Présidentielle 2027 : le 3e homme que personne n’a vu venir
Il n’est ni chef de parti, ni ministre, ni star des plateaux. Les sondages lui donnent 3 %. Et pourtant, sur Polymarket, il est désormais le 3e favori pour l’Élysée, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon et loin devant Gabriel Attal. C’est même le candidat sur lequel les parieurs ont misé le plus d’argent. Comment cet outsider a-t-il pu doubler tout le monde en un mois ?

De 2 % à 13 % en un mois : l’ascension éclair
Son nom : David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France. Début septembre, la part « Lisnard président » valait entre 1,4 et 3 cents sur Polymarket, soit 1 à 3 % de chances. Mi-septembre, elle dépasse 8 cents. Début octobre, elle touche brièvement 17 % avant de se stabiliser autour de 13 %.
Résultat : le maire de Cannes s’installe sur la 3e marche du podium des parieurs, coude à coude avec Mélenchon.
| Candidat | Chance de victoire selon Polymarket (6 oct. 2026) |
|---|---|
| Marine Le Pen | 43 % |
| Édouard Philippe | 18 % |
| David Lisnard | 13 % |
| Jean-Luc Mélenchon | 13 % |
| François Hollande | 4 % |
| Gabriel Attal | 2 % |
Le plus fou : c’est sur lui que les parieurs ont misé le plus. 3,9 millions de dollars échangés sur son nom, davantage que sur Marine Le Pen (3,3 millions), Gabriel Attal ou Bruno Retailleau (2,6 millions chacun). Le marché global de la présidentielle, lui, dépasse les 145 millions de dollars.
À actualiser le jour de la publication : les cotes bougent chaque heure.
Hanouna, un hashtag et deux portefeuilles : comment l’outsider s’est invité dans la course
La flambée de Lisnard colle à l’agenda des réseaux sociaux. Un compte parodique le présente comme « 3e candidat » le 5 septembre. Le 25 septembre, Cyril Hanouna raconte à l’antenne avoir misé 50 euros. Le 5 octobre au soir, Lisnard lui-même lance le hashtag #ilsepassequelquechose, qui devient viral.
Le 4 octobre, record absolu : 203 000 dollars échangés en une journée. Ce jour-là, deux portefeuilles créés moins de 24 heures plus tôt passent de gros ordres d’achat portant sur environ 300 000 parts. Le Canard enchaîné évoque l’hypothèse d’une opération de buzz, sans preuve.
L’intéressé dément toute implication et assure ne même pas savoir comment fonctionne la plateforme. Et les données vont dans les deux sens : les plus gros paris individuels sont placés contre lui, dont une position de près de 430 000 dollars sur le « Non ». À ce stade, aucune manipulation n’est établie.
Comment ça marche ?
Sur Polymarket, on achète des parts « Oui » ou « Non » entre 0 et 1 dollar, réglées en stablecoin USDC. Si le candidat gagne, la part « Oui » rapporte 1 dollar, sinon rien. Le prix se lit donc comme une probabilité : 13 cents = 13 % de chances.
Problème : chaque candidat a son propre carnet d’ordres, souvent peu fourni. Quelques dizaines de milliers de dollars suffisent à faire bouger une cote de plusieurs points.
Interdit en France
Le 16 juillet 2026, l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a ordonné aux fournisseurs d’accès de bloquer Polymarket, considéré comme une offre illégale de jeux d’argent. La plateforme a déposé un recours. Parier dessus depuis la France reste contraire à la loi.
Vrai 3e homme ou simple bulle ?
Dans les urnes, l’histoire est pour l’instant très différente. Les instituts créditent Lisnard d’environ 3 % au premier tour, dans une fourchette de 2 à 5 %. Ifop le mesurait à 3,5 % fin septembre, contre 2 % en juin : une progression réelle, mais sans commune mesure avec sa cote chez les parieurs.
Une cote Polymarket ne mesure pas des intentions de vote. Elle reflète l’argent que des parieurs acceptent de risquer, par conviction, par militantisme ou pour le fun. Sur un candidat peu suivi, quelques dizaines de milliers de dollars suffisent à le propulser sur le podium.
Les « 3e hommes » surgis de nulle part ont pourtant déjà existé en politique française. Et les parieurs ont parfois vu juste avant les sondeurs : en 2024, un trader français surnommé « Théo » avait empoché environ 80 millions de dollars en misant sur la victoire de Donald Trump.
Verdict : Lisnard a déjà gagné une bataille, celle de la notoriété. Reste à transformer le buzz en voix. Rendez-vous en avril 2027.