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Autour du Soleil, 2 100 « naines oranges » passent au scanner : la nouvelle carte qui pourrait guider la quête de mondes habitables

Publié par Killian Ravon le 16 Jan 2026 à 16:03

Découvrir la vie ailleurs ne dépend pas seulement des planètes. Cela dépend aussi, et peut-être d’abord, des étoiles. À l’American Astronomical Society, une équipe a dévoilé un recensement inédit de plus de 2 100 étoiles de type K.

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Illustration d’une exoplanète de type terrestre orbitant une naine orange (étoile de type K), sur fond de ciel étoilé, avec des raies spectrales colorées et des observatoires au premier plan.
Vue d’artiste d’une planète potentiellement habitable autour d’une naine K, un type d’étoile jugé favorable pour la stabilité à long terme.

Ces « naines oranges » proches du Soleil que beaucoup considèrent aujourd’hui comme des hôtes très prometteurs pour des mondes tempérés.

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Une « carte cadastrale » du voisinage stellaire, enfin centrée sur les naines K

Depuis trente ans, la chasse aux exoplanètes s’accélère. Pourtant, une question revient sans cesse : vers quelles étoiles pointer les instruments les plus rares et les plus chers ? Les indices de vie potentiels se jouent souvent à des détails, comme une atmosphère qui contient tel gaz, ou une surface qui reste tempérée assez longtemps. Or, ces détails dépendent fortement du caractère de l’étoile : son âge, sa rotation, son activité magnétique, et la stabilité de son rayonnement.

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Vue aérienne panoramique de l'observatoire de Cerro Tololo (Chili), avec plusieurs dômes de télescopes sur une crête aride.
L’observatoire interaméricain de Cerro Tololo (Chili), site d’observation utilisé pour des campagnes sur les étoiles proches. Crédit : Wikimedia Commons / NOIRLab/NSF/AURA.

C’est précisément ce que vise un nouveau catalogue présenté début janvier 2026, lors de la grande réunion hivernale de l’American Astronomical Society (AAS), à Phoenix. Le travail est mené par Sebastián Carrazco-Gaxiola, étudiant-chercheur en astronomie à Georgia State University. Il s’agit d’un recensement spectroscopique « tout ciel » de plus de 2 100 étoiles de type K situées à moins de 40 parsecs, soit environ 130 années-lumière. L’objectif n’est pas d’annoncer une planète « jumelle » de la Terre. L’objectif est plus fondamental : donner une carte d’identité robuste à des milliers d’étoiles proches, pour mieux évaluer où la vie pourrait, un jour, avoir le temps d’émerger.

Pourquoi les naines oranges reviennent au centre du jeu

Les étoiles de type K occupent une zone intermédiaire sur la grande échelle des étoiles. Elles sont un peu plus froides et plus faibles que le Soleil, qui est une étoile de type G. Cependant, elles sont très communes. Georgia State University rappelle qu’on en trouve environ deux fois plus que d’étoiles « solaires » dans notre voisinage galactique. Cette abondance compte : plus il y a de cibles proches, plus on a de chances de tomber sur une planète rocheuse bien placée.

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Surtout, les naines K sont souvent décrites comme un compromis favorable. D’un côté, les étoiles plus massives vivent moins longtemps et évoluent plus vite, ce qui réduit la durée pendant laquelle une planète peut rester hospitalière. De l’autre, les naines rouges (type M), très nombreuses, posent un autre problème : beaucoup sont très actives, avec des éruptions fréquentes et un rayonnement X et ultraviolet intense, susceptibles d’éroder des atmosphères planétaires, surtout quand la « zone habitable » se trouve très près de l’étoile.

Dôme du MMT Observatory au Fred Lawrence Whipple Observatory, en Arizona, sous un ciel clair.
Le MMT Observatory au Fred Lawrence Whipple Observatory (Arizona), un site astronomique majeur du sud-ouest des États-Unis. Crédit : Wikimedia Commons / Burley Packwood.

Sur ce point, la NASA a popularisé l’idée des « Goldilocks stars » : des étoiles ni trop violentes, ni trop éphémères. Dans un article de synthèse, l’agence souligne que certaines naines K peuvent vivre de l’ordre de 15 à 45 milliards d’années, bien au-delà de la durée de vie totale du Soleil sur la séquence principale, estimée autour de 10 milliards d’années. Autrement dit, elles offrent potentiellement plus de temps pour que des environnements stables s’installent et que la complexité biologique ait une chance d’apparaître.

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Deux télescopes, deux hémisphères, un seul objectif : couvrir tout le ciel

Pour bâtir ce recensement, l’équipe s’appuie sur un choix logistique simple, mais décisif : observer depuis les deux hémisphères. Les mesures proviennent de spectrographes haute résolution montés sur deux télescopes de 60 pouces (environ 1,5 mètre) : l’un au Cerro Tololo Inter-American Observatory, dans les Andes chiliennes, l’autre au Fred Lawrence Whipple Observatory, en Arizona. Cette configuration donne accès à l’ensemble du ciel, sans « zone d’ombre ». Allyson Bieryla, astronome au Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian, insiste d’ailleurs sur ce gain : deux instruments complémentaires, deux latitudes, et donc la possibilité de balayer toutes les naines K accessibles dans ce rayon de 130 années-lumière.

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Concrètement, le principe est celui de la spectroscopie : on décompose la lumière d’une étoile en un arc-en-ciel très détaillé. Dans ces raies spectrales, les astronomes lisent des informations qui seraient invisibles autrement. Ils y trouvent des indices sur la température de surface, la composition chimique, l’activité magnétique, et même certaines signatures liées à la rotation.

Au passage, ce type de travail sert aussi à nettoyer les biais d’observation. Une étoile trop active peut imiter, dans les données, certains effets d’une planète. À l’inverse, une étoile calme et bien caractérisée permet d’interpréter plus finement un signal faible. C’est un socle, plus qu’un feu d’artifice.

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Ce que raconte la lumière : âge, rotation, activité, et « météo spatiale »

Le catalogue ne se contente pas de lister des coordonnées. Il vise à produire des paramètres homogènes, comparables d’une étoile à l’autre. Georgia State University explique que l’analyse fournit des estimations de température, d’âge, de vitesse de rotation et de mouvement dans l’espace. Elle évoque aussi des « couleurs » particulières qui trahissent des couches supérieures chauffées par les champs magnétiques, un indicateur utile pour évaluer l’activité de l’étoile et, par ricochet, la « météo spatiale » subie par d’éventuelles planètes.

Panorama très large de la Voie lactée, montrant la bande lumineuse et des nuages d'étoiles sur fond noir.
Panorama de la Voie lactée publié par l’ESO, illustration du ciel et du « voisinage » stellaire autour de notre planète. Crédit : Wikimedia Commons / ESO / S. Brunier.

Cette dimension est centrale pour l’habitabilité. Sur Terre, l’atmosphère joue un rôle de bouclier. Or, dans d’autres systèmes, une atmosphère peut se faire grignoter si l’étoile bombarde trop fort, trop souvent, en ultraviolet ou en rayons X. C’est l’une des raisons pour lesquelles la communauté discute beaucoup des limites des naines rouges. À l’inverse, la NASA souligne que les naines K, en particulier les plus « calmes », déclenchent en moyenne moins de grandes éruptions que de nombreuses naines M très actives, ce qui pourrait rendre la conservation d’une atmosphère plus plausible sur des milliards d’années.

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Bien sûr, il faut rester prudent. Toutes les naines K ne se ressemblent pas. L’activité magnétique change avec l’âge. De plus, certaines étoiles proches sont en systèmes multiples, ce qui complique la dynamique planétaire. C’est précisément là que l’intérêt d’un recensement massif apparaît : en multipliant les cibles caractérisées avec la même méthode, on repère mieux les profils rares, les outliers, et les meilleurs « candidats » pour des observations approfondies.

De la liste d’étoiles à la chasse aux biosignatures : à quoi sert ce catalogue, concrètement ?

Le grand public associe souvent la recherche de vie à un moment spectaculaire : « on a trouvé de l’oxygène » ou « on a vu un océan« . En réalité, la chaîne est longue. D’abord, il faut choisir les étoiles. Ensuite, il faut détecter des planètes. Puis, il faut déterminer lesquelles sont rocheuses, lesquelles reçoivent un flux compatible avec de l’eau liquide, et lesquelles possèdent une atmosphère observable. Enfin, il faut interpréter des gaz qui peuvent avoir des origines biologiques… ou non.

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Illustration du télescope spatial James Webb déployé dans l'espace, avec son miroir doré et son pare-soleil.
Vue d’artiste du télescope spatial James Webb, utilisé pour étudier des atmosphères d’exoplanètes. Crédit : Wikimedia Commons / ESA/ATG medialab.
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Sur ce dernier point, la NASA rappelle que la « zone habitable » n’est qu’un concept de distance où l’eau liquide pourrait exister en surface, toutes choses égales par ailleurs. Ce n’est pas une preuve de vie. Ce n’est même pas une preuve d’océans. C’est un filtre, utile, mais incomplet.

Dans ce contexte, un catalogue de naines K proches agit comme un annuaire priorisé. Il aide à sélectionner des étoiles stables, proches, lumineuses juste ce qu’il faut, et potentiellement favorables à l’observation atmosphérique. Il sert aussi à préparer l’avenir. Todd Henry, professeur distingué et co-auteur, résume l’ambition : poser une base qui « servira pendant des décennies », et dont les étoiles pourraient devenir des destinations de l’exploration spatiale dans un futur lointain.

Ce discours n’est pas une promesse de voyage imminent. Il rappelle plutôt une réalité : dans un siècle, si l’humanité envoie des sondes interstellaires, elle privilégiera des systèmes proches, stables, et bien compris. Autrement dit, elle aura besoin des catalogues d’aujourd’hui.

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Une bascule discrète dans la stratégie « vie ailleurs » : moins de coups d’éclat, plus d’infrastructure

Ce recensement s’inscrit dans une évolution plus large : la recherche de vie devient un problème d’infrastructure scientifique. La question n’est plus seulement « combien de planètes existe-t-il ? », mais « quelles cibles valent une campagne de plusieurs dizaines d’heures sur un télescope phare ? ». Et surtout : « comment éviter les fausses pistes ? ».

Les naines K s’imposent ici comme des candidates « pratiques ». Elles sont assez nombreuses pour offrir un grand échantillon. Et elles sont assez stables, souvent, pour réduire certaines incertitudes. Elles sont aussi assez brillantes, à proximité, pour que leurs planètes deviennent observables avec les outils actuels et futurs. Cette intuition se retrouve aussi dans la littérature académique, qui propose des métriques de « réel estate » astrobiologique et place souvent les K précoces dans une zone favorable, entre les étoiles plus rares et les naines rouges plus tourmentées.

Illustration d'une planète rocheuse au premier plan dans le système TRAPPIST-1, with l'étoile au loin et d'autres planètes visibles.
Vue d’artiste du système TRAPPIST-1, souvent cité dans les discussions sur l’habitabilité. Crédit : Wikimedia Commons / ESO / N. Bartmann / spaceengine.org.
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En somme, ce catalogue ne répond pas à la question « sommes-nous seuls ? ». Il change la façon de poser la question. Il déplace l’effort vers des étoiles où le temps long et la stabilité pourraient faire la différence.

Une nouvelle shortlist cosmique, qui ressemble à une stratégie

On retient parfois l’astronomie pour ses images. Pourtant, ce sont souvent les inventaires qui font basculer une discipline. En recensant plus de 2 100 naines K à moins de 130 années-lumière, cette équipe propose une shortlist réaliste de « bons quartiers » cosmiques : des étoiles communes, durables, et assez calmes pour laisser une planète garder son atmosphère.

La promesse, ici, n’est pas un scoop sur une vie extraterrestre. La promesse, c’est un gain de méthode. Quand les prochains instruments chercheront des biosignatures, ils auront besoin d’un point de départ fiable. Cette fois, il ressemble moins à un pari, et davantage à une stratégie.

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Si demain un visiteur interstellaire traverse notre système solaire, nous saurons précisément vers quelles étoiles il se dirigeait — ou d’où il venait.