Logement : cet ingénieur veut des appartements de 45 m² sans parquet ni clim pour loger tout le monde

Se loger devient un parcours du combattant pour des millions de foyers, en France comme en Espagne. Face à des prix qui s’envolent et des chantiers qui n’avancent pas, un ingénieur andalou lance une idée qui dérange. Arturo Coloma pense qu’il faut arrêter de viser le logement parfait pour tout le monde. Sa proposition, radicale, pourrait bien redéfinir ce qu’on appelle un logement décent.
Un marché du logement à bout de souffle
En Espagne, l’accès à la propriété est devenu un mur infranchissable pour une partie croissante de la population. Arturo Coloma, ingénieur des Ponts et Chaussées et dirigeant du CEACOP, l’organisation qui regroupe les entreprises andalouses du BTP, connaît le sujet de l’intérieur. Il rappelle une évidence trop souvent oubliée par les pouvoirs publics : certains ménages ne pourront jamais acheter un bien à 100 000 euros, tout simplement parce que leur capacité financière ne le permet pas.
Ce constat, loin d’être anodin, questionne directement le pouvoir d’achat des Français aussi, alors que des annonces récentes sur le pouvoir d’achat montrent que le sujet dépasse largement les frontières espagnoles. Comme le confie le témoignage d’une retraitée piégée financièrement, ce sont souvent les ménages modestes qui paient le prix fort d’un système inadapté à leurs revenus réels.
Pour l’ingénieur, la solution ne viendra pas d’une baisse miraculeuse des prix. Elle viendra d’un changement de logiciel : accepter que tout le monde ne pourra pas avoir le même standard de confort.
Sa proposition : des appartements plus petits et moins équipés
Concrètement, Arturo Coloma imagine des logements d’environ 45 mètres carrés, dotés d’équipements plus simples. Pas de parquet au sol, pas forcément de climatisation, et une performance énergétique qui reste correcte sans viser l’excellence. « Toutes ne peuvent pas avoir du parquet, la climatisation, faire 100 mètres carrés ou être super efficaces énergétiquement », résume-t-il sans détour.
Sa formule tient en une phrase, volontairement provocante : mieux vaut un petit appartement économe en énergie que rien du tout. Une philosophie qui rejoint, dans un tout autre registre, celle des mini-maisons proposées par IKEA à Tokyo, où la surface réduite devient un compromis assumé face à la crise du logement urbain.
Réduire la taille et les prestations permettrait aussi de repenser l’aménagement intérieur, à l’image des solutions de rangement suspendues qui gagnent du terrain dans les petits espaces. L’idée n’est pas de sacrifier le confort par idéologie, mais de proposer une alternative réaliste à l’absence totale de solution.

Le vrai frein : l’administratif et la main-d’œuvre
Mais réduire la taille des logements ne suffira pas, et Arturo Coloma le sait mieux que quiconque. Le vrai goulot d’étranglement se situe bien avant l’arrivée des ouvriers sur le chantier. Selon lui, environ trois années s’écoulent entre le lancement d’un projet immobilier et le début effectif des travaux. Un délai suffisamment long pour faire évoluer les prix et faire fuir les acheteurs initialement intéressés.
Cette lenteur administrative n’est pas sans rappeler d’autres secteurs en tension, comme celui décrit par l’appel à l’aide lancé par des boulangers à bout, confrontés eux aussi à un manque criant de bras et de reconnaissance.
Car le BTP espagnol souffre d’une pénurie de main-d’œuvre sévère. Le secteur employait autrefois environ 2,5 millions de personnes en Espagne ; ils ne sont plus que 1,4 million aujourd’hui, selon les chiffres avancés par le CEACOP.
Une hémorragie qui pose la question du renouvellement générationnel, un enjeu qui touche aussi la France à l’heure où la réforme des retraites redessine les carrières de millions de travailleurs.
Coloma est cinglant sur les promesses passées : « Tout n’a été que paroles », affirmant que 200 000 logements auraient dû sortir de terre si les annonces avaient été suivies d’effets.
Foncier disponible, rapidité administrative, financements : voilà les trois leviers qu’il réclame en urgence pour débloquer la situation.
Un petit appartement sans parquet vaut mieux qu’un rêve immobilier qui ne se réalisera jamais. La question reste ouverte : la France est-elle prête, elle aussi, à revoir ses standards pour loger davantage de monde ?