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Ce « cimetière de requins » découvert en plein désert égyptien cache 7 espèces jamais vues au même endroit

Publié par Cassandre le 07 Sep 2026 à 8:02
Dents de requins fossilisées dans le sable du désert

Le désert occidental égyptien n’a jamais ressemblé à un océan. Sable, poussière, chaleur écrasante : rien, à première vue, n’évoque la mer. Et pourtant, sous ce plateau aride, des paléontologues viennent de mettre au jour un secret enfoui depuis des millions d’années. Ce qu’ils ont trouvé dans les couches de phosphate va bien au-delà de ce qu’ils imaginaient.

Un plateau qui n’a rien d’un site marin

Le plateau d’Abu-Tartur, situé dans le désert occidental égyptien, à des centaines de kilomètres de la moindre étendue d’eau, ne présente aucun indice visible de son passé maritime. C’est pourtant là qu’une équipe menée par Tarek Yassin, paléontologue à l’université du Caire, mène ses fouilles depuis plusieurs années. Comme dans certains sujets d’exploration où la moindre trace peut tout changer, chaque couche de sédiment peut ici bouleverser ce qu’on croyait savoir.

Les chercheurs n’en étaient pas à leur premier passage sur le site. Ils y avaient déjà identifié deux espèces de requins-taupes lors de précédentes campagnes. Un indice suffisant pour justifier de nouvelles expéditions : là où plusieurs grands prédateurs cohabitent, c’est qu’il y avait de quoi les nourrir en abondance.

Entre 2020 et 2022, l’équipe a extrait 14 dents fossilisées des couches noires et jaunes de phosphate qui composent le plateau. Un travail minutieux, comparable à celui que réclament certaines cartographies scientifiques de grande ampleur, où chaque détail compte pour reconstituer un tableau global.

Sept espèces réunies au même endroit

Les résultats, publiés le 18 août dans la revue Cretaceous Research, portent un titre sans détour : « Egyptian shark graveyard », le cimetière de requins égyptien. Les 14 dents retrouvées appartiennent à cinq espèces jamais repérées auparavant sur ce site précis, ce qui porte le total à sept espèces différentes identifiées à Abu-Tartur.

« Trouver des dents appartenant à sept espèces différentes de requins était particulièrement remarquable, surtout parce qu’elles ont toutes été découvertes au même endroit, au milieu d’un plateau entier », a expliqué Tarek Yassin à Live Science. Le chercheur parle d’une « surprise passionnante » : l’équipe savait que les zones riches en phosphate abritaient parfois des fossiles de vertébrés marins, sans s’attendre à une telle diversité concentrée.

Parmi les nouvelles arrivées figure Scapanorhynchus raphiodon, un lointain parent du requin-lutin actuel, cet animal des profondeurs à la mâchoire projetable. L’espèce n’avait jamais été signalée sur le continent africain. S’y ajoutent Serratolamna serrata, Squalicorax bassanii, Cretalamna maroccana et Squalicorax pristodontus. Un inventaire qui rappelle que les requins fascinent autant qu’ils inquiètent, même longtemps après avoir disparu.

Fossiles de dents de requins alignés sur pierre

Le détail qui change toute la lecture de la découverte

Avant de s’emballer, un point mérite d’être précisé, et il change tout. Les auteurs de l’étude insistent : cette diversité ne signifie pas que les sept espèces ont vécu ensemble, ni qu’elles sont mortes au même endroit au même moment.

La sédimentation était extrêmement lente sur ce plateau : la couche de phosphate a compressé une très longue période dans quelques centimètres seulement, mélangeant des restes venus d’époques et de milieux différents. Une nuance essentielle, un peu comme quand une image spectaculaire cache une explication plus prosaïque.

Si les scientifiques travaillent presque toujours sur des dents pour étudier les requins fossiles, c’est parce que leur squelette, fait de cartilage, se fossilise très mal. Les dents, elles, se comptent par milliers sur une vie entière et traversent les millions d’années sans trop de dégâts.

Le plateau appartient à la formation de Duwi, un ensemble rocheux du Crétacé supérieur qui s’étend sur les déserts oriental et occidental égyptiens.

À cette époque, entre 145 et 66 millions d’années, la Terre était bien plus chaude qu’aujourd’hui et le niveau des mers pouvait monter jusqu’à 170 mètres au-dessus du niveau actuel, selon le Muséum d’histoire naturelle de Londres.

Une bonne partie du nord de l’Afrique se trouvait alors sous une mer peu profonde, riche en nutriments, comme en témoignent des fossiles de poissons, de tortues marines et d’autres reptiles marins déjà retrouvés dans la région.

Ce que révèle vraiment l’assemblage d’Abu-Tartur, c’est l’existence d’un écosystème marin extrêmement productif le long de la bordure nord-africaine. D’autres gisements de phosphate, au Maroc et en Syrie, livrent le même type de diversité.

Un désert de sable qui cachait un océan disparu : voilà comment sept espèces de requins finissent réunies sous le même plateau, sans jamais s’être croisées. L’équipe de Tarek Yassin compte poursuivre ses fouilles sur le site et aux alentours. « Nous pensons qu’il reste encore beaucoup à découvrir », glisse-t-il, laissant deviner que le désert égyptien n’a pas encore livré tous ses secrets marins.

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