Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Science

Un iceberg se détache en Antarctique et révèle une créature transparente jamais filmée depuis 1906

Publié par Cassandre le 15 Juin 2026 à 17:30
Calmar de verre translucide flottant dans les abysses antarctiques

Un iceberg se détache de l’Antarctique en janvier 2025 et force un navire scientifique à dévier sa route. Ce changement de cap improvisé va mener à une découverte que les océanographes attendaient depuis plus d’un siècle. Une créature identifiée en 1906, mais que personne n’avait jamais vue vivante, apparaît enfin devant une caméra sous-marine.

L’iceberg A-84 et la route déviée du R/V Falkor

Iceberg se détachant de la banquise antarctique vu depuis un navire

En janvier dernier, un bloc de glace massif baptisé A-84 s’est séparé de la banquise antarctique. L’événement, banal en apparence, a bouleversé les plans d’une équipe embarquée à bord du R/V Falkor, le navire de recherche du Schmidt Ocean Institute. Cette fondation américaine, créée à la fin des années 2000, se consacre à l’exploration des fonds marins les moins documentés de la planète.

Le détachement de l’iceberg a exposé une zone de l’océan Austral jusqu’alors prisonnière sous la banquise. Un écosystème entier, protégé par la glace pendant des décennies, s’offrait soudain aux instruments du navire. L’équipage a décidé de modifier son itinéraire pour plonger dans cette fenêtre inédite.

On sait que 73 % de la surface terrestre reste inexplorée, mais sous la banquise antarctique, le ratio est encore plus vertigineux. Chaque mètre carré libéré par la fonte ou la fracture d’un iceberg peut receler des formes de vie inconnues.

Les chercheurs ont immergé leurs caméras et leurs ROV à plusieurs centaines de mètres de profondeur. C’est à 700 mètres sous la surface que l’objectif a capté une silhouette translucide, presque invisible dans l’obscurité abyssale. Une silhouette que 91 % des espèces marines inconnues côtoient sans que nous le sachions.

Galiteuthis glacialis : le calmar de verre enfin filmé vivant

La créature fantomatique enregistrée par les caméras du Falkor porte un nom scientifique connu depuis longtemps : Galiteuthis glacialis. Décrite pour la première fois en 1906, cette espèce de calmar de verre n’avait pourtant jamais été observée vivante. Seuls des spécimens morts, remontés dans des filets ou échoués, avaient permis de la cataloguer.

Son corps quasi transparent lui vaut son surnom. Endémique de l’océan Austral, ce céphalopode évolue dans des eaux glaciales où la lumière ne pénètre plus. Le filmer à 700 mètres de fond constitue, selon IFLScience, une première mondiale confirmée.

Voir cette publication sur Instagram

Mais la série de découvertes ne s’est pas arrêtée là. Le 9 mars, lors d’une expédition consécutive, la même équipe a capturé les premières images d’un calmar colossal juvénile. Ce géant des profondeurs peut atteindre 7 mètres à l’âge adulte, contre une taille bien plus modeste pour le calmar de verre glaciaire.

Malgré leur apparence similaire — corps transparent, prédateurs adaptés aux abysses — les deux espèces diffèrent radicalement par leurs dimensions et leurs techniques de chasse. Le calmar colossal juvénile arbore des hameçons acérés sur ses tentacules, conçus pour saisir des proies dans l’obscurité totale.

« Nous avons peu vu les magnifiques habitants de l’océan Austral »

Le record du trou bleu le plus profond vient d’être confirmé, mais l’océan Austral cache encore bien d’autres secrets. Le Dr Jyotika Virmani, directeur général du Schmidt Ocean Institute, résume la portée de ces observations en une phrase : « La première observation de deux calmars différents lors d’expéditions consécutives est remarquable et montre à quel point nous avons peu vu les magnifiques habitants de l’océan Austral. »

Au-delà de ces deux céphalopodes, d’autres espèces des profondeurs ont été recensées lors des plongées successives du Falkor. L’écosystème révélé par le détachement de l’iceberg A-84 s’avère d’une richesse inattendue, comme si la banquise avait servi de couvercle protecteur pendant des décennies.

Cette découverte rappelle celle d’un géant gélatineux des abysses filmé récemment dans d’autres eaux profondes. Chaque avancée technologique, chaque accident glaciaire ouvre une fenêtre sur un monde que la science effleure à peine.

Le calmar de verre glaciaire a attendu 119 ans entre sa description sur papier et sa première apparition à l’écran. Sa transparence, qui le rend presque invisible dans son milieu naturel, explique en partie ce siècle d’anonymat visuel. Mais elle pose aussi une question vertigineuse sur le nombre de créatures qui évoluent sous nos instruments sans jamais être détectées.

Un iceberg qui se brise, un navire qui dévie, une caméra braquée au bon endroit au bon moment : il aura fallu cet enchaînement improbable pour qu’un animal décrit en 1906 devienne enfin réel aux yeux du monde. Combien d’autres créatures transparentes glissent encore dans le noir, juste hors du champ de nos objectifs ?

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *