Licencié après 15 ans chez Leroy Merlin, il refuse 20 000 € signés à la hâte : la justice lui accorde 64 267 €

Un licenciement signé dans la précipitation, un chiffre qui interroge, et quinze ans de carrière balayés en une matinée. C’est l’histoire d’un chef de département chez Leroy Merlin en Espagne, poussé à parapher un accord flou le jour même de son renvoi. Ce qu’il a fini par obtenir devant la justice dépasse largement ce qu’on lui avait promis au départ.
Un licenciement expédié en une seule journée
Le salarié travaillait pour l’enseigne depuis 2006 et occupait le poste de chef de département depuis 2019, pour un salaire mensuel de 3 396,95 €. En septembre 2021, l’entreprise lui notifie un licenciement disciplinaire pour fautes graves : manque de rigueur, non-respect des délais de réponse aux clients, difficultés à encadrer son équipe.
Ce genre de rupture brutale après de longues années de service n’est pas isolé. D’autres salariés licenciés après des décennies d’ancienneté ont eux aussi dû batailler devant les tribunaux pour faire reconnaître leurs droits.
Le jour même de l’annonce, Leroy Merlin propose un accord transactionnel : l’entreprise reconnaît le caractère abusif du licenciement et offre une indemnité de 20 000 €, un montant pourtant inférieur à ce que prévoit la loi espagnole pour ce type de rupture. Le salarié signe, sans avoir eu le temps de consulter un conseil ou de mesurer les conséquences de son geste. Une situation qui rappelle d’autres litiges autour de ruptures conventionnelles contestées devant les prud’hommes.
Le tribunal supérieur juge l’accord trop confus
Au moment de l’audience de conciliation, le salarié change d’avis. Il refuse de valider l’accord, conteste sa légitimité et engage une procédure contre son ancien employeur. Le tribunal social de Tarragone lui donne pourtant tort en première instance, jugeant la convention pleinement valable.
L’employé fait appel. La Haute Cour de justice de Catalogne renverse alors la décision. Selon elle, l’accord manque de clarté et impose implicitement au salarié de renoncer à toute action en justice, sans que cela soit clairement énoncé. Elle requalifie le licenciement en licenciement abusif et impose à Leroy Merlin de choisir entre réintégrer l’employé ou lui verser 64 267,03 €. Un dénouement qui n’est pas sans rappeler d’autres décisions favorables aux salariés, comme cette indemnisation obtenue après une réunion ratée en télétravail ou encore cette affaire où la justice espagnole a tranché en faveur d’un salarié dans un contexte similaire.

Signer le même jour, la faute qui a tout fait basculer
Face à ce revers, Leroy Merlin se pourvoit devant le Tribunal suprême espagnol. Dans un arrêt rendu le 10 juin 2026 à Madrid, la haute juridiction confirme intégralement l’analyse de la cour catalane. Le point qui a fait pencher la balance : la lettre de licenciement et l’accord transactionnel ont été signés le même jour et à la même heure, sans qu’aucune preuve ne montre que le salarié ait pu réfléchir, consulter un tiers ou demander conseil avant de renoncer à près de 45 000 € par rapport au montant finalement accordé.
Le Tribunal suprême pointe une formulation qui a créé, selon ses propres termes, une véritable « obscurité pour le travailleur », notamment en conditionnant le versement de l’indemnité à une déclaration où l’employé devait affirmer être « d’accord avec la rupture du contrat ». Ce genre de clause ambiguë, glissée dans l’urgence d’une signature, se retrouve dans d’autres dossiers où des salariés ont eu gain de cause après avoir contesté des procédures expéditives menées par leur employeur. Le pourvoi de Leroy Merlin est rejeté, et l’indemnité de 64 267,03 € définitivement confirmée.
Signer vite, ce n’est jamais signer bien : ce dossier le rappelle avec un chiffre qui parle de lui-même. Combien de salariés, chaque année, parapheraient sous pression un accord qu’un simple délai de réflexion leur aurait permis de refuser ?