Antolin Gonzalez, pilote espagnol prometteur, avoue avoir tué son père et risque 7 ans et demi de prison

Il devait devenir le nouveau Fernando Alonso. À 13 ans déjà, Antolin Gonzalez pilotait une F3, plus jeune que tous les autres sur la grille. Aujourd’hui, à 24 ans, il attend son procès dans une cellule de la prison de Burgos, en Espagne. Entre ces deux images, une nuit de juillet 2024 et un entrepôt familial où tout a basculé. Il vient de raconter, pour la première fois, ce qui s’y est vraiment passé.
Un enfant surdoué du volant, promis à la F1
Tout commence par un hasard, un retour de courses de Noël. Ses parents le laissent faire quelques tours de karting « sur un coup de tête ». Le petit Antolin Gonzalez bat le record du circuit dès sa première tentative, à seulement 8 ans. Le propriétaire des lieux convainc alors sa famille : ce gamin a un don, il faut l’exploiter.
Cinq ans plus tard, il devient le plus jeune pilote à courir en F3, un exploit relayé par la presse locale espagnole qui parle déjà d’un « astre né ». À 15 ans, l’ancien pilote de F1 Pedro Martinez de la Rosa devient son parrain sportif. Sa mère, Raquel Carreras, ancienne handballeuse, sacrifie une partie du budget familial pour financer ses courses : « On ne peut pas payer les entraînements et les courses en même temps », confiait-elle alors.
Le jeune homme avait même été testé par l’équipe de jeunesse de Lewis Hamilton au Royaume-Uni, avant qu’un changement de règlement ne bloque son départ. Vice-champion d’Asie de Formule Renault en 2018, il semblait sur la bonne trajectoire, malgré des sponsors qui commençaient à se raréfier.
La nuit où tout s’est effondré dans l’entrepôt familial
Le 5 juillet 2024, dans un entrepôt d’Aranda de Duero, à deux heures de Madrid, Antolin Gonzalez retrouve son père, âgé de 56 ans et lui aussi prénommé Antolin. Le divorce des parents, « long et compliqué » selon le jeune pilote, a laissé des traces profondes entre eux depuis un an.
Selon le récit qu’il a livré au quotidien espagnol El Mundo, son père se serait montré « agressif », lui reprochant d’être venu récupérer des affaires laissées à l’entrepôt. La discussion aurait dérapé lorsqu’il évoque l’accord de divorce. « Il m’a répondu très grossièrement que tout lui appartenait », raconte-t-il.
Selon sa version, son père aurait alors surgi avec un couteau. « Je lui ai dit de se calmer, que ce n’était pas normal. C’est là qu’il s’est jeté sur moi, complètement hors de lui », a-t-il déclaré. Une lutte confuse aurait suivi, dont il dit ne garder que des « flashs » : « Je sais que je l’ai frappé plusieurs fois, mais j’ai fini par le tuer. »
Son avocat, Jose Luis Vegas, évoque de son côté un possible épisode psychotique chez son client au moment des faits, et écarte toute stratégie de légitime défense devant la justice espagnole. Cette version, si elle était retenue, pourrait peser lourd lors du procès à venir.

Une confession tardive et un procès qui approche
Après les faits, le jeune homme jette, selon ses propres aveux, le couteau dans la rivière Banuelos toute proche. L’arme n’a jamais été retrouvée malgré les recherches menées par la police. Il est finalement arrêté dans le village voisin de Sinovas, après avoir appelé sa mère.
Lors des premières auditions, il dit avoir été « en état de choc sévère », suivant uniquement les conseils de son avocat sans réaliser pleinement la portée de ses propos. Ce n’est qu’en octobre dernier, lors d’une audience à huis clos, qu’Antolin Gonzalez demande à revenir devant la justice pour livrer une nouvelle déposition : c’est là qu’il confesse formellement avoir tué son père.
Son avocat négocierait aujourd’hui avec le parquet une peine de 7 ans et demi de prison, en s’appuyant sur la notion de « peur panique » comme circonstance atténuante. Rien n’indique pour l’heure que les procureurs espagnols accepteront cet accord.
Selon des proches cités par la presse espagnole, la mère du pilote aurait elle-même fait l’objet de menaces répétées de la part de son ex-mari, qui faisait déjà l’objet de deux ordonnances d’éloignement au moment des faits.
« Je me sens coupable. C’est quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver. Je le regrette chaque jour, et je le regretterai toujours », a confié le pilote depuis sa cellule, où il dit pratiquer du sport et suivre des cours de peinture pour « se distraire ».
Le rêve de Formule 1 d’Antolin Gonzalez s’est arrêté net dans cet entrepôt espagnol. Reste désormais à savoir quelle peine la justice retiendra, et ce qu’il restera, à sa sortie, du prodige que tout un pays avait vu grandir.