Condamné en 1971 pour actes sexuels sur mineurs, il a commenté le sport à la SRF jusqu’en 2011

Pendant des décennies, sa voix a accompagné les week-ends sportifs de la Suisse alémanique. Aujourd’hui, le nom de Hans Jucker résonne tout autrement. La radio-télévision SRF vient d’annoncer une enquête externe après des révélations de la presse : une condamnation datant de 1971 et une question qui dérange sur la façon dont l’entreprise a géré le dossier pendant quarante ans.
Une voix familière, une condamnation de 1971 : ce que la SRF vient de découvrir
Lundi, la radio-télévision suisse alémanique SRF a publié un communiqué qui change le regard sur l’un de ses anciens visages. Il s’agit de Hans Jucker, commentateur sportif passé par la maison de 1965 à 2011. Il est décédé en 2011, peu après son départ à la retraite.
Le point de départ ? Des révélations du quotidien alémanique Tages-Anzeiger. Selon l’agence ATS, l’ancien journaliste avait été condamné en 1971 à une peine de prison avec sursis pour actes sexuels sur mineurs. La SRF affirme en avoir eu connaissance il y a quelques semaines seulement.
Autrement dit, la condamnation a plus d’un demi-siècle. Pourtant, Hans Jucker est resté au sein de l’entreprise jusqu’en 2011, soit quarante ans après le jugement. Le calcul donne le vertige.
La SRF apporte une précision importante. Les délits pour lesquels il a été reconnu coupable auraient été commis en dehors de son travail. L’entreprise les qualifie de crimes « dûment documentés » et les condamne « sans équivoque ».
Le sujet est à des années-lumière des batailles d’audience et des rentrées télé dont on parle d’habitude. Ici, c’est la mémoire d’une institution qui est en jeu.
Reste à savoir ce que la SRF compte faire de cette découverte, et ce qu’elle va aller chercher dans ses propres archives.
Enquête externe, mots lourds : ce que la SRF promet de passer au crible
Face aux révélations, la SRF a choisi de ne pas attendre. L’entreprise annonce vouloir analyser en profondeur toutes les informations disponibles. Elle veut aussi examiner la manière dont elle a géré le dossier, en tant qu’employeur, à l’époque.
Concrètement, elle entend lancer une enquête externe sur la gestion passée de cette affaire. L’idée est de confier à des regards extérieurs le soin de reconstituer ce qui s’est passé, ou ne s’est pas passé, pendant des décennies. Les conclusions serviront, le cas échéant, à renforcer les mesures existantes.
Le ton du communiqué est grave. « Les rapports concernant la condamnation passée ainsi que les révélations sur les délits nous bouleversent et nous attristent profondément », a déclaré Roger Elsener, directeur de la SRF. Il a aussi exprimé son empathie envers les victimes et leurs proches.
Dans un secteur où les grands médias publics sont regardés de près, la réaction est rapide. Mais une question reste en suspens : que raconte exactement le dossier de 1971 ?
Selon le Tages-Anzeiger, les faits reprochés seraient survenus entre 1969 et 1971. Ils concerneraient quatre jeunes et un mineur de moins de 16 ans. L’ancien reporter aurait eu accès à ces jeunes par le biais d’un foyer où son propre père travaillait comme cuisinier.
Ce détail, rapporté par le quotidien, éclaire la manière dont les faits auraient été rendus possibles, loin des studios et des micros. La SRF, elle, insiste : les délits ont été commis en dehors de son cadre professionnel.
Alors, que devient l’image d’un commentateur que des générations de téléspectateurs ont entendu ? La réponse est déjà tombée.

Ce que la SRF efface de ses plateformes, et ce qu’elle garde
Quand une grande voix des médias disparaît, ce qu’elle laisse ne se résume pas à un héritage financier : il y a aussi des archives, des images, des souvenirs partagés. C’est précisément ce patrimoine-là que la SRF doit désormais trier.
Première décision : la SRF ne publiera plus aucune vidéo où le journaliste condamné apparaît comme commentateur. Les clips déjà publiés ont également été retirés de ses plateformes. Ils ont aussi disparu de ses chaînes sur des plateformes tierces.
Autrement dit, la présence numérique de Hans Jucker dans les contenus de la SRF est effacée. Pour un commentateur resté à l’antenne de 1965 à 2011, cela touche une très longue période de couverture sportive.
Mais le retrait n’est pas total. D’autres contenus resteront accessibles, notamment dans les archives, précise l’entreprise. La nuance compte : il ne s’agit pas de faire disparaître l’histoire, mais d’arrêter de la mettre en avant.
Le fond du dossier, lui, tient en quelques lignes. Une condamnation prononcée en 1971 à une peine de prison avec sursis. Une carrière poursuivie à la SRF jusqu’en 2011. Une entreprise qui dit n’avoir su qu’il y a quelques semaines et qui s’engage à examiner son propre rôle d’employeur.
Entre ces deux dates, la source ne dit rien de ce que la direction connaissait, ni à quel moment. C’est exactement ce que l’enquête externe devra établir. Et c’est là que l’affaire est loin d’être terminée.
Pourquoi l’affaire est loin d’être close
La SRF a annoncé le cap, pas le calendrier. Aucune date n’a été communiquée pour les conclusions de l’enquête externe, ni aucune précision sur les personnes qui la mèneront. Ce sera donc le premier point à surveiller dans les prochaines semaines.
Autre inconnue : ce que révéleront les archives internes. L’entreprise dit vouloir examiner la manière dont elle a géré le dossier à l’époque. Si des traces existent, elles diront peut-être ce que la maison savait, et à quel moment.
Dans un tout autre contexte, d’autres affaires montrent à quelle vitesse l’image d’une figure publique peut basculer. Le cas de Patrick Bruel le rappelle : quand des accusations tombent, les institutions sont sommées de réagir vite. Ici, la différence est que l’homme est mort, et que seule l’entreprise devra rendre des comptes.
Les victimes, elles, restent au centre du message. Le directeur de la SRF a exprimé son empathie envers elles et leurs proches. La source ne dit pas si des contacts ont été pris, et l’enquête pourrait éclairer ce volet.
Reste aussi la question du public. Des téléspectateurs ont grandi avec cette voix, et la découverte d’un tel passé peut bouleverser le souvenir de matchs, de reportages, de moments partagés. Ce choc rappelle celui provoqué lorsque des témoignages bousculent l’image d’une grande figure que l’on croyait connaître.
Pour l’instant, la SRF a posé trois actes : une condamnation sans équivoque, des vidéos retirées, une enquête annoncée. Le reste dépendra de ce que le travail extérieur finira par mettre au jour.
Une carrière de quarante-six ans à l’antenne, une condamnation restée ignorée de l’entreprise : voilà l’histoire que la SRF doit désormais regarder en face.
Et si les silences d’une institution vous intriguent, le verdict que personne n’attendait dans l’affaire Schumacher pose une autre question : que cache-t-on quand tout un pays veut savoir ?
Quant à ceux qui se demandent pourquoi certains détails mettent des années à émerger, la vérité incomplète sur le dernier déjeuner de Joe Dassin à Papeete prouve que le temps ne dit pas tout.