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« Je ne suis pas que ça » : la mise au point de Nadia Farès sur sa fragilité résonne après sa mort

Publié par Elsa Fanjul le 20 Avr 2026 à 21:30
Nadia Farès souriante en chemise blanche lors d'un événement, portrait chaleureux de l'actrice

Le 17 avril 2026, Nadia Farès s’est éteinte à 57 ans après un grave accident dans une piscine parisienne. Une mort brutale, inattendue, qui a sidéré le monde du cinéma français. Mais au-delà du choc, ce sont les mots de l’actrice, prononcés quelques années plus tôt, qui reviennent hanter ceux qui l’admiraient. Face aux caméras, elle avait tenu à corriger une image qu’elle jugeait trop réductrice. Une confidence qui, aujourd’hui, prend une résonance particulière.

L’image qu’on lui avait collée malgré elle

Dans le milieu du cinéma, Nadia Farès traînait une étiquette tenace : celle de la femme inébranlable. Ses rôles dans des thrillers et des séries policières y étaient pour beaucoup. Son regard intense, sa mâchoire volontaire, sa manière de se tenir droite devant la caméra — tout semblait confirmer ce tempérament d’acier que le public et les professionnels lui attribuaient.

Nadia Farès lors du Festival Cinéroman de Nice, souriant face à l'objectif

Pourtant, lors de la promotion de la série Les Ombres rouges, diffusée sur C8, la comédienne avait choisi de briser ce moule. Elle y incarnait une policière hantée par la disparition de sa sœur, un personnage traversé par le trauma. Un rôle qui lui parlait plus qu’on ne le soupçonnait. Car derrière la façade solide, l’actrice portait elle aussi des fissures qu’elle avait longtemps gardées pour elle.

C’est dans cet entretien qu’elle a lâché une phrase que personne n’a oubliée. Une phrase simple, sans effet de manche, mais qui disait tout sur le décalage entre l’image publique et la réalité intime.

« On m’a vue comme une fille très forte, mais je ne suis pas que ça »

Ces mots, Nadia Farès les a prononcés face à un journaliste de Télé-Loisirs. Pas de colère, pas de plainte. Juste un constat posé avec une franchise désarmante. Dans ce métier où les étiquettes collent comme des secondes peaux, elle revendiquait simplement le droit d’être complexe. D’avoir des doutes, des fragilités, des jours sans.

En parlant de son personnage dans Les Ombres rouges, elle expliquait : « C’est une femme qui a été traumatisée. » Mais on sentait bien que le parallèle avec sa propre vie n’était pas anodin. Elle ne jouait pas seulement un rôle — elle mettait en scène une partie d’elle-même qu’elle avait longtemps tue.

Rue parisienne vide au coucher du soleil, pavés dorés et longues ombres, atmosphère mélancolique

Cette dualité assumée — la force visible et la vulnérabilité cachée — est précisément ce qui rendait Nadia Farès différente de tant d’actrices enfermées dans un registre unique. Elle refusait qu’on la réduise à un adjectif. Et cette exigence de nuance, dans un monde médiatique qui adore les raccourcis, avait quelque chose de profondément courageux.

Mais avant d’en arriver à cette confession publique, la comédienne avait traversé une longue période loin des écrans. Un choix radical dont peu de gens connaissent les vraies raisons.

Quinze ans loin des plateaux : le sacrifice silencieux

Après le film Nid de guêpes, la vie de Nadia Farès a basculé à une vitesse vertigineuse. Rencontre amoureuse, mariage, maternité — tout s’est enchaîné en quelques semaines à peine. Face à ce tourbillon, elle a fait un choix que peu d’actrices au sommet de leur carrière oseraient : tout mettre entre parenthèses.

Pendant plus de quinze ans, elle a disparu des écrans. Pas de figurations discrètes, pas de petits rôles pour garder un pied dans le milieu. Un retrait total, consacré à l’éducation de ses enfants. Dans une industrie où l’absence se paie cher — surtout pour les femmes —, ce choix relevait du pari risqué. Revenir après une si longue éclipse, passé la quarantaine, signifiait repartir presque de zéro.

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Ses fans, eux, ne l’avaient jamais oubliée. Les témoignages d’affection qui ont afflué après l’annonce de son décès en sont la preuve la plus éclatante. Mais à l’époque de son retrait, personne ne pouvait savoir si le public serait encore au rendez-vous le jour où elle déciderait de revenir.

Ce jour est finalement arrivé, porté par une envie intacte de raconter des histoires. Mais le chemin du retour n’a pas été un tapis rouge.

Un retour qu’il a fallu arracher

Quand Nadia Farès a voulu reprendre sa carrière, les portes ne se sont pas ouvertes toutes seules. Pour décrocher un rôle dans la série Marseille, elle a dû batailler, convaincre, prouver qu’elle avait encore sa place. Un combat que connaissent bien les actrices françaises passé un certain âge — Audrey Fleurot elle-même a évoqué les difficultés du métier au quotidien.

Le rôle dans Les Ombres rouges a ensuite marqué son véritable retour en lumière. Une policière rongée par la culpabilité, obsédée par la disparition de sa sœur — un personnage dense, exigeant, à mille lieues des rôles décoratifs qu’on aurait pu lui proposer. Elle y a mis toute l’intensité accumulée pendant ses années de silence.

C’est d’ailleurs sur le plateau de cette série qu’elle a livré sa confidence la plus marquante. Comme si le personnage avait libéré quelque chose en elle. Comme si, pour enfin parler de ses propres failles, il avait fallu passer par celles d’une autre.

Des hommages qui disent l’empreinte laissée

Depuis l’annonce de sa disparition, les réactions du monde du cinéma n’ont pas cessé. Julie Gayet, Jean Dujardin, Michael Youn — tous ont tenu à saluer sa mémoire sur les réseaux sociaux. Des hommages unanimes qui témoignent d’une chose : Nadia Farès était aimée bien au-delà de son image publique. Ceux qui la côtoyaient connaissaient la femme derrière la façade, celle qui doutait, qui riait, qui se livrait avec une sincérité rare dans ce milieu.

L’enquête sur les circonstances de sa noyade suit son cours, et les zones d’ombre autour de ses dernières minutes dans cette piscine parisienne alimentent encore les interrogations. Mais au-delà des faits, c’est cette phrase — « je ne suis pas que ça » — qui restera gravée.

Parce qu’elle ne parlait pas seulement d’elle. Elle parlait de toutes les femmes qu’on enferme dans une seule case. Les fortes qu’on croit invincibles. Les discrètes qu’on pense fragiles. Les mères qu’on réduit à leur maternité. Nadia Farès avait compris que la vraie force, c’est d’assumer sa complexité. Et c’est peut-être pour ça que le monde du cinéma pleure aujourd’hui bien plus qu’une actrice — il pleure une femme qui avait le courage d’être entière.

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