Super El Niño : l’ONU parle d’un « wrecking ball », et deux régions des États-Unis sont déjà dans le viseur

On en parle depuis des semaines : El Niño revient, et cette fois, il ne fait pas les choses à moitié. Les météorologues emploient des mots qu’on entend rarement dans leur métier, comme « hors des courbes » ou « boulet de démolition ». Parmi les régions menacées, deux sont désignées comme particulièrement exposées aux inondations. Et la raison tient à un détail de saison que peu de gens regardent.
75 % de chances de battre un record vieux de 1950 : ce que dit la NOAA
Selon la NOAA, l’El Niño de cette année aurait 75 % de chances de culminer comme le plus fort enregistré depuis le début des relevés, en 1950. Ce n’est pas une petite nuance : on parle d’un possible record absolu.
Rappel express. El Niño est un cycle climatique naturel. Les eaux de surface du Pacifique tropical central et oriental se réchauffent anormalement, et le temps part en vrille ailleurs sur la planète.
Les conséquences peuvent être lourdes : alertes aux ouragans, tempêtes d’hiver à répétition, pluies extrêmes. Un phénomène déjà puissant devient alors un amplificateur de tout le reste.
Le typhon Champi, qui a dévasté une partie de l’Asie, en donne un avant-goût. Selon James Caron, d’Atmospheric G2, cité par The East Malaysia, « El Niño est le principal moteur ». C’est lui qui aurait permis au typhon d’atteindre le niveau « super ».
Le danger principal, d’après lui : des pluies extrêmes sur le nord et le nord-est de Taïwan. Mais ce n’est qu’un épisode. D’autres modèles météo inquiètent aussi les spécialistes, et les mots de l’ONU sont encore plus frappants.
« Hors des courbes » : quand l’ONU et l’OMM sonnent l’alarme
Du côté des Nations unies, Tom Fletcher n’a pas mâché ses mots. Il parle d’un « boulet de démolition » qui va probablement traverser l’Amérique latine, l’Afrique de l’Est et australe, l’Asie et le Pacifique, avec chaleur extrême, sécheresses et inondations.
Même ton chez Celeste Saulo, de l’Organisation météorologique mondiale. Selon elle, la situation est « littéralement hors des courbes de suivi que nous utilisons depuis quatre décennies ».
Elle ajoute que les événements extrêmes déjà observés devraient se multiplier et s’enchaîner à mesure qu’El Niño s’intensifie. Autrement dit, ce n’est pas un coup isolé.
Pour comprendre à quel point l’océan est déjà sous tension, un océanographe expliquait que les effets se cumulent dans une mer déjà bien trop chaude. Le terrain est préparé.
Mais l’alerte ne reste pas générale. Du côté américain, AccuWeather a fini par désigner précisément où le risque d’inondation serait le plus élevé. Et l’explication passe par… l’automne.
Selon Matt Benz, météorologue senior d’AccuWeather, interrogé par le New York Post, l’automne « s’attardera plus longtemps cette année ». Conséquence : l’hiver arriverait plus tard, avec moins de neige attendue.
Moins de neige, oui. Mais pas moins d’eau. C’est là que les deux régions entrent en scène.

Californie et sud-ouest désertique : les deux zones au plus haut risque
Avant le verdict, un détail : les bulles d’eau chaude du Pacifique ont déjà battu des records par le passé, ce qui donne la mesure du phénomène.
Voici la réponse. D’après Matt Benz, « la Californie et le sud-ouest désertique sont au plus haut risque d’inondations ». Voilà les deux régions annoncées.
Le météorologue précise le tableau pour le nord de la Californie : des tempêtes fréquentes avec pluie et vent, et des tempêtes côtières provoquant de l’érosion. Pas seulement de la pluie, donc, mais aussi un littoral grignoté.
Le paradoxe est frappant. Un désert qui reçoit trop d’eau d’un coup, c’est rarement une bonne nouvelle : les sols absorbent mal, et l’eau file.
Benz reprend aussi l’avis d’autres experts : cet El Niño pourrait être l’un des plus puissants jamais enregistrés. Son analyse a été relayée par le New York Post, qui évoque un scénario potentiellement plus favorable pour New York mais plus sévère pour d’autres régions des États-Unis.
Reste une nuance importante, et elle vient de l’OMM elle-même. Un El Niño puissant ne mène pas forcément à la catastrophe humanitaire.
Ce que les prévisions changent avant que la saison ne s’emballe
Celeste Saulo l’a dit sans détour : un El Niño puissant « n’a pas à être une recette pour un désastre humanitaire ». Selon elle, la science, les prévisions et les alertes précoces existent pour sauver des vies et protéger les moyens de subsistance.
C’est le message à retenir. Le phénomène est annoncé, suivi, mesuré. Ce qui compte maintenant, c’est ce qu’on en fait.
Pour les États-Unis, les prochaines semaines diront si les modèles voient juste sur la Californie. Un automne qui s’étire et un hiver retardé pourraient aussi brouiller les repères habituels.
Côté France, on se souvient que les climatologues observent déjà des épisodes intenses. Le « cocktail explosif » venu de la Méditerranée avait fait craindre des inondations il y a peu.
Et pour savoir comment se protéger financièrement quand les eaux montent, la différence entre catastrophe naturelle et tempête change tout au moment d’être indemnisé.
Les chiffres officiels évolueront d’ici l’hiver. Mais une chose est déjà claire : les experts ne parlent plus de simple « épisode », ils parlent de rupture.
Un record potentiel, un « boulet de démolition » et deux régions américaines en première ligne : voilà le portrait de ce Super El Niño. Et si vous pensiez que le climat ne pouvait plus surprendre, à quoi l’Europe pourrait ressembler en 2100 risque de vous faire changer d’avis. Et puisque la chaleur n’a pas dit son dernier mot, ce scénario redouté par Météo France mérite aussi un détour.