« Faites mieux » : deux ans après, Mélenchon annonce sa quatrième candidature à la présidentielle ce soir sur TF1
Personne n’a vraiment été surpris, et pourtant le moment reste fort. Ce dimanche 3 mai, Jean-Luc Mélenchon s’est invité au 20h de TF1 pour officialiser ce que tout le monde pressentait depuis des mois : il sera candidat à l’élection présidentielle de 2027. Sa quatrième tentative. À 74 ans. Et cette fois, les conditions n’ont jamais été aussi particulières.

Un dimanche de mai qui sentait la poudre
Les élus de La France insoumise étaient réunis à Paris ce dimanche pour désigner officiellement le candidat du mouvement. Une formalité, tant le nom de Mélenchon circulait depuis des semaines dans les couloirs du parti. TF1 avait même annoncé sa venue au journal du soir quelques heures avant, précisant qu’il viendrait « très probablement pour annoncer sa quatrième candidature ».
Pour se présenter, le fondateur de LFI devra récolter 150 000 parrainages citoyens. Une étape que personne ne considère comme un obstacle sérieux. En 2022, lors de la dernière présidentielle, il avait terminé troisième du premier tour avec 22 % des suffrages, échouant à seulement 420 000 voix du second tour.
Un score en nette progression par rapport à 2017, où il avait déjà réalisé une performance remarquée avec 19,58 % des voix. Mais cette fois, le contexte politique a radicalement changé. Et pas forcément en sa faveur.
Le pari risqué d’un homme que la France connaît par cœur
Soyons honnêtes : Jean-Luc Mélenchon est l’une des personnalités politiques les plus clivantes du pays. Les sondages le donnent facilement battu par le Rassemblement national en cas de duel au second tour. Et pourtant, au sein de LFI, personne ne doute du choix.

« C’est notre meilleur émetteur, la personne qui mobilise le plus les électeurs », confie un cadre insoumis. Un autre responsable ajoute : « Il a un socle politique, il est bon en débat et il maîtrise les dossiers. » Des arguments qui résonnent dans un parti où aucune relève n’a réussi à s’imposer à un niveau présidentiable.
Car c’est là que le bât blesse. Depuis le soir de son élimination en 2022, quand il avait lancé son fameux « Faites mieux » à ses troupes, Mélenchon n’avait cessé de répéter qu’il souhaitait être remplacé. Mais par qui exactement ? La réponse, deux ans plus tard, reste la même : personne.
Et 63 % des Français se disent prêts à faire barrage à LFI. Un chiffre qui pèse lourd dans l’équation.
Une génération de cadres décimée
Si une nouvelle génération d’élus avait bien émergé autour du tribun, force est de constater qu’elle s’est largement effritée. François Ruffin et Clémentine Autain, deux des figures les plus populaires du mouvement, ont dû quitter LFI lors des législatives de 2024. Des départs qui ont laissé des traces profondes.
Le parti s’est retrouvé dans une situation paradoxale : plus visible que jamais dans le débat public, mais incapable de produire un candidat alternatif crédible. Les tensions internes entre anciens alliés n’ont rien arrangé. Résultat : c’est encore et toujours Mélenchon qui monte au créneau.
Mais le fondateur de LFI ne se lance pas dans le vide. Il compte profiter d’un avantage stratégique majeur : le chaos total qui règne chez ses voisins de gauche.
À gauche, c’est chacun pour soi
La gauche française ressemble en ce moment à un appartement en travaux où personne ne se met d’accord sur les plans. La grande question qui divise tout le monde : faut-il organiser une primaire unitaire ? Raphaël Glucksmann a déjà refusé d’y participer, préférant sa propre stratégie pour battre le RN.

LFI, de son côté, ne veut même pas en entendre parler. Pour les Insoumis, la primaire est un piège qui diluerait leur base électorale au profit de candidats qu’ils jugent trop modérés. Le calcul est simple : mieux vaut un Mélenchon à 22 % au premier tour qu’un candidat de compromis à 15 %.
Pendant ce temps, François Hollande prépare son retour, Élisabeth Borne n’exclut rien, et à droite, Bruno Retailleau a été désigné candidat des Républicains. Sans oublier Gabriel Attal qui se dit prêt et Édouard Philippe déjà en piste. La présidentielle 2027 s’annonce comme un embouteillage monstre.
Bardella, l’adversaire que tout le monde regarde
Le véritable éléphant dans la pièce, c’est évidemment Jordan Bardella. Les sondages le placent systématiquement en tête, parfois avec une avance confortable. Dans un duel Mélenchon-Bardella au second tour, les projections sont sans appel : le leader du RN l’emporterait largement.
C’est d’ailleurs l’argument principal de ceux qui, à gauche, plaident pour une candidature unique. Envoyer Mélenchon face à Bardella, c’est prendre le risque de rejouer le scénario de 2002 — avec un résultat potentiellement encore plus net. Mais les Insoumis balaient cette objection d’un revers de main.
Leur raisonnement : seul Mélenchon a prouvé qu’il pouvait mobiliser massivement au premier tour. Et au second, tout dépendra du report de voix. Un pari, certes. Mais le tribun n’a jamais eu peur de jouer gros.
74 ans et une énergie intacte : jusqu’où ira-t-il ?
Jean-Luc Mélenchon aura 76 ans au moment de l’élection. Un âge qui, dans n’importe quel autre métier, correspondrait à une retraite bien méritée. Mais en politique française, l’âge est devenu un détail secondaire — il suffit de regarder les dernières déclarations de Macron sur son propre avenir pour s’en convaincre.
Le fondateur de LFI reste un débatteur redoutable, capable de tenir un meeting de deux heures sans notes et d’enchaîner les plateaux télé avec une énergie qui ferait pâlir des candidats de trente ans de moins. Sa base militante, elle, reste fidèle et mobilisée, même si elle a perdu quelques plumes ces dernières années.
La vraie question n’est pas de savoir s’il peut mener campagne. La vraie question, c’est de savoir si la France de 2027 est prête à lui donner une chance que celle de 2022 lui a refusée de justesse. 420 000 voix. C’est à la fois énorme et dérisoire. Le genre d’écart qui peut vous hanter pendant cinq ans — ou vous donner l’énergie de tout recommencer.
Une chose est sûre : avec cette annonce, la présidentielle 2027 vient officiellement de commencer. Et elle promet d’être sacrément mouvementée.