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« 140 000 morts par an » : les cardiologues réclament un dépistage obligatoire dès 6 ans partout en France

Publié par Cassandre le 04 Oct 2026 à 20:28
Médecin mesurant la tension artérielle d'un enfant

Un chiffre qui donne le vertige : 140 000 morts par an en France, à cause de maladies qu’on pourrait souvent éviter. Les infarctus, les AVC, l’insuffisance cardiaque tuent en silence, sans prévenir, parfois chez des gens qui se croyaient en pleine forme. Alors à l’occasion de la Journée mondiale du cœur, une alliance de cardiologues sort un texte choc. Et leur demande principale va beaucoup plus loin qu’un simple bilan sanguin chez l’adulte.

Un mal qui tue plus que ce que l’on croit

Les maladies cardio-neuro-vasculaires sont la deuxième cause de mortalité en France, juste derrière les cancers. Elles représentent aussi la première cause de handicap acquis chez l’adulte, ce qui change tout dans la vie de milliers de familles chaque année.

Le coût, lui, donne une idée de l’ampleur du problème : plus de 29 milliards d’euros par an rien qu’en prise en charge médicale directe, selon les chiffres de l’Assurance Maladie. Un montant colossal, qui pourrait pourtant être largement réduit.

Car c’est là que le bât blesse. D’après l’alliance CAP CŒUR, à l’origine du Livre blanc publié cette semaine, 80 % de ces accidents vasculaires pourraient être évités grâce à un repérage précoce des facteurs de risque. Et pourtant, la France ne consacre encore que moins de 2 % de son budget global de santé à la prévention.

Un paradoxe qui interroge, surtout quand on sait que certains signes du corps passent totalement inaperçus au quotidien. Alors comment repérer le danger avant qu’il ne frappe ? La réponse des cardiologues est plus radicale qu’on ne l’imagine.

Dès 6 ans : la mesure qui change tout

Face à ce constat, l’alliance CAP CŒUR ne propose pas un simple ajustement. Elle réclame une refonte complète du modèle de prévention français, avec un mot d’ordre : repérer le plus tôt possible, avant même l’âge adulte.

Les cardiologues veulent notamment importer le concept anglo-saxon « Know your numbers », pour que chaque Français connaisse sa tension, sa glycémie et son profil lipidique aussi naturellement qu’il connaît sa taille. Une idée simple, mais qui suppose un changement de réflexe collectif face à sa propre santé.

Ce suivi doit s’articuler avec les consultations « Mon bilan prévention », qui devraient intégrer la recherche de l’hypertension, du diabète, de l’atteinte rénale, des apnées du sommeil et du stress chronique. Après 60 ans, un examen ciblé viserait aussi les valvulopathies et la fibrillation atriale, responsable de nombreux AVC sévères.

Mais la mesure la plus marquante concerne les plus jeunes. L’alliance demande un dépistage obligatoire de l’hypercholestérolémie familiale dès l’âge de 6 ans, pour repérer très tôt les enfants exposés à un risque cardiaque futur, bien avant qu’ils ne deviennent de jeunes adultes fragilisés sans le savoir.

Écran d'électrocardiogramme affichant un rythme cardiaque

Le vrai problème : des soins hors de portée

Repérer tôt, c’est bien. Encore faut-il pouvoir accéder ensuite à un vrai suivi médical, ce qui est loin d’être garanti partout en France.

Les chiffres sont éloquents : les patients attendent en moyenne 65 jours pour décrocher une consultation chez un cardiologue. Dans certains départements, ce délai grimpe jusqu’à une année entière. Résultat, les urgences absorbent plus d’un million de consultations par an pour de simples douleurs thoraciques sans gravité, qui auraient dû être traitées en ville.

Les disparités territoriales touchent aussi les crises aiguës : sept départements ne disposent d’aucune unité de soins intensifs cardiologiques, et dix sont dépourvus d’unité neurovasculaire. Une véritable loterie géographique quand chaque minute compte face à un infarctus ou un AVC.

Pour désengorger le système, les experts proposent de confier de nouveaux actes aux infirmiers en pratique avancée, et de développer la télésurveillance ainsi que l’électrocardiogramme connecté dans les maisons de santé. C’est là, précisément, que se joue la promesse du Livre blanc : réorganiser l’accès aux soins pour que le dépistage précoce serve vraiment à quelque chose.

Des populations oubliées, une loi déjà votée

Le cœur ne discrimine pas selon les idées reçues. Ces maladies tuent près de 200 femmes chaque jour en France, et les moments de bascule hormonale, après une grossesse marquée par une hypertension gravidique ou un diabète gestationnel, ou encore à la ménopause, exigent une surveillance particulièrement renforcée.

Deux autres populations sont ciblées comme prioritaires : les patients traités pour un cancer, exposés à la toxicité cardiaque de certaines thérapies, et les personnes en situation de précarité, pour qui des actions de proximité doivent limiter les ruptures de suivi.

Une première pierre a déjà été posée. Promulguée le 27 juillet 2026, la loi Neuder habilite désormais les pharmaciens et les masseurs-kinésithérapeutes à mesurer la pression artérielle. Elle intègre aussi des contrôles cardio-vasculaires lors des visites médicales du travail à mi-carrière, un dispositif qui pourrait, sur le papier, repérer des signaux d’alerte avant l’accident.

Reste maintenant à voir si les moyens suivront. Les professionnels de santé réclament un véritable Plan Cœur, doté d’un financement pérenne, aligné sur l’initiative européenne « Safe hearts ». Une mobilisation qui entend faire de la santé cardiaque une priorité politique, et non plus une simple ligne budgétaire secondaire.

Un dépistage dès 6 ans, une loi toute fraîche, et un système de soins encore à bout de souffle : la bataille pour sauver des cœurs ne fait que commencer. Si les signaux du corps vous intriguent, certains d’entre eux passent par les yeux et méritent d’être connus. Et si vous pensiez que seul le cœur méritait cette vigilance, ce que le sommeil révèle sur le cerveau pourrait bien vous surprendre aussi.

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