Cette pilule que des millions de seniors avalent contre l’arthrose accélère Alzheimer de 25%, selon une étude

Elle trône dans l’armoire à pharmacie de millions de retraités. Vendue sans ordonnance, la glucosamine est devenue le réflexe anti-douleur numéro un contre l’arthrose. Mais une équipe de chercheurs américains vient de pointer un effet secondaire auquel personne ne s’attendait, et il ne concerne pas les articulations.
Un complément banal dans des millions de foyers
La glucosamine fait partie de ces compléments alimentaires qu’on achète sans y penser deux fois. Pas besoin d’ordonnance, pas de consultation obligatoire : on la trouve en pharmacie, en grande surface, sur internet.
Elle est censée soulager les douleurs liées à l’arthrose, cette usure du cartilage qui touche des millions de seniors en France. Résultat, elle s’est imposée comme un rituel quotidien pour beaucoup d’entre eux, souvent pendant des années.
C’est justement cette popularité qui a intrigué des chercheurs de l’Université de Floride. Si un produit est consommé aussi massivement par une population âgée, quel impact a-t-il vraiment sur le cerveau vieillissant ? La question méritait d’être posée, notamment en lien avec la maladie d’Alzheimer, dont les premiers signes passent souvent inaperçus.
Pour y répondre, l’équipe a plongé dans des dossiers médicaux couvrant plus d’une décennie. Et ce qu’elle a découvert ne concerne pas les genoux, mais la mémoire.
Douze ans de données pour repérer un signal inquiétant
Les scientifiques ont épluché des dossiers médicaux anonymisés allant de 2012 à 2024. Grâce à des outils d’intelligence artificielle, ils ont pu isoler deux groupes précis : des patients atteints d’un trouble cognitif léger, et d’autres déjà diagnostiqués avec une démence liée à Alzheimer.
Parmi ces milliers de dossiers, une partie des patients déclarait prendre régulièrement de la glucosamine pour soulager leurs articulations. De quoi comparer, à grande échelle, l’évolution de leur état cognitif face à ceux qui n’en consommaient pas.
C’est là que les chiffres deviennent troublants. Chez les patients souffrant déjà d’un trouble cognitif léger, la prise de glucosamine était associée à un risque accru de 25% de basculer vers une véritable démence, par rapport aux personnes n’en prenant pas.
« Les données issues des dossiers médicaux sont très préoccupantes », résume le Pr Matt Gentry, professeur de biochimie à l’Université de Floride et co-auteur de l’étude. Il précise aussitôt qu’une association statistique n’est pas une preuve de causalité. Mais le signal était suffisamment net pour pousser l’équipe à chercher une explication biologique.

Le mécanisme suspecté derrière ce lien
Pour comprendre pourquoi, les chercheurs se sont intéressés à un processus naturel appelé la glycosylation. Concrètement, il s’agit d’un mécanisme au cours duquel de petites structures contenant du sucre se fixent sur les protéines pour leur permettre de bien fonctionner.
Or selon l’équipe, ce système serait déjà anormalement actif dans le cerveau des personnes atteintes d’Alzheimer. Et la glucosamine, une molécule chimiquement proche du sucre, pourrait amplifier encore ce phénomène.
« Dans la maladie d’Alzheimer, ce système de marquage par les sucres semble hyperactif. Le cerveau accumule ces structures en excès, ce qui paraît aggraver la maladie au lieu de la protéger », explique le Pr Gentry.
Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont mené des expériences sur des souris génétiquement modifiées pour développer une maladie proche d’Alzheimer. Chez les rongeurs recevant de la glucosamine, l’ajout de sucres sur les protéines augmentait nettement, et leur mémoire de reconnaissance se dégradait davantage.
Le détail le plus parlant : quand les scientifiques bloquaient ce processus de marquage avec un traitement chimique, les performances de mémoire des souris s’amélioraient. Autrement dit, ce n’est pas un hasard, mais bien ce mécanisme précis qui semble en cause dans la perte de mémoire observée.
Ce que les chercheurs recommandent maintenant
Pas de panique immédiate cependant : à ce stade, les auteurs de l’étude ne recommandent pas d’interrompre brutalement un traitement à base de glucosamine. Une décision d’arrêt doit toujours se prendre avec un médecin, surtout chez une personne âgée déjà sous traitement pour l’arthrose.
En revanche, les personnes souffrant de troubles de la mémoire, ou ayant déjà reçu un diagnostic de trouble cognitif léger, pourraient avoir intérêt à évoquer leur consommation de glucosamine lors d’une prochaine consultation. Ce simple échange pourrait faire la différence, comme le rappelle régulièrement la piste des habitudes du quotidien liées au risque d’Alzheimer.
Les chercheurs insistent aussi sur la suite logique de ces travaux : un essai clinique contrôlé chez l’humain sera nécessaire pour confirmer si la glucosamine accélère directement la progression de la maladie. Il devra aussi déterminer quelles personnes seraient les plus vulnérables à cet effet.
En attendant ces résultats, l’étude publiée dans Nature Metabolism a au moins le mérite de rouvrir un débat que personne n’avait anticipé autour d’un produit aussi banal. Et elle s’ajoute à une liste grandissante de pistes explorées sur les origines d’Alzheimer, encore loin d’être toutes résolues.
Un flacon de compléments articulaires qui interroge sur la mémoire : voilà un renversement que peu de patients auraient anticipé en avalant leur cachet du matin. Si cette histoire de sucre et de cerveau vous a intrigué, le lien tout aussi inattendu entre l’apnée du sommeil et Alzheimer mérite lui aussi le détour.
Et si vous cherchez plutôt à repousser ces risques dès aujourd’hui, ces trois facteurs suivis pendant 26 ans montrent qu’il n’est jamais trop tôt pour agir.