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Un chewing-gum mâché quatre minutes libère ce que personne n’imaginait dans votre bouche

Publié par Cassandre le 17 Juil 2026 à 18:25
Chewing-gum étiré entre deux doigts sous la lumière

On mâche sans y penser, en voiture, au bureau, entre deux rendez-vous. Un petit rituel anodin, presque hygiénique. Sauf que des chercheurs américains viennent de mettre un chiffre glaçant sur ce geste banal.

Leur étude, présentée devant l’American Chemical Society, révèle ce qui se libère vraiment dans votre bouche à chaque mastication. Et la réponse ne concerne pas que les gommes bas de gamme.

Un chewing-gum, jusqu’à 600 fragments de plastique par gramme

L’équipe de Sanjay Mohanty, professeur d’ingénierie à l’UCLA, a voulu mesurer un phénomène jamais quantifié aussi précisément : la libération de microplastiques pendant la mastication d’un simple chewing-gum. Le protocole ressemble à une séance chez le dentiste, mais les résultats, eux, surprennent bien au-delà du cabinet.

La chercheuse Lisa Lowe a mesuré une moyenne de 100 particules de plastique libérées par gramme de gomme mâchée. Certains échantillons individuels grimpaient jusqu’à 600 microplastiques par gramme. Sachant qu’un morceau classique pèse entre 2 et 6 grammes, un grand chewing-gum pourrait donc relâcher jusqu’à 3 000 fragments dans la salive.

Ce type de découverte s’inscrit dans une vague plus large de révélations environnementales qui bousculent nos habitudes du quotidien. Sept morceaux de chaque marque ont été mâchés pendant quatre minutes, avec des prélèvements de salive toutes les 30 secondes.

Une seconde expérience a étendu l’observation sur 20 minutes, histoire de comprendre la vitesse de libération de ces particules invisibles à l’œil nu, un peu comme on scrute des détails qu’on oublie de déclarer sans même s’en rendre compte.

Le vrai coupable, ce n’est pas la salive : c’est le frottement des dents

Voilà le twist que personne n’attendait vraiment. On aurait pu croire que les enzymes de la salive décomposent chimiquement la gomme au fil de la mastication. Faux. Le mécanisme est purement mécanique : ce sont les dents, par simple abrasion, qui arrachent des fragments de plastique au morceau entier.

La preuve dans les chiffres : 94 % des particules ont été relâchées durant les huit premières minutes de mastication. La majorité part même dès les deux premières minutes. Une donnée qui inverse un réflexe très répandu : changer de chewing-gum régulièrement multiplie en réalité l’exposition, alors que mâcher un seul morceau plus longtemps limite la casse.

Autre surprise, encore plus inattendue : les gommes dites naturelles, à base de chicle ou de résines végétales, ne font pas mieux que les synthétiques. « Notre hypothèse de départ était que les gommes synthétiques auraient beaucoup plus de microplastiques », explique Lisa Lowe.

Résultat contraire à toute logique marketing : les deux catégories libèrent des niveaux quasi identiques de polyoléfines, polyéthylène téréphtalates, polyacrylamides et polystyrènes. Le problème viendrait donc de la fabrication industrielle, pas de l’arbre à chicle lui-même — un peu comme ces promesses « naturelles » qui cachent des procédés bien moins organiques qu’annoncé.

Échantillon de gomme mâchée en laboratoire scientifique

30 000 microplastiques par an : une goutte d’eau, vraiment ?

Avant de jeter tous vos paquets de gomme, il faut remettre ce chiffre en perspective, comme on le ferait pour n’importe quelle découverte scientifique qui fait d’abord peur avant d’être nuancée. Une personne qui mâche entre 160 et 180 petits morceaux de gomme par an ingérerait environ 30 000 microplastiques uniquement via cette habitude.

Le chiffre paraît énorme, jusqu’à ce qu’on le compare au total annuel estimé d’un individu lambda : entre 39 000 et 52 000 particules ingérées par an, via l’eau, les sachets de thé, les fruits de mer ou l’huile d’olive. Le chewing-gum ajoute donc sa part, sans être la porte d’entrée principale du plastique dans l’organisme.

Sanjay Mohanty lui-même refuse de céder à la panique : « Notre but n’est pas d’alarmer qui que ce soit. Les scientifiques ne savent pas si les microplastiques sont dangereux pour nous ou non. Il n’existe aucun essai sur l’humain.

» Le chimiste Oliver Jones, du Royal Melbourne Institute of Technology, va plus loin en jugeant la quantité modeste.

L’étude comporte aussi une limite technique de taille : elle ne détecte que les particules d’au moins 20 micromètres, ce qui signifie que le compte réel pourrait grimper bien au-delà de 600 par gramme si l’on intégrait les nanoplastiques invisibles avec les outils actuels.

Un détail à garder en tête, un peu comme ces dangers cachés qu’on découvre après coup dans des produits du quotidien. Reste un dernier détail presque cocasse : jeter sa gomme dans la rue ne relâche qu’une infime fraction de son plastique total, le reste continuant de se dégrader lentement dans la nature.

Au final, le chewing-gum n’est ni un poison caché ni un produit totalement neutre : c’est un petit contributeur de plus à un cocktail de plastique déjà bien rempli. La vraie question, désormais, c’est de savoir combien de temps il faudra avant qu’un essai sur l’humain vienne enfin trancher.

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