« Papa, cette bataille, je ne la gagnerai pas » : l’adieu déchirant du père de Charlie Dalin au Havre
Le 19 juin 2026, l’esplanade Guynemer du Havre s’est transformée en un immense lieu de recueillement. Des centaines de proches, d’admirateurs et de marins sont venus dire adieu à Charlie Dalin, décédé à 42 ans. C’est lors de cette cérémonie que son père, Antoine Comont, a prononcé des mots que personne dans l’assistance n’oubliera.
Le vainqueur du Vendée Globe 2025 a été emporté le 11 juin par une tumeur gastro-intestinale rare appelée GIST. Un cancer d’une violence inouïe, qui a résisté à tous les traitements, même les plus expérimentaux. Son père a choisi de raconter les derniers jours de son fils, sans filtre.

Une cinquantaine de voiliers en mer pour un dernier salut
Pour retracer la vie maritime de Charlie, comme l’a expliqué Francis Le Goff, directeur général de la Ligue de Voile de Normandie à France 3 Régions, une cinquantaine de navires ont pris la mer. Une flottille entière, rassemblée pour accompagner symboliquement le skipper dans son ultime traversée.
Sur l’esplanade, l’émotion était palpable. Parmi les visages marqués par le chagrin, celui de Yann Eliès, son binôme historique. Les deux hommes avaient remporté ensemble la Transat Jacques-Vabre en 2019. Une victoire qui avait scellé une amitié hors du commun.
Eliès a pris la parole pour évoquer leur complicité. « J’étais le vieux briscard, toi le jeune geek. J’étais le yin, tu étais le yang. Très vite, nous nous sommes rendu compte qu’à deux, nous étions plus forts, voire invincibles », a-t-il confié, la voix serrée.
Le skipper a ajouté une phrase qui résume tout le respect qu’il portait à Charlie Dalin. « Sur la fin, il était très attaché à laisser une trace. Je pense qu’il a laissé la trace qu’il souhaitait. » Mais le moment le plus intense de la cérémonie restait à venir.
Les mots d’un fils à son père, quelques jours avant la fin
Quand Antoine Comont s’est avancé face à l’assemblée, le silence s’est fait total. Le père de Charlie a d’abord décrit l’implacable progression de la maladie. « Ce cancer a été d’une agressivité foudroyante, et mutations après mutations, il a fini par épuiser tous les traitements connus à ce jour, même les plus novateurs. »

Puis sont venus les mots que Charlie lui avait confiés dans ses derniers jours. « Papa, cette bataille, je ne la gagnerai pas. » Une phrase simple, lucide, terrible. Le navigateur qui avait affronté les mers les plus hostiles de la planète savait reconnaître une tempête qu’on ne peut pas vaincre.
Antoine Comont a ensuite décrit comment la famille avait entouré Charlie jusqu’au bout. « Nous l’avons accompagné pour que ses derniers jours soient les plus doux, les plus paisibles possibles. » Des mots qui disent l’amour sans détour, sans emphase inutile.
Un détail en particulier a touché l’assistance. Le père a raconté que les repas étaient devenus le dernier plaisir de son fils. « Nous avons partagé son dernier, ensemble. Il s’en est régalé avec un plaisir épicurien, comme il aimait dire être devenu. » Même face à la mort, Charlie Dalin savourait ce qui restait de la vie.
64 jours autour du monde avec un cancer : la prouesse qui force le respect
Pour mesurer l’ampleur de ce qu’a accompli Charlie Dalin, il faut remonter à l’automne 2023. C’est à cette période que les médecins détectent sa tumeur GIST. Le navigateur choisit de garder le secret et de poursuivre sa préparation pour le Vendée Globe.
En octobre 2025, dans son livre La Force du destin, il révèle enfin son combat. Il y décrit la tumeur comme « un pamplemousse dans le ventre ». Le public découvre alors qu’il a bouclé le tour du monde en solitaire en 64 jours — un record — tout en luttant contre la maladie.
Élu Marin de l’année 2025, il incarne alors un courage qui dépasse le cadre sportif. Mais en juin 2025, une opération chirurgicale le contraint à abandonner la navigation en solitaire. Le corps, cette fois, avait dit stop avant l’esprit.
Charlie Dalin laisse derrière lui sa compagne, Perrine Le Pape, et leur fils Oscar. La famille vivait à Concarneau, dans le Finistère. Un port d’attache pour un homme qui n’avait jamais vraiment cessé de naviguer, même cloué à terre par la maladie.
2026, une année marquée par les disparitions
La mort de Charlie Dalin s’inscrit dans une année 2026 particulièrement cruelle. Côté cinéma, Nathalie Baye s’est éteinte à son domicile parisien, emportée par la maladie à corps de Lewy. L’actrice aux quatre César laisse sa fille Laura Smet, dont la question de l’héritage fait déjà couler beaucoup d’encre.
Bruno Salomone, le génial Denis Bouley de Fais pas ci fais pas ça et complice de Jean Dujardin dans Brice de Nice, a succombé à un cancer qu’il combattait en secret. Isabelle Mergault est également partie, elle aussi vaincue par un cancer, laissant ses deux filles adoptives Maya et Iris.
La comédienne Nadia Farès, vue dans Les Rivières pourpres, est décédée après un accident dans une piscine en avril. Loana, figure emblématique de Loft Story, a été retrouvée sans vie à son domicile, des jours après son décès.
Outre-Atlantique, James Van Der Beek (Dawson) a perdu son combat contre un cancer colorectal. Eric Dane, le docteur Glamour de Grey’s Anatomy, a été emporté par la maladie de Charcot. Chuck Norris, icône de Walker, Texas Ranger, s’est éteint après une hospitalisation d’urgence.
Lionel Jospin, figure de la gauche plurielle et père des 35 heures, est mort à 88 ans. Le couturier Valentino Garavani s’est éteint dans sa résidence romaine. Béatrice Ardisson a succombé à un cancer sept mois après son ex-mari Thierry.
Mais parmi toutes ces disparitions, celle de Charlie Dalin occupe une place à part. Parce qu’il a choisi de courir un tour du monde avec la mort en passager clandestin. Et parce que les derniers mots qu’il a dits à son père résonnent bien au-delà du monde de la voile.