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En 1960, l’URSS détourne deux fleuves pour irriguer du coton : la mer d’Aral perd 90 % de sa surface et laisse 27 000 km² de sel

Publié par Cassandre Jolivet le 28 Oct 2026 à 7:31

Entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, des pêcheurs et des cargos filaient autrefois sur l’eau. Aujourd’hui, on y marche sur une croûte blanchâtre qui crisse sous les pas. Cette étendue, l’Aralkum, couvre environ 27 000 km², à peu près la Bretagne. Et le plus troublant, c’est ce qu’elle cache sous sa surface.

1960, l’URSS détourne deux fleuves : la mer d’Aral va perdre 90 % de sa surface

Tout est parti d’une décision prise en 1960. Cette année-là, l’URSS détourne l’Amou-Daria et le Syr-Daria, deux fleuves majeurs d’Asie centrale, pour irriguer des champs de coton. Ils alimentaient jusqu’alors la mer d’Aral, alors quatrième plus grande étendue d’eau intérieure du globe.

Privée de ces apports, la mer s’est atrophiée, puis fragmentée. Selon le CNES, elle couvrait 66 460 km² en 1960, soit deux fois la Belgique. Il n’en reste que 7 300 km², une réduction de 90 % en six décennies.

On a même vu, à Moynak, des chalutiers rouiller à des kilomètres de la première vague. Le CNES attribue l’essentiel du recul à l’explosion des ponctions humaines, liée à un modèle de croissance qui gaspille l’eau au profit d’une agriculture intensive.

Les chiffres, eux, varient selon les sources : certaines estimations évoquent près de 60 000 km² de désert, d’autres 27 000. L’écart tiendrait à ce que l’on compte, ou non, les sols asséchés mais encore humides. Ce n’est pas la seule histoire que cette période soviétique a laissée, puisque l’URSS avait aussi rêvé de détourner des fleuves siberiens. Mais pourquoi rien ne pousse sur ce fond de mer ?

Sel, pesticides et saxaouls : le sol de l’Aralkum n’a rien d’un sable ordinaire

Sous sa croûte crayeuse se sont accumulés, pendant des décennies, des sels marins concentrés et des résidus de pesticides charriés par les fleuves depuis les champs de coton. D’autres synthèses y ajoutent des engrais et des défoliants épandus en amont.

Rien n’y prospère. Les tentatives de fixation reposent donc sur des plantations de saxaouls, ces arbustes capables de survivre dans des conditions extrêmes, plutôt que sur des cultures. Le paradoxe est cruel : un projet censé créer des terres cultivables en a stérilisé bien davantage.

Avant la catastrophe, la mer d’Aral formait une vaste oasis au milieu du désert, de l’ordre de 67 000 km². Des ports comme Aralsk ont vu l’eau s’éloigner de leurs quais. Cette mer asséchée pour planter du coton n’a pas dit son dernier mot.

Car le vent fait le reste. Le fond asséché est devenu une source puissante de poussières salées, entre 43 millions de tonnes par an selon une analyse récente et 100 à 150 millions selon d’autres calculs, relayés par un chercheur du centre Goddard de la NASA. Cette fourchette traduit la difficulté de mesurer un phénomène diffus. Les paysages qui changent d’eux-mêmes ne manquent pas, mais où ces poussières finissent-elles ?

Des poussières jusqu’en Himalaya, et une Petite Mer qui renaît au nord

L’assèchement d’un grand cours d’eau n’a pas toujours de frontières, et celui-ci le prouve. Selon les scientifiques cités par l’article d’origine, ces tempêtes touchent des régions à des milliers de kilomètres. Une étude associant l’Institut Leibniz TROPOS relie ces poussières au climat et aux glaciers lointains.

Certaines synthèses évoquent des dépôts jusqu’en Himalaya, en Scandinavie ou dans l’Arctique, sans que tous ces trajets soient documentés de la même façon. Le désert, lui, continue de grandir chaque été un peu plus au sud.

Au nord, pourtant, une lueur. Au centre-sud du Kazakhstan, la Petite Mer d’Aral subsiste. Une renaissance partielle y est observée depuis 2005, après la construction de la digue de Kok-Aral. La pêche y aurait repris dès 2006, selon la vidéothèque du CNES.

Au sud, en revanche, la situation reste critique : le bassin oriental est pratiquement à sec. Le CNES reste prudent, car aucune remise en cause structurelle ne semble émerger malgré des projets médiatisés. Une synthèse relayant la communauté scientifique dénombre 28 espèces endémiques disparues.

Le satellite Sentinel-2B a photographié ce qui reste le 19 août 2021, avec une résolution de 10 mètres.

Un fond de mer devenu désert, des poussières qui voyagent, un coton qui a tout coûté : l’Aralkum est la preuve qu’un seul chantier peut effacer une mer. Et si vous aimez les histoires où l’URSS a laissé des traces insolites, ce détail posé sur la Lune en 1971 qui fonctionne encore sans pile va vous intriguer. Et si votre corps vous semble bien solide, ce qui compose vraiment votre masse risque de vous surprendre.

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