estivale, qui explose dans certains territoires.
Positions 8 à 5 : le froid n’explique pas tout
En 8e position, on retrouve l’Eure-et-Loir (28), avec une dépense moyenne de 1 890 € par an et par foyer. Ce département de la région Centre-Val de Loire combine un habitat pavillonnaire étendu et un taux de chauffage électrique supérieur à 40 %. Les hivers y sont modérés, mais les maisons vastes compensent largement.
Le Loiret (45) se place en 7e position avec environ 1 910 € annuels. Les grandes surfaces habitables autour d’Orléans et une isolation souvent insuffisante dans les lotissements des années 1990 expliquent ce résultat. C’est aussi un département où les trajets en voiture sont longs, signe d’un habitat dispersé et énergivore.
En 6e place, la Drôme (26) surprend avec 1 940 € par an. On imagine le département sous le soleil provençal, mais les étés caniculaires poussent la climatisation à plein régime. L’hiver, le mistral s’engouffre dans la vallée du Rhône et les températures chutent nettement, créant un double pic de consommation.
L’Indre (36) occupe la 5e position avec 1 970 € annuels. Ce département du Berry, l’un des moins densément peuplés de France, est dominé par de grandes maisons individuelles. Le taux de chauffage électrique y dépasse 45 %, et l’habitat ancien reste mal isolé malgré les aides à la rénovation.
Positions 4 et 3 : quand la taille des maisons fait exploser la note
En 4e position, la Charente-Maritime (17) affiche 2 020 € de dépense annuelle moyenne. Le département attire des retraités qui s’installent dans de grandes maisons, souvent chauffées à l’électricité. Les résidences secondaires, nombreuses sur le littoral, tirent aussi la consommation vers le haut lorsqu’elles sont occupées à l’année.
Des villes comme La Rochelle ou Royan concentrent un parc locatif ancien où les convecteurs muraux restent la norme. Les propriétaires qui déménagent dans ces départements découvrent parfois des factures bien supérieures à ce qu’ils payaient avant.
La 3e marche revient au Lot-et-Garonne (47), avec une moyenne de 2 060 € par an. Ce département du Sud-Ouest cumule deux handicaps : un habitat rural très étalé et des étés de plus en plus chauds qui multiplient le recours à la climatisation. Selon les données d’Enedis, la consommation estivale y a bondi de 18 % en cinq ans.
Le Lot-et-Garonne est aussi un territoire où le revenu médian reste modeste. Les ménages investissent peu dans la rénovation énergétique, ce qui entretient un cercle vicieux de surconsommation. Mais les deux premiers du classement se situent à un autre niveau encore.
Le n°2 affiche plus de 2 100 € par an
En deuxième position, le Var (83) atteint 2 130 € de dépense électrique annuelle par foyer. Ce résultat défie les idées reçues : on parle d’un département méditerranéen, baigné de soleil plus de 300 jours par an. Pourtant, la facture y dépasse celle de la plupart des départements du Grand Est.
L’explication tient en trois mots : climatisation, piscines, surface. Le Var est le département métropolitain où le taux d’équipement en climatisation est le plus élevé, dépassant 55 % des foyers. Les piscines privées, qui nécessitent des pompes énergivores, y sont aussi extrêmement répandues.
Les villas du littoral varois, souvent grandes et mal isolées car construites sans souci thermique, absorbent une énergie considérable. En été, un climatiseur qui tourne 10 heures par jour dans une maison de 120 m² ajoute entre 150 et 250 € mensuels à la facture. Et dans le Var, cette période s’étend de mai à octobre.
Mais un département fait encore mieux — ou plutôt pire. Et il se trouve lui aussi là où on ne l’attendait pas du tout.
Le n°1 : un département du Sud qui dépasse 2 200 € par an
En tête du classement, les Bouches-du-Rhône (13) affichent une dépense moyenne de 2 240 € par an et par foyer. C’est près de 600 € de plus que la moyenne nationale, soit l’équivalent de cinq mois de courses alimentaires dans les villes les moins chères de France.
Marseille et sa métropole concentrent un parc immobilier ancien massif. Plus de 60 % des logements marseillais ont été construits avant les premières réglementations thermiques. Le chauffage électrique y reste dominant dans les copropriétés, faute de raccordement au gaz de ville dans de nombreux quartiers.
L’été, le département subit de plein fouet les vagues de chaleur méditerranéennes. La climatisation fonctionne en continu dans les logements, les commerces et les bureaux. Selon RTE, la pointe de consommation estivale en région PACA rivalise désormais avec la pointe hivernale, un phénomène quasi unique en France métropolitaine.
À cela s’ajoute un facteur sociologique. Les Bouches-du-Rhône comptent une forte proportion de familles nombreuses et de logements de grande taille dans les zones périurbaines. Chaque pièce supplémentaire, chaque appareil branché alourdit mécaniquement la consommation.
Le département qui dépense le plus en chauffage n’est donc pas forcément celui qui paie le plus d’électricité. La facture globale dépend d’un cocktail bien plus complexe, où la chaleur pèse autant que le froid.
La tendance qui change tout
Ce classement révèle un basculement silencieux. La climatisation est en train de devenir le premier poste de consommation électrique dans les départements du sud de la France. Selon l’ADEME, le nombre de climatiseurs vendus en France a été multiplié par trois en dix ans, et le mouvement s’accélère avec le réchauffement climatique.
Les départements du Nord et de l’Est, longtemps perçus comme les plus énergivores, bénéficient en réalité d’un meilleur raccordement au gaz et d’un habitat collectif plus compact. Résultat : leur facture d’électricité reste souvent sous la moyenne nationale, même si leur facture de chauffage toutes énergies confondues peut être élevée.
La surprise de ce classement, c’est que le soleil coûte cher en électricité. Et toi, tu aurais deviné que les Bouches-du-Rhône étaient en tête ?