Hugues Aufray, 97 ans : « Je commence une nouvelle vie » après avoir tout quitté à Marnes-la-Coquette
Quarante-cinq ans au même endroit, puis un grand saut vers l’inconnu. À 97 ans, Hugues Aufray ne s’est pas contenté de changer d’adresse : il a posé ses valises à Marly-le-Roi, dans une maison d’artiste que le temps avait abîmée. Et le plus surprenant n’est ni le jardin ni les travaux, mais le statut très particulier sous lequel le chanteur y habite.

Quarante-cinq ans à Marnes-la-Coquette, puis ce déclic : « Il n’y avait que des milliardaires »
Pendant quarante-cinq ans, Marnes-la-Coquette, petite commune des Hauts-de-Seine, a été le décor de la vie de Hugues Aufray. C’est là qu’il a élevé sa famille et construit ses souvenirs. Il y avait même un voisin célèbre : Johnny Hallyday possédait lui aussi une propriété dans la commune.
Mais un beau décor ne fait pas forcément un quartier vivant. En juillet 2020, le chanteur s’est confié au Parisien sur sa décision de vendre. Ses mots sont sans détour : « J’ai vendre Marnes-la-Coquette, où j’ai passé quarante-cinq ans sans connaître personne. Je vivais en patriarche au milieu de ma famille. Autour, il n’y avait que des milliardaires et des caméras vidéo. »
Relisez la phrase. Quarante-cinq ans, et personne à qui dire bonjour. Des grilles, des caméras, de la tranquillité à perte de vue, mais pas de voisins avec qui échanger trois mots sur le pas de la porte. Pour un artiste qui a toujours aimé la rencontre, on comprend que l’équation ait fini par peser.
Ce rôle de patriarche, entouré des siens, Hugues Aufray l’a longtemps assumé jusqu’au bout, comme l’a rappelé l’annonce qui avait surpris tout le monde à 95 ans. Sa famille est restée le cœur de son existence, quel que soit le lieu où elle se rassemble.
La vente de la maison lui a donc permis de tourner la page et de choisir un autre cadre. Restait à trouver le bon. Et c’est là qu’une très vieille amitié, vieille de plusieurs décennies, a rebattu les cartes.
Dina Vierny, Maillol et une maison « laissée à l’abandon depuis des années »
À Marly-le-Roi, dans les Yvelines, Hugues Aufray a déniché ce qu’il appelle sans hésiter « la maison de mes rêves ». Selon ses propos rapportés par Le Parisien, elle appartenait au sculpteur Aristide Maillol. Voilà qui change un peu des villas de milliardaires.
Le fil qui mène à cette demeure remonte très loin. Il passe par Dina Vierny, muse de Maillol et grande figure du monde de l’art. Quand Hugues Aufray arrive à Paris, il a 18 ans, une curiosité immense pour la création et une attirance particulière pour la sculpture.
Dans Le Parisien, il raconte : « C’est une histoire extraordinaire qui m’a mené ici. La première personne qui m’a accueilli à Paris, quand j’avais 18 ans, et qui m’a poussé à sculpter, c’est Dina Vierny, la compagne de Maillol, qui a créé les musées Maillol. » Il ajoute avec humour qu’il n’est pas devenu sculpteur, mais que tous deux sont devenus amis.
L’amitié était réelle, et le chanteur lui est resté fidèle jusqu’au bout : « J’ai chanté sur sa tombe le jour de ses funérailles à Villejuif. » Ce genre de loyauté ne s’oublie pas, et elle allait, des années plus tard, porter ses fruits de façon inattendue.
Quelques années plus tôt, d’autres images de lui avaient marqué les esprits, notamment lors de sa décoration à l’Élysée, quand ses deux filles étaient sorties de l’ombre. Mais ici, l’histoire est d’un autre ordre : celle d’une maison qui attendait quelqu’un.
Car la propriété était, selon ses mots, « laissée à l’abandon depuis des années ». Les héritiers ont estimé « que ce serait bien » que le chanteur s’y installe. Et c’est là que tombe la précision qui donne son sens à toute l’histoire : Hugues Aufray n’en est pas devenu propriétaire. « Je suis là en location à vie. Et je commence une nouvelle vie », résume-t-il.

Bâtisse insalubre, arbres coupés, atelier de Maillol : le chantier mené avec Murielle
Être locataire à vie d’une maison de légende, c’est une chose. La rendre habitable en est une autre. Et sur ce point, le chantier a eu de quoi faire, d’autant que le chanteur n’était pas seul : son épouse Murielle, qu’il évoque toujours avec franchise, a participé à l’aventure.
À leur arrivée, le couple a découvert une propriété qui demandait une importante remise en état. Dans un reportage publié en janvier 2026, le JDNews décrit une grande bâtisse devenue insalubre, que les deux époux ont réaménagée. L’objectif de départ était simple : rendre les lieux habitables et agréables au quotidien.
Dehors, le décor n’était pas plus engageant. La végétation avait pris tellement de place que le jardin manquait cruellement de soleil. Le chanteur raconte avoir fait couper de grands arbres pour permettre à la lumière de revenir, une décision radicale qui a changé le visage de l’ensemble.
Aujourd’hui, la maison est entourée d’un jardin où l’on peut admirer Harmonie, une sculpture inachevée de Maillol représentant Dina Vierny. Difficile de rêver plus beau clin d’œil : la femme qui a poussé le jeune Hugues vers la sculpture veille désormais sur son jardin, sous forme de pierre.
Et ce n’est pas tout. Le lieu abrite aussi l’ancien atelier de Maillol, dans lequel Hugues Aufray peint et sculpte. Tableaux, bustes et sculptures occupent aujourd’hui cet espace de travail. Une maison longtemps délaissée accueille de nouveau un artiste et ses créations : c’est là que la transformation prend tout son sens.
Aux côtés de Murielle, le chanteur y a aménagé un quotidien qui lui permet de retrouver ses premières passions, celles de ses 18 ans, entre deux rendez-vous musicaux. Sculpter, peindre, chanter : à 97 ans, tout se joue au même endroit.
Ce que cette nouvelle vie à Marly-le-Roi raconte vraiment
Le plus frappant dans cette histoire, c’est le contraste. D’un côté, des décennies dans une commune où il dit ne connaître personne. De l’autre, une maison à l’histoire artistique dense, où chaque pièce rappelle un souvenir de jeunesse. Le mot « nouvelle vie » n’a rien d’une formule en l’air.
Autre enseignement : à son âge, le chanteur a choisi de reprendre des projets longtemps laissés de côté. Changer de maison a ici une saveur particulière. Il ne s’agit pas d’un simple déménagement, mais d’un retour vers la sculpture et la peinture, qu’il pratiquait autrefois en parallèle de la musique.
Le statut de locataire à vie dit aussi quelque chose du personnage. Pas de prestige affiché, pas de titre de propriété à brandir : un arrangement de confiance avec les héritiers, né d’une amitié ancienne. Selon ses déclarations au Parisien, c’est bien cette histoire qui l’a mené jusqu’ici.
Reste que la vie publique d’Hugues Aufray ne s’arrête jamais longtemps. Il y a quelque temps, des rumeurs alarmistes ont circulé à son sujet, et sa colère face à ces fausses informations avait fait réagir. Une nouvelle vie, oui, mais pas question de se laisser enterrer trop tôt.
Ce goût de la préparation, il l’a d’ailleurs déjà montré : on avait appris que le chanteur avait tout prévu pour l’avenir. Mais pour l’heure, c’est dans son atelier, au milieu des bustes et des tableaux, qu’on le trouve.
Le prochain chapitre ? Il s’écrit entre les rendez-vous musicaux, les séances de peinture et les promenades dans ce jardin enfin ensoleillé.
À 97 ans, Hugues Aufray prouve qu’on peut être locataire et pourtant se sentir chez soi, à condition que la maison ait une âme. Et si les demeures oubliées vous font rêver, sachez que certaines maisons abandonnées se rachètent à prix cassé, parfois auprès de l’État ou de votre mairie. Et pour pousser le rêve plus loin, cette trentenaire qui a acheté un lac entier avec deux maisons vous réserve un sacré calcul.