Dans le métro avec les cendres de Jean-Paul Belmondo : le récit de son fils Paul et d’un trajet insolite
Pas de taxi, un train à prendre et un sac pas comme les autres. Un matin, Paul Belmondo s’est retrouvé dans le métro parisien avec l’urne de son père, Jean-Paul Belmondo. Autour de lui, personne ne se doutait de ce qu’il transportait. Et sur le trajet, une station lui a arraché un sourire : un clin d’œil que Bébel lui-même aurait pu scénariser.

Un dernier voyage vers Piriac-sur-Mer, et pas un seul taxi disponible
Jean-Paul Belmondo est mort le 6 septembre 2021 à Paris, à l’âge de 88 ans. Il avait exprimé un souhait précis : que ses cendres rejoignent Piriac-sur-Mer, un village de Loire-Atlantique cher à son cœur.
Ce village, c’est celui de l’enfance. Bébel y passait ses vacances avec ses grands-parents et sa sœur Muriel. Les cendres de sa mère et de sa grand-mère y reposent déjà.
Pour respecter ce vœu, la famille doit donc quitter la capitale. Paul réserve un train au départ de Montparnasse. Il compte rejoindre la gare en taxi depuis l’avenue Marceau, comme n’importe quel voyageur pressé.
Sauf que le plan déraille. Aucune voiture n’est disponible, ni la veille ni le matin du départ. Les refus s’enchaînent, l’heure du train approche, et la gare ne se rapproche pas.
Dans ces moments-là, un fils n’a pas vraiment le temps de se demander ce qui est solennel et ce qui ne l’est pas. D’autres proches ont raconté leurs propres souvenirs de l’acteur, comme Victor Belmondo, bouleversé en repensant à Jean-Paul. Mais ici, c’est une rame de métro qui attend Paul.
Reste une question : comment traverse-t-on Paris avec l’urne de son père quand on n’a plus d’autre option ?
Ligne 6, un sac sur l’épaule et des voyageurs sans méfiance
Face aux refus répétés, et craignant de rater son train, Paul se résout à descendre sous terre. Direction la ligne 6. Un moyen de transport qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter, a-t-il reconnu au micro de France Inter.
Dans son sac, l’urne contenant les cendres de son père. Autour de lui, des Parisiens en route pour leur journée. Il le résume simplement : « Il y a des gens qui allaient travailler ce matin-là. Ils ne savaient pas ce qu’il y avait dans le sac. »
La scène a quelque chose de vertigineux. L’un des visages les plus populaires du cinéma français voyage, anonyme, entre deux inconnus qui consultent leur téléphone ou somnolent. Personne ne lève les yeux.
Rien de glorieux, rien de solennel, pas de cortège. Juste un fils, un sac et un trajet que le hasard a imposé. Cinq ans après sa disparition, l’héritage de Belmondo continue d’ailleurs de faire parler, mais ce matin-là, c’est un tout autre héritage que Paul porte sur l’épaule.
Les stations défilent. Paul regarde les noms sur les quais, un peu absent, l’esprit ailleurs. Puis l’un d’eux l’arrête net : Bir-Hakeim.
Et là, il lâche une phrase que personne n’attendait : « Je me dis, oh le salaud. En fait, il voulait faire un dernier tour sur ce pont. Sur cette ligne-là. » Il ajoute, lucide : « Alors après, chacun va dire que c’est le hasard. »
Pourquoi ce nom de station lui fait-il dire « le salaud » avec un sourire ? La réponse tient en une cascade.

Bir-Hakeim : la cascade sans doublure que Belmondo n’a jamais lâchée
Pour saisir le clin d’œil, il faut se souvenir de l’acteur avant le monument, celui de la bande du Conservatoire. Un jeune comédien qui n’a jamais cessé d’aimer le risque. Le pont de Bir-Hakeim en est la preuve la plus spectaculaire.
Dans Peur sur la ville, d’Henri Verneuil, sorti en 1975, Belmondo traverse ce pont installé sur le toit d’un métro. La séquence est restée dans toutes les mémoires. Et elle n’a rien d’un trucage.
La performance a été réalisée sans doublure, sans filet et sans trucage. Le héros du film, c’est bien lui, accroché là-haut, pendant que la rame file au-dessus de la Seine.
Vous voyez où Paul veut en venir. Un fils, un métro, une ligne 6, un pont de Bir-Hakeim : l’urne de Bébel passe exactement là où il avait joué sa vie à l’écran, et cette fois sur les rails, pour un dernier tour.
Paul ne le dit pas avec solennité, mais avec ce mélange de tendresse et de complicité qui fait tout le sel de l’anecdote. « Le salaud », lance-t-il. Une insulte affectueuse, de celles qu’on réserve aux gens qu’on aime et qui ont toujours le dernier mot.
Le plus beau, c’est que rien n’était prévu. Si un taxi avait été disponible, personne n’aurait jamais emprunté cette ligne. La contrariété s’est transformée en scène de cinéma, et c’est sans doute pour cela que Paul a choisi de la raconter.
Depuis, l’endroit est indissociable de l’acteur. La promenade sous le pont porte son nom depuis 2023.
Un clin d’œil de plus dans la légende, et des pages moins souriantes
Ce récit change le regard sur ce départ. Un moment qui aurait pu rester pesant et logistique devient une histoire de famille qu’on se raconte avec le sourire. Le hasard, ou le signe, selon le point de vue de chacun.
Paul, lui, laisse le lecteur trancher. Il l’a dit clairement : certains y verront du hasard. Il préfère visiblement y entendre la voix de son père, toujours prêt à une dernière entrée en scène.
Pour la famille, le vœu a finalement pu être respecté : les cendres de Jean-Paul Belmondo rejoignent Piriac-sur-Mer, là où reposent sa mère et sa grand-mère. Le train de Montparnasse a bien été pris. La boucle est bouclée, entre Paris et la Loire-Atlantique.
Autour du nom Belmondo, d’autres épisodes ont toutefois fait moins sourire, comme la tribu recomposée qui se brise, selon ce que l’on avait relevé. Les familles célèbres ont rarement des histoires simples.
Et la question de la succession a aussi occupé les esprits : on y a évoqué, ici même, des enfants qui se déchirent pour l’héritage, avec 100 millions d’euros en jeu. Ce récit du métro offre un contrepoint touchant, loin des chiffres et des querelles.
À surveiller désormais : la promenade Jean-Paul Belmondo sous le pont de Bir-Hakeim, que chacun peut parcourir. Impossible de la traverser sans penser à Verneuil, au toit du métro et à ce fils qui a pris la ligne 6 un matin d’embarras.
Un détail, surtout, mérite qu’on s’y arrête : les voyageurs de la rame, eux, n’ont jamais su. Ils ont croisé, sans le savoir, Bébel et son dernier tour de piste.
Parfois, un taxi qui n’arrive pas vaut mieux qu’un scénario écrit à l’avance. Et il suffit d’un pont pour qu’un adieu ressemble à un film.
Si les coulisses des grandes familles du cinéma vous passionnent, ce papier signé à Genève qui divise les enfants d’Alain Delon réserve son lot de questions. Et pour une autre légende, la réplique culte que toute la France attribue à tort à Michel Audiard va peut-être vous faire douter de vos souvenirs.