Néonicotinoïdes : l’Assemblée rétablit en pleine nuit un insecticide interdit depuis 2018

Il est près de minuit au Palais-Bourbon quand les votes tombent. Un texte censé sauver les agriculteurs français ravive une guerre vieille de sept ans autour d’un insecticide que la France avait pourtant banni. Entre soulagement pour certaines filières et colère des défenseurs des abeilles, la loi cache un compromis fragile dont les conséquences restent à mesurer.
Un vote nocturne sous haute tension au Palais-Bourbon
Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles a été adopté par 296 voix contre 224 dans la nuit à l’Assemblée nationale. Le texte, issu d’un compromis entre députés et sénateurs, arrivait après des semaines de tractations tendues. Ce climat électrique n’est pas nouveau : l’agriculture française traverse depuis des mois une séquence de colère et de mobilisations qui ont marqué l’actualité, du déversement de lisier devant des préfectures aux face-à-face avec les forces de l’ordre.
Au cœur du débat : un article controversé que le gouvernement a choisi de ne pas retirer, préférant laisser les parlementaires trancher eux-mêmes. La droite, le centre et une partie du bloc gouvernemental ont porté le compromis. En face, la gauche et les écologistes ont dénoncé un recul environnemental majeur, brandissant les risques pour les abeilles et les insectes pollinisateurs.
L’acétamipride, un insecticide interdit qui fait son retour par la petite porte
Le nom qui a cristallisé toutes les tensions, c’est l’acétamipride. Cette substance appartient à la famille des néonicotinoïdes, des insecticides interdits en France mais toujours autorisés dans plusieurs pays européens voisins. Le texte adopté permet désormais son utilisation, mais de façon dérogatoire et strictement encadrée, réservée à la culture des noisettes.
Un second insecticide, le flupyradifurone, pourrait lui aussi revenir dans les champs, cette fois pour protéger les betteraves, les pommes et les cerises. Les défenseurs du texte insistent sur un point : certaines filières françaises n’ont aujourd’hui aucune solution efficace contre les ravageurs, ce qui créerait une concurrence déloyale face aux producteurs européens autorisés à utiliser ces produits. Un argument qui résonne avec d’autres tensions agricoles récentes, comme celle sur les importations de lentilles vendues moins cher que la production française. Reste que plusieurs élus ont aussi soulevé, en séance, des interrogations sur les conséquences possibles pour la santé humaine, un sujet loin d’être clos malgré le vote.
Ce que la loi change vraiment, au-delà de l’insecticide

Réduire ce texte au seul retour de l’insecticide controversé serait pourtant incomplet. La loi fixe également un objectif de doublement des capacités de stockage de l’eau agricole d’ici 2035, un enjeu crucial face aux sécheresses répétées qui fragilisent déjà les récoltes, à l’image des difficultés rencontrées par certains producteurs ces dernières années.
Le texte veut aussi muscler la souveraineté alimentaire en luttant contre les produits importés qui ne respectent pas les normes européennes, un sujet qui fait écho aux polémiques récentes sur des rappels de fruits jugés trop chargés en pesticides. Il facilite certaines démarches administratives, renforce la protection des éleveurs face aux attaques de loups, et cherche à rééquilibrer les négociations entre agriculteurs, industriels et grande distribution. Dernière étape avant la promulgation définitive : l’examen par le Sénat ce mardi 21 juillet, qui pourrait clore sept ans de bataille autour de ces molécules controversées.
Entre soulagement pour certaines filières et alarme pour les pollinisateurs, ce vote nocturne résume à lui seul les contradictions de l’agriculture française d’aujourd’hui. Le Sénat aura-t-il le dernier mot, ou ce texte connaîtra-t-il encore des rebondissements avant sa promulgation ?