« Je fais partie de ces hommes-là » : quand Patrick Bruel se dénonçait à demi-mot en pleine Bruelmania

Trente-cinq ans avant la tempête judiciaire, Patrick Bruel se livrait face caméra avec une franchise déconcertante. En pleine Bruelmania, le chanteur parlait de « lâcheté masculine » et avouait en faire partie. Aujourd’hui, cette séquence oubliée refait surface — et elle prend un tout autre sens.
Une interview belge oubliée depuis 1990
Nous sommes en 1990. Patrick Bruel est en pleine ascension fulgurante. L’émission Cinéscope, diffusée sur la chaîne belge RTBF, lui consacre un entretien dans lequel il se livre avec une rare spontanéité.

À l’époque, la « Bruelmania » bat son plein. Le chanteur déchaîne les foules, enchaîne les concerts et voit son image de séducteur populaire se construire à vitesse grand V. Face aux journalistes belges, l’artiste n’esquive aucune question.
Interrogé sur sa vie sentimentale, il reconnaît volontiers être un homme pressé. « Oui je suis quelqu’un qui va très vite aux choses, à l’essentiel, qui a besoin d’être étonné, surpris tout le temps », explique-t-il alors. Il précise que ce trait ne concerne pas uniquement les femmes, mais « tout » dans sa vie.
En 1990, personne ne relève. Le public voit un artiste charmeur, sûr de lui, qui joue la carte de la sincérité. Mais le journaliste insiste et oriente l’échange vers un terrain plus glissant.
« Les femmes sont en danger »
L’intervieweur rappelle alors une déclaration antérieure de Bruel : « Vous avez dit : j’aime les minorités et les femmes sont des minorités. » Le chanteur ne recule pas. Il développe au contraire une réflexion qui, à l’époque, passe pour de l’engagement.

« J’aime les gens qui sont en danger parce que quelqu’un en danger sort des choses formidables de lui », commence-t-il. Puis il poursuit : « Les femmes sont en danger parce que le rôle que la société veut leur faire jouer n’est pas souvent facile à tenir. »
Des mots qui, en 1990, s’inscrivent dans l’air du temps. L’ex-compagnon d’Amanda Sthers passe alors pour un homme sensible, conscient des injustices faites aux femmes. Un chanteur en phase avec son public féminin, qui constitue l’écrasante majorité de ses fans.
Mais c’est la suite de ses propos qui, aujourd’hui, fait s’arrêter ceux qui revisionnent la séquence.
« La lâcheté masculine me révolte — et j’en fais partie »
Sans que le journaliste n’ait besoin de le pousser, Patrick Bruel enchaîne avec un aveu qui, trente-cinq ans plus tard, résonne d’une façon toute particulière. « Elles se débrouillent formidablement bien pour contrecarrer la lâcheté masculine qui moi me révolte parfois », déclare-t-il.
Puis cette phrase, lâchée avec un calme presque troublant : « Et je fais partie de ces hommes-là. Je ne suis pas un mec parfait qui critique les autres mecs. »
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En 1990, ces mots passent pour de l’humilité. Un artiste populaire qui refuse de se placer au-dessus des autres, qui admet ses failles. Rien de plus. La séquence ne fait aucune vague, aucun gros titre, aucun commentaire dans la presse de l’époque.
Personne ne cherche à comprendre ce que « lâcheté masculine » signifie précisément dans sa bouche. Personne ne demande de précisions. La question de l’omerta autour de certains comportements ne se pose pas encore publiquement dans le paysage médiatique français.
Quand les réseaux sociaux déterrent la séquence
Depuis plusieurs semaines, Patrick Bruel est visé par plusieurs plaintes pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Le chanteur conteste fermement l’ensemble des faits reprochés.

Dans ce contexte, la vidéo de 1990 a refait surface sur les réseaux sociaux. Des milliers d’internautes la commentent, la partagent, l’analysent image par image. Le mot « lâcheté » revient en boucle dans les discussions.
Pour certains, cette séquence est un aveu à peine voilé, une confession publique que personne n’a su entendre à l’époque. Pour d’autres, il s’agit simplement d’un homme qui reconnaissait ne pas être parfait — rien de plus. Le débat fait rage.
Ce qui est certain, c’est que cette interview s’ajoute à une longue liste de témoignages et de déclarations qui, relus à la lumière de l’actualité, prennent une dimension nouvelle. Une choriste du Café des délices a pris la parole. Une hôtesse de l’air a livré son récit. Un ex-technicien des Enfoirés a brisé le silence.
Un artiste qui clame son innocence
Face à cette avalanche, Patrick Bruel maintient sa ligne de défense. Par la voix de ses avocats et de ses proches, il affirme son intention de se battre pour démontrer son innocence devant la justice.
Le chanteur a été placé sous contrôle judiciaire avec des conditions strictes. L’enquête suit actuellement son cours et devra permettre d’établir précisément les faits reprochés.
Amanda Sthers a réagi avec émotion depuis Instagram. Corinne Masiero a pris position. Anny Duperey défend encore le chanteur malgré la pression. Le monde du spectacle français est coupé en deux.
Pendant ce temps, quelque part dans les archives de la RTBF, un jeune homme de trente ans sourit face caméra. Il dit qu’il fait partie des hommes lâches. Et personne, à l’époque, ne pense à lui demander ce qu’il entend par là.