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Des boulangers à bout lancent un appel à l’aide : « on veut juste travailler »

Publié par Killian Ravon le 28 Mar 2026 à 17:30

À Précigné, dans la Sarthe, les boulangers du Fournil de Précigné disent ne plus chercher à faire parler d’eux. Mais simplement à continuer leur métier. Repris fin 2021 par Stéphanie Horpin et Fabrice Chadaigne. Le commerce fait partie de ces petites adresses qui tiennent encore le quotidien d’un bourg : du pain, des viennoiseries, du chocolat maison, une vitrine ouverte tôt.; Et un passage presque obligé pour une partie des habitants.

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Le pain artisanal reste au cœur du combat des boulangers de Précigné
À Précigné, la survie d’une boulangerie se joue aussi dans ces gestes quotidiens qui continuent malgré la pression économique.

Sur le papier, rien ne renvoie immédiatement à un établissement à bout de souffle rapporte Ouest France. Le couple a relancé l’affaire avec un vrai projet. Dans une commune où la boulangerie reste un commerce de proximité central. En janvier 2025 encore, Le Maine Libre soulignait que le Fournil de Précigné avait été remarqué pour sa galette frangipane lors d’un concours départemental. Preuve que la boutique conservait une image de maison appliquée et inventive.

Pourtant, depuis plusieurs mois, le décor s’est fissuré. Ce qui se joue à Précigné dépasse le cas d’une seule boulangerie. C’est aussi l’histoire d’un modèle économique devenu plus fragile pour de nombreux artisans. Notamment dans l’alimentaire, pris entre la hausse des charges, l’usure humaine et un pouvoir d’achat plus contraint chez leurs clients. La Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie évoque elle-même une conjoncture lourde pour la profession de boulangers. Marquée par la hausse des matières premières, des salaires et des coûts de l’énergie. De son côté, la Banque de France recensait à fin novembre 2025 plus de 68 000 défaillances d’entreprises sur douze mois, à un niveau jugé élevé et étendu à la plupart des secteurs.

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Un artisan prépare des baguettes dans un fournil
La fabrication des baguettes en laboratoire, au cœur du travail quotidien d’une boulangerie artisanale. Crédit : RudolfSimon.

À Précigné, une boulangerie encore active mais déjà sous pression

Le plus frappant, dans ce dossier, est que le Fournil de Précigné n’est pas une boutique déjà fermée ou désertée. D’après Le Maine Libre, le 24 mars 2026, l’établissement accueille encore autour de 300 clients par jour. Le commerce continue aussi de défendre une offre très large. Avec des produits maison, des chocolats pour Pâques, des pains, des viennoiseries. Et une production qui repose encore sur une équipe structurée.

Autrement dit, la boulangerie travaille. Elle tourne. Elle sert. Et elle produit. C’est d’ailleurs ce qui rend l’appel du couple si particulier. Il ne s’agit pas d’une activité abandonnée, mais d’une entreprise qui continue à ouvrir chaque jour alors même que sa marge de manœuvre semble s’être presque évaporée. Le paradoxe est là : on peut avoir des clients, une réputation locale et un vrai savoir-faire, sans pour autant réussir à absorber l’empilement des coûts.

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Le récit des gérants, relayé par la presse locale et par leur cagnotte en ligne, pointe plusieurs causes. Il y a d’abord la fin des aides dont ils avaient bénéficié au démarrage après la reprise du fonds. Il y a ensuite le choc énergétique, qu’ils décrivent comme un tournant. Le Maine Libre rapporte une hausse de 20 000 euros par an sur l’électricité, tandis que la page Leetchi évoque aussi des frais importants liés à la rupture d’un contrat d’énergie dans l’espoir de réduire les charges. À cela s’ajoutent, selon eux, des difficultés de personnel, la hausse du coût des matières premières et la baisse du panier moyen.

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Le quotidien d’un artisan ne se résume pas au prix de la baguette

Dans l’imaginaire collectif, une boulangerie se juge souvent à son comptoir. Le client voit un prix, une file d’attente, une vitrine bien remplie. Il voit moins le reste : les cuissons, la livraison, la casse, les salaires, les charges sociales, les achats de beurre, de sucre, de chocolat, le coût des tournées, les remplacements, les horaires étirés et les jours de repos qui sautent. C’est précisément cet envers du décor que Stéphanie Horpin et Fabrice Chadaigne exposent aujourd’hui.

Le témoignage publié sur Leetchi insiste d’ailleurs sur l’épuisement humain autant que sur la tension financière. Le couple y explique ne plus se verser de salaire depuis deux mois et dit avoir épuisé ses économies. Fabrice Chadaigne y est présenté comme travaillant quasiment sept jours sur sept depuis le début de l’aventure. Le texte évoque aussi une maison quittée puis laissée inachevée, qui devait initialement être terminée pour être louée, mais qui continue aujourd’hui à peser financièrement sur le foyer. Ce sont là des éléments issus de leur propre récit, qui éclairent la situation sans pouvoir, à ce stade, être vérifiés poste par poste de manière indépendante.

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Cette fragilité n’est pas abstraite. Dans un village ou une petite commune, une boulangerie reste l’un des derniers lieux de passage quotidien. On y croise des actifs, des retraités, des parents, des livreurs, des enfants à la sortie de l’école. Quand ce commerce vacille, ce n’est pas seulement une entreprise qui souffre. C’est aussi une part du rythme local qui se dérègle. La présence du Fournil sur le site de la commune rappelle d’ailleurs sa place dans l’offre commerciale de Précigné.

Pains fraîchement préparés en boulangerie
Des pains fraîchement cuits, image d’illustration sur le coût des matières premières et la production artisanale. Crédit : FranHogan.

Une boutique primée, mais contrainte de retenir ses prix

L’autre enseignement de cette affaire, c’est que la qualité ne protège pas de tout. Le Maine Libre rappelle que le Fournil de Précigné a été plusieurs fois distingué, notamment pour ses frangipanes ou ses pains au chocolat. Le journal décrit aussi une boutique qui a tenté de s’adapter, par exemple en proposant une diversité de pains et viennoiseries surgelées à réchauffer chez soi pendant les congés d’été, signe que les gérants ont cherché des solutions commerciales au lieu de subir passivement la baisse de fréquentation.

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Mais même les ajustements les plus concrets ont leurs limites. Selon le reportage local, certains produits ont vu leur coût d’achat grimper fortement alors que les prix affichés en boutique n’ont pas suivi dans les mêmes proportions. Stéphanie Horpin explique par exemple avoir laissé un produit à 5,30 euros malgré une hausse très nette du prix au kilo de la baguette. Cette phrase résume une tension que beaucoup d’artisans connaissent bien : augmenter, c’est risquer de faire fuir ; ne pas augmenter, c’est rogner encore un peu plus sur une rentabilité déjà faible.

Le contexte général n’aide pas. En 2025, plusieurs produits alimentaires ont encore connu des hausses, y compris le chocolat, le beurre ou les œufs selon les relevés relayés dans la presse économique à partir de données de prix à la consommation. Sans établir un lien mécanique entre ces évolutions et les comptes précis de la boulangerie de Précigné, cela confirme au moins une chose : les hausses citées par les gérants s’inscrivent dans une pression plus large sur les coûts alimentaires.

Une vitrine chargée de pains et de pâtisseries, image d’illustration pour un article sur un commerce de boulangerie. Crédit : Kurt Kaiser.
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Façade de boulangerie en ville, illustration du rôle de ces commerces dans le tissu de proximité. Crédit : Besopha.
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Ce que révèle vraiment l’appel des boulangers de Précigné

Au fond, l’histoire du Fournil de Précigné n’est pas celle d’un commerce qui n’aurait pas trouvé son public. Ce n’est pas non plus le portrait d’une reprise improvisée. Les éléments vérifiables montrent au contraire une entreprise créée en 2021 après rachat du fonds, connue localement, toujours en activité, encore capable d’être récompensée et toujours identifiée par la commune comme un commerce du bourg.

La question est donc moins celle de la volonté que celle du seuil de rupture. Combien de temps un couple peut-il absorber des hausses de charges, conserver du personnel, maintenir une gamme large, continuer à produire maison, tout en renonçant à se rémunérer ? À lire la presse locale et leur propre témoignage, Précigné semble aujourd’hui toucher ce point critique.

Et c’est là que se trouve l’élément central de cette histoire, celui qui transforme une difficulté silencieuse en appel public. Le 24 mars 2026, après la visite d’un huissier selon Le Maine Libre, Stéphanie Horpin a choisi de rendre la situation publique. Le couple a alors lancé une cagnotte Leetchi intitulée “Se battre pour ne pas tout perdre”. Son objectif affiché est de 30 000 euros, soit le montant de la dette URSSAF évoquée par les gérants.

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Au moment de l’ouverture de la page consultée, 840 euros avaient été collectés. Dans leur texte, ils expliquent que cette somme doit leur permettre de régler la dette sociale qui menace désormais non seulement l’entreprise, mais aussi leurs biens personnels. C’est donc bien cela, aujourd’hui, un soutien inattendu qui pourrait sauver la dernière marche avant le basculement : non pas financer un projet futur, mais trouver de quoi éviter que la boulangerie et le foyer ne tombent ensemble.

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