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Amputé d’une jambe, il boucle l’UTMB en 44 heures : « J’étais sûr à 98 % de ne pas repartir »

Publié par Mathieu le 31 Août 2026 à 10:19

Il y a des lignes d’arrivée qui ressemblent à des miracles. Chamonix, cette nuit-là, en a vu une de plus. Un homme franchit le fil rouge de l’UTMB après 44 heures de course, une jambe amputée, le corps à bout, le sourire intact. Cet homme, c’est Julien Veysseyre et il est le premier athlète amputé à terminer la course mythique de Chamonix.

Son nom circule déjà dans le petit monde du trail. Pas pour un chrono. Pour une histoire qui donne des frissons à quiconque l’écoute, même les habitués des exploits de l’ultra-trail dans le massif du Mont-Blanc.

Le départ, entre excitation et vertige

Chamonix, place du Triangle de l’Amitié, un vendredi soir de fin d’été. Des centaines de coureurs s’agglutinent devant l’arche de départ. Lui est là, comme les autres, dossard sur le torse, bâtons en main.

Sauf que sous son short, il porte une prothèse. Une jambe amputée, une autre bien vivante, et un objectif fou : boucler les 170 kilomètres et les 10 000 mètres de dénivelé positif de l’UTMB, l’une des courses les plus dures de la planète.

« On m’a dit que c’était impossible, plusieurs fois », confie-t-il. Il l’a entendu tellement souvent qu’il a fini par ne plus y penser. Ou presque.

10 000 mètres de dénivelé, un corps mis à l’épreuve

L’UTMB, ce n’est pas juste une longue marche. C’est un enchaînement de cols, de sentiers techniques, de nuits sans sommeil sous la frontale. Les organismes les plus rodés y craquent régulièrement.

Pour un athlète amputé, chaque appui compte double. La prothèse frotte, chauffe, parfois se dérègle sur les pierriers instables. Il doit composer avec une biomécanique que son corps n’a jamais vraiment acceptée.

« Chaque montée, c’est une négociation avec ma jambe. Chaque descente, c’est un pari », raconte-t-il. Les ravitaillements deviennent des oasis où il vérifie l’état de sa peau, ajuste les sangles, avale ce qu’il peut.

Le moment où tout a failli s’arrêter

Vers la 30e heure de course, quelque part entre deux cols, le doute prend toute la place. Le corps hurle, la tête vacille. C’est là que la phrase la plus marquante de son récit surgit.

« J’étais sûr à 98 % de ne pas repartir », lâche-t-il, sans détour. Assis sur un rocher, sac à terre, il regarde les autres coureurs le dépasser dans la nuit.

Ce genre d’instant, beaucoup d’athlètes de l’extrême le connaissent. Ceux qui ont vécu des situations extrêmes en montagne, comme lors des incendies qui ont mobilisé des centaines de militaires cet été, savent que la limite entre abandonner et continuer se joue parfois sur un simple souffle.

Il repense à pourquoi il est là. À tout ce qu’il a traversé pour en arriver à ce point de course. Et il se relève. Les 2 % restants ont gagné.

Ce que la prothèse ne dit pas de sa vraie force

Derrière cette course, il y a une histoire d’amputation, de rééducation, de mois passés à réapprendre à marcher avant même de penser à courir. Un parcours qui rappelle d’autres récits bouleversants de résilience physique.

Comme cette mère de famille amputée des quatre membres après un voyage au Gabon qui a viré au cauchemar médical, ou cet homme réveillé d’un coma sans deux bras ni une jambe à cause d’une erreur de diagnostic qui a bouleversé sa vie, ces histoires racontent toutes la même chose : le corps humain peut se reconstruire bien au-delà de ce qu’on imagine.

Lui n’a jamais voulu être un symbole. Juste un coureur, comme les autres, avec une contrainte en plus à gérer sur chaque foulée.

La ligne d’arrivée, 44 heures plus tard

Chamonix, en pleine nuit ou en plein jour selon l’heure exacte de franchissement, l’arche d’arrivée s’illumine. Le public qui reste, même à des heures improbables, applaudit chaque coureur.

Pour lui, ces derniers mètres ressemblent à une renaissance. 44 heures de course, 10 000 mètres de dénivelé avalés, une prothèse qui a tenu le choc jusqu’au bout.

« J’ai pensé à tous ceux qui m’ont dit que je n’y arriverais jamais », dit-il en franchissant la ligne. Il ne cherche pas la revanche. Juste la preuve, pour lui-même, que rien n’est figé.

D’autres histoires de dépassement dans le sport extrême continuent d’émerger, comme ces deux athlètes de l’ultra-trail américain récemment épinglés pour dopage aux BPC-157, preuve que la limite humaine attire autant les tricheurs que les héros authentiques.

Lui, sa seule triche, c’était de croire encore un peu à ses 2 % de chances. Et ça a suffi.

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