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« Puta Francia » : après la défaite des Bleus, cette ville française explose de joie

Publié par Mathieu le 15 Juil 2026 à 11:44
Foule en liesse agitant un drapeau espagnol la nuit

La France entière pleure l’élimination des Bleus, non ? Pas tout à fait. Mardi soir, après la défaite face à l’Espagne (2-0) en demi-finale, une partie du pays a plutôt sorti le champagne. Direction Bastia, où des habitants ont carrément fêté ce revers comme une victoire, chants insultants à l’appui.

Une défaite des Bleus, deux France qui s’affrontent

À Bastia, l’ambiance n’avait rien d’un enterrement. Le journaliste Julien Pernici a filmé plusieurs scènes de liesse dans les rues corses, qu’il a ensuite partagées sur son compte X. On y voit des habitants klaxonner, brandir des drapeaux espagnols aux fenêtres des voitures, et scander des slogans peu tendres envers l’Hexagone.

Parmi les chants repérés : « Puta Francia », soit « Putain de France » en corse, ou encore un cinglant « Français de merde ». Le tout sous le regard mi-amusé, mi-perplexe des touristes de passage, comme le précise le journaliste. Une scène presque surréaliste puisqu’elle s’est jouée le soir du 14 juillet, pendant que le feu d’artifice de la fête nationale illuminait le ciel.

Ce n’est pas franchement une surprise pour qui suit l’actualité insulaire. La question de l’autonomie corse traverse régulièrement des sujets de politique nationale, et le sport n’échappe pas à cette défiance historique. On se souvient aussi de fumigènes lors d’autres polémiques qui ont enflammé les réseaux sociaux ces derniers mois.

Un scénario déjà vu en 2022

Ce n’est pas la première fois que la Corse célèbre une défaite des Bleus. En 2022 déjà, après l’échec de Didier Deschamps et de ses joueurs en finale de la Coupe du monde contre l’Argentine (défaite aux tirs au but), des scènes similaires avaient éclaté dans l’île.

Le motif profond de ce désamour ? Un lien historique compliqué. La Corse est rattachée à la France depuis 1768, mais une partie significative de sa population continue de revendiquer une indépendance, ou du moins une large autonomie, vis-à-vis du pouvoir centralisé parisien.

Ce sentiment se traduit électoralement. Michel Castellani, du parti autonomiste Femu e Corsica, a d’ailleurs été réélu député en Haute-Corse lors des dernières élections législatives de 2024. Un signal politique fort qui confirme l’ancrage de ce courant sur le territoire, loin des célébrations tricolores qu’on pourrait voir ailleurs.

Pour beaucoup d’insulaires, supporter contre les Bleus n’a rien d’anecdotique : c’est une manière de marquer une différence, un peu comme certains territoires ultramarins ou régionaux affichent parfois leurs distances avec l’exécutif national sur d’autres dossiers sensibles.

Drapeaux français et espagnol sur façade corse au crépuscule

Vers une Corse enfin autonome ?

Ce contexte historique prend une résonance particulière en ce moment. Le gouvernement français et les élus corses négocient depuis plusieurs mois un statut d’autonomie inédit pour l’île, et les choses avancent concrètement.

Le 23 juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi « pour une Corse autonome au sein de la République », par 271 voix contre 202. Le texte doit désormais passer devant le Sénat pour poursuivre son parcours législatif.

Selon le site gouvernemental Vie Publique, ce projet de loi constitutionnelle découle d’un accord politique signé le 11 mars 2024 entre l’État et des élus corses. Il ouvre la voie à un statut d’autonomie « en relation avec ses spécificités », avec des pouvoirs d’adaptation et d’édiction de normes propres à l’île.

Concrètement, une future loi organique devra préciser les conditions d’exercice de ces nouveaux pouvoirs normatifs et les domaines concernés. De quoi donner un cadre légal à ce désir d’indépendance qui, pour l’instant, s’exprime surtout dans les rues, les drapeaux espagnols aux fenêtres et les chants entonnés lors des défaites des Bleus.

Entre klaxons, fumigènes et slogans, Bastia a offert mardi soir la preuve que le sentiment tricolore ne fait pas l’unanimité sur toute l’étendue du territoire français. Reste à voir si l’autonomie votée au Parlement suffira, un jour, à faire chanter la Marseillaise dans les rues corses.

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