Bicarbonate de soude : 51 % de risque de démence en moins chez les plus de 50 ans, mais un expert met en garde

Dans votre placard, il sert à faire gonfler les gâteaux et à déboucher l’évier. Des chercheurs américains viennent pourtant de lui trouver un lien troublant avec notre cerveau. Chez certains patients, il serait associé à un risque de démence réduit de moitié. Mais l’un des experts cités par la presse britannique demande de ne surtout pas tenter l’expérience chez soi.
Un comprimé à 9 pence que le système de santé britannique prescrit déjà, mais pas pour le cerveau
Le bicarbonate de soude, aussi appelé bicarbonate de sodium, n’est pas qu’un produit de cuisine. Au Royaume-Uni, il existe sous forme de comprimé, vendu environ 9 pence pièce. Le NHS le prescrit déjà aux personnes atteintes d’une maladie rénale avancée.
Son rôle : limiter l’accumulation d’acides dans l’organisme. Or, selon les chercheurs, ces acides en excès pourraient abîmer les cellules du cerveau et favoriser les pertes de mémoire. C’est de cette piste que part toute l’histoire.
Le sujet est sensible, car la démence touche déjà près d’un million de Britanniques. Ce chiffre pourrait grimper à 1,4 million d’ici 2040, d’après les projections citées. Et malgré des millions investis dans de nouveaux médicaments, le NHS ne propose aujourd’hui rien qui empêche la maladie d’apparaître.
D’où l’intérêt croissant pour les traitements existants, peu chers et détournés vers un nouvel usage. Les scientifiques parlent de « repositionnement » de médicaments. Cette logique s’applique aussi à d’autres pistes, comme celle du vaccin contre le zona, testé pour son effet possible sur la démence. Quand on cherche à protéger sa mémoire, même le contenu du petit-déjeuner peut faire débat. Mais comment est-on passé d’un médicament pour les reins à une piste contre Alzheimer ?
122 000 patients, des millions de dossiers médicaux et un chiffre qui surprend
Tout est parti de petites observations. Des patients rénaux traités au bicarbonate obtenaient de meilleurs scores à des tests de mémoire. Rien de définitif, mais assez troublant pour pousser des chercheurs à voir plus grand.
L’équipe de l’Université de Pennsylvanie a donc fouillé les dossiers médicaux de millions de personnes. Elle a mesuré l’effet de différents traitements sur les diagnostics de démence. L’étude a été publiée dans la revue eBioMedicine.
Ses auteurs ont repéré 20 médicaments courants qui semblaient associés à une protection contre la démence. Parmi eux figurent des corticoïdes et des antidouleurs. Le bicarbonate, lui, s’est détaché du lot.
Les chercheurs se sont concentrés sur un groupe précis. Il comptait 122 000 personnes de plus de 50 ans, déjà diagnostiquées avec des troubles cognitifs légers. Ces troubles de mémoire peuvent être un signe précoce de démence.
Pour ces patients, le risque d’évoluer vers une forme complète de la maladie, comme Alzheimer, était à surveiller de près. Et un risque qu’on ignore peut avoir de lourdes conséquences : c’est aussi le cas des AVC silencieux et de leurs signes discrets.
Le résultat tient en un chiffre. Ceux qui prenaient des comprimés de bicarbonate étaient 51 % moins susceptibles de développer une démence déclarée. Soit, en gros, deux fois moins de chances. Voilà l’information qui a fait le tour de la presse britannique. Mais lisez la suite avant de courir au supermarché.

Le détail décisif : ce que cette étude ne prouve pas
À l’heure où les fausses informations de santé circulent à toute vitesse, la prudence s’impose. Ce n’est pas un détail : c’est la partie la plus importante de l’histoire.
Le Dr Richard Oakley, d’Alzheimer’s Society, salue d’abord un domaine de recherche « passionnant ». Il parle du repositionnement de médicaments existants. Puis il tempère nettement.
Selon lui, l’étude « ne montre pas que prendre du bicarbonate de sodium peut prévenir ou traiter la démence ». Il va plus loin : l’association conseille « fortement » de ne pas prendre de bicarbonate de cuisine dans ce but. Le message est clair.
Les chercheurs américains eux-mêmes restent prudents. Ils écrivent que le médicament « pourrait influencer la fonction cognitive », en raison de son action sur les acides du sang. Ce « pourrait » compte. Il signale une piste, pas une preuve.
Cette étude exploite des dossiers médicaux existants. Elle repère donc un lien entre deux choses, sans démontrer que l’une cause l’autre. Il reste aussi une distinction essentielle : les patients de l’étude prenaient des comprimés, pas de la poudre à pâtisserie. Pour trancher, il faudra des « essais cliniques solides », selon le Dr Oakley.
Ce que les chercheurs veulent vérifier maintenant
La suite logique, c’est donc l’essai clinique : comparer, dans des conditions contrôlées, des patients traités et des patients non traités. C’est la seule façon de savoir si le bicarbonate protège vraiment le cerveau, ou si les patients de l’étude différaient simplement par d’autres points.
Les équipes américaines appellent à poursuivre les travaux. Elles n’annoncent pas de traitement. Elles proposent une hypothèse, qu’il faut maintenant tester sérieusement.
D’autres pistes sont déjà à l’étude. Des essais examinent si le vaccin britannique contre le zona pourrait protéger contre la démence. Une étude de l’Université Stanford, publiée l’an dernier, laissait penser qu’il pourrait réduire le risque jusqu’à 20 %.
Le besoin de solutions bon marché reste énorme, faute de moyen de prévention aujourd’hui. En attendant, rien ne remplace les bases : se renseigner auprès d’un médecin et soigner son assiette, par exemple en apprenant quels légumes il vaut mieux ne plus éplucher. Et pour ceux qui aiment les secrets de placard, cette plante des murs qui remplace la lessive montre que certaines idées maison ont leur utilité, dans un tout autre domaine.
Le bicarbonate n’est pas un remède contre Alzheimer, mais une piste que la science veut examiner. Gardez-le pour vos gâteaux le temps que les essais parlent. Et si les discussions de comptoir vous attirent, savez-vous ce qui a créé un malaise en plein direct autour d’un simple débat sur les pourboires ? Et quand une rumeur enfle, la vérité tient parfois à 14 centimètres de béton devant un garage.